‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 4)Chapitre 87 sur 382 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Saint Ambroise (3) fut l'un des hommes les plus influents de ce siècle. Il a, pour l’histoire de la littérature générale, une importance autrement grande que saint Hilaire de Poitiers. Dans son action littéraire, on lui trouverait assurément plus d’un point de contact avec l'illustre évêque ; mais néanmoins sa nature était entièrement différente et elle suivit aussi une marche différente : ses ouvrages en font foi. Né, probablement à Trèves, vers l'an 340 de l'ère chrétienne, saint Ambroise descendait d'une des plus nobles familles. Son père était préfet du prétoire des Gaules, et, par conséquent, le premier dignitaire d'une grande partie de l'Occident : il comptait parmi ses aïeux plusieurs consuls. Déjà, de longue date, sa

3. S. Ambrosii Mediolanens. episcopi opera ad mss. codd. vaticanos, gallic. etc. stud. et labore monachorum ord. S. Benedicti e congreg. S. Mauri, Paris, 1686, 2 vol. in-fol. (Prolegg.) ; ensuite : Venise, 1781-82, 8 tomes in-4 ; S. Ambrosii, De officiis clericorum libr. III, ed. Gilbert ; S. Ambrosii, opera, ed. Ballerini, Milan, 1875; S. Ambr. Hexæmeri libr. V1, ed. Gilbert (Bibl. patrol. ecclesiast. lat. selecta cur. Gersdorf, vol. VIII et IX), Leipzig, 1839 ; S. Ambr. De offic. clericorum ed. Krabinger, Tubingue, 1857; Bchringer, L'Eglise du Christ et ses témoins, vol. I, 3° partie, Zurich, 4845 ; Baunard, Histoire de saint Ambroise, Paris, 1871.

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famille était chrétienne. Après la mort prématurée de son père, Ambroise grandit sous la direction de sa mère et certainement aussi sous celle de sa sœur aînée : celle-ci avait, depuis longtemps, fait vœu de virginité ; il lui demeura toute sa vie uni de la manière la plus intime. C'est à Rome, au sein de sa famille et dans un milieu strictement chrétien, que s’écoula sa jeunesse.

D'autre paït, la capitale offrait au jeune patricien qui embrassait, suivant les traditions de sa famille, la carrière politique, tous les moyens d’une éducation scientifique, politique

et sociale. Son grand talent oratoire, qui le mit en relief

comme avocat, le fit avancer rapidement. Il n'était encore qu'un jeune homme quand il reçut le gouvernement de la Ligurie et de l’Émilie.

Mais, peu de temps après survint un événement qui donna à sa carrière une tout autre direction. Auxence, évêque de Milan, venait de mourir (374). Aussitôt il s'éleva dans la communauté, relativement au choix d’un successeur, une dispute très vive entre les orthodoxes, et le parti arien qu'avait favorisé Auxence. Saint Ambroise, qui avait à Milan même le siège de son gouvernement, accourut à l’église pour rétablir la paix. Il y parvint en effet, et tel était l’éclat de sa puissante personnalité, que les deux partis, comme s'ils obéissaient à une inspiration d'en haut, tombèrent soudain d'accord de porter leurs suffrages sur saint Ambroise. Il se refusa néanmoins pendant longtemps à accepter cette dignité. Cette répugnance s'explique d'autant mieux que la carrière mondaine lui offrait aussi une brillante perspective. Au surplus, sa délicatesse de conscience devait lurinspirer les hésitations les plus motivées, car il n’était encore que catéchumène. Cependant, il accepta enfin les fonctions de ce ministère, et à l'inverse de tant de hauts personnages qui, à cette époque et mème plus tard, n’ambitionnaient une telle position qu’à cause de la puissance et de l'influence qu’elle procure, saint Ambroise se consacra avec un dévouement absolu à ses nouveaux'devoirs. Sur-lechamp il donna sa fortune à l’Église et aux pauvres, et toujours il secourut, avec le plus grand zèle, tous les indigents. Il pratiqua en même temps, mais sans exagération, la vertu d’absti-

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