V. ibid., $7, par rapport à l'édition de ses lettres
l'évêque du lieu par une foule composée de chrétiens ; l’empereur condamna l’évêque à la rebâtir et le peuple à un châtiment. Saint Ambroise força l’empereur à révoquer son édit. Quand le rescrit impérial fut lancé, saint Ambroise se trouvait à Aquilée : c’est de là qu'il écrivit sa lettre à l'empereur. Mais ce ne fut que le sermon mentionné plus haut, et où il poussa même la hardiesse jusqu’à apostropher l'empereur, qui eut un plein succès. Dans l’autre circonstance, saint Ambroise défendit la cause même de l’humanité chrétienne offensée : une sédition, honteuse il est vrai, des habitants de Thessalonique avait coûté la vie à plusieurs employés supérieurs ; Théodose, voulant faire un exemple, fit massacrer sept mille personnes que l’onavait attirées dans le cirque. Saint Ambroise lui imposa la pénitence publique.
Ces deux écrits, mais surtout le premier, renferment des passages d'une brillante éloquence ; ils témoignent en même temps de l’habileté diplomatique de saint Ambroise. Néanmoins les deux autres, adressés à Valentinien, sont encore plus remarquables à maints égards. Ils ont rapport à la célè-
bre Relation de Symmaque, ce dernier et remarquable essai,
déjà mentionné plus haut (p. 122), pour rétablir la religion païenne. Le premierde ces écrits (Ép. 47), le plusremarquable incontestablement au point de vue du style, fut composé par saint Ambroise à la nouvelle de l’arrivée de la Relation dans le consistoire impérial. Il n’en connaissait encore le contenu que d'une façon générale et par une communication faite de vive voix : ilen savait cependant assez pour être en mesure de neutraliser aussitôt la première impression et pour exiger, en sa qualité d’évêque, la communication de la Relation ellemême, afin de pouvoir la refuter plus à fond. L'on obtempéra à son désir et c’est ce qu'il fait dans le second écrit (Ép. 18). Les deux lettres appartiennent donc au domaine, illustre déjà par tant de succès, de la littérature apologético-polémique. Saint Ambroise tient, à côté de ses glorieux prédécesseurs, une place honorable. Ilremporte la victoire sur un adversaire qui n'était pas à dédaigner. Préfet de Rome (384), Symmaque parle en effet alors au nom du Sénat; il réclame surtout le rétablissement de l'autel de la Victoire, et des revenus des
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prètres et en particulier des Vestales. Se plaçant au point de vue de la tolérance religieuse générale et avouant net son scepticisme, il joue moins, en cette circonstance, le rôle d'un païen que celui d'un patriote qui estime l'antique religion des ancêtres seulement parce qu’elle est utile à l'État (1). C'est à l'autel de la Victoire que Rome doit ses triomphes; elle doit son existence même au feu sacré de Vesta. Il met en avant la sainteté d’une coutume antique (2), ainsi que le faisaient toujours les réactionnaires ; il en appelle aux sentiments pieux du jeune empereur et il ne dédaigne pas d'appeler la superstition à son secours : la famine de l'année précé-
dente (3) provient uniquement, dit-il, de ce que les « vierges sacrées » ne reçoivent plus les offrandes.de grain en même temps que le peuple.
Saint Ambroise débute, au contraire, dans son premier livre en disant que l'empereur doit, en vrai soldat, servir Dieu et la foi de même que les hommes le servent lui-même. C'est dans l’adoration du Dieu unique, du Dieu des chrétiens, qu'est Seulement le salut. Ce n’est blesser personne que de lui préférer Dieu. Il ne s’agit pas de rien enlever aux païens, mais de leur laisser garder quelque chose. Quant à l'autel, il rappelle le souvenir des sénateurs chrétiens. On réclame les émoluments des prêtres ; mais l'Église méprisera les offrandes de l'empereur, s’il les accorde en même temps aux païens. Sa jeunesse elle-même sera loin de l’excuser. Enfin saint Ambroise, graduant habilement les moyens de persuasion, invoque les ombres du frère et du père, de Gratien et de Valentinien [°° ($ 16). « Que répondras-tu un jour à ton frère ? s’écrie-t-il. Ne te dira-t-il pas : en te laissant après moi comme empereur, je ne me tins pas pour vaincu; je ne déplorai point ma mort, puique je t'avais pour héritier; je ne me désolai pas de descendre du trône, car je croyais assurées à jamais toutes
4. Les Bénédictins ont édité la Relation de Symmaque entre les deux réfutations de saint Ambroise, tome VI; voir en outre la dernière édition des Épitres de Symmaque : Q. Aurelii Symmachi relationes, recens. G. Meyer, Leipzig, 1872.