Epist. 83, ad Magnum
constamment par un certain charme personnel ; elle va même jusqu'à vous entraîner par le feu de la passion qui y éclate çà et là. Saint Hilaire toutefois chausse le cothurne gaulois, comme dit saint Jérôme (1). Ajoutons, à notre tour, qu'il ne le fait que par intervalles. Il a grandi dans l’école de cette éloquence, mais le parler pompeux de cette école n’est point vide chez lui; c’est encore moins une éloquence de convention; elle a mème toujours pour principe un sentiment vrai et intérieur, qui excuse du moins l’exagération fade du mot. Souvent, par contre, un souffle vraiment poétique se répand sur sa narration. Alors, grâce à l'emploi hardi de la métaphore, le récitse revêt des charmes du style moderne, charmes que n’ont pas connus les anciens classiques (2).
Les commentaires de saint Hilaire sur la Bible sont également d’une grande importance pour la littérature générale, à cause des explications allégoriques etsymboliques qui s’y trouvent empruntées à l’école d'Alexandrie. Ces explications apparaissent ici,en Occident, pour la première fois, avec des développements tout à fait remarquables. A partir de cette date elles dominent l'explication de la Bible durant le moyen âge presque tout entier ; elles se font jour, surtout dans les sermons,etellesexercentsurl'imagination du peupleuneinfluence considérable. Ce genre d'exégèse a exercé une influence prépondérante sur les arts plastiques des chrétiens ainsi que sur la poésie ; bien plus, c'est sous cette influence que s'est développé un genre absolument chrétien, celui de l'allégorie ou de la poésie allégorique dont nous considérerons plus loin les débuts dans la littérature latine chrétienne. Ce genre de poésie était appelé à jouer un grand rôle aussi dans les littératures nationales du moyen âge. Cette exégèse biblique a pour point de départ, comme idée fondamentale, que, sous l'enveloppe