vu: ni: SAINTS
simplicité d'expression donl Bainl Jérôme s'est servi à dessein, comme il le dil lui-môme (1), dans L'intérêt des illettrés, quoique parfois cependant, ainsi qu'il le donne à entendre 2 . il n'\ ail pas réussi. A loul prendre cependant, le récit, <]ni esl destiné au peuple el au gros public, est bien en rapport avec la matière el offre le plus grand intérêt 3).
Malgré le vernis d'érudition donl elle pouvait, du reste, facilement se débarrasser, la légende populaire du moyen âge Lrouvak là un exemple à imiter. La Vie de Malchus, quoique plus courte, présente aussi un caractère particulier. Mil«' contient les faits mémorables d'un moine du désert de la presqu'île Chalcidique; saint Jérôme les lui fait raconter à luimême, tel qu'il les lient de sa propre bouche. C'est donc une autobiographie, basée simplement sur Le domaine de l'histoire, et qui offre un intérêt d'autant plus grand qu'elle est d'un bout à l'autre marquée au coin de la vérité. Après avoir fait connaître comment il a été amené à embrasser la vie monastique, Malchus raconte qu'à la suite d'un long séjour au désert, il fut pris du mal du pays. Sun père étant mort il voulait consoler sa mère, veuve et délaissée; mais il voulait, en même temps, vendre une petite propriété, qui était son béritage paternel, el en donner le prix soit aux pauvres, suit au couvent : il ajoute qu'il voulait bien aussi en réserver une partie pour lui-même. C'était une violation manifeste dés règles de la vie monastique el telle est, pense-t-il, la cause des vicissitudes qu'il éprouva en se rendant à la maison paternelle. Malchus tombe, »mi effet, entre les mains des Bédouins, dont nous avons ici une peinture faite avec les couleurs les plus vives; il esl entraîné dans le désert qu'ils habitent et réduit à garder les brebis. Son maître lui associe une femme prisonnière, chrétienne elle aussi, et lui ordonne de l'épouser. Les
1. Dans la lettre 10, Ad Pauhrni senem Concordiœ, à qui il envoya la Vie; voir la fin de la lettre.
2. ('/est ainsi qu'on y trouve même les citations de Virgile, v. c. q.
iî. C'est une erreur grossière de vouloir considérer cet opuscule comme historique et de reprocher .i sainl Jérôme, ainsi que le l'ait encore Zm rider (p. 388), d'avoir agrémenté les laits de récita romanesques et d'y avoii mêlé des éléments l'almleiix.
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deux infortunés no contractent qu'un mariage fictif, et ils roussissent à se sauver plus tard : niais leur fuite est encore pleine d'aventures. Ils vécurent ensuite dans le désert de la presqu'île Ghalcidique, elle y était religieuse et ils avaient gardé les liens de leur ancienne amitié.
La troisième de ces Vies de saints est beaucoup plus considérable que les deux autres : c'est une biographie détaillée (1), puisée non seulement à une source orale, mais encore dans des documents écrits (2). La tendance y est entièrement au panégyrique : aussi se rattache-t-elle aux Epi tapîtes de saint Jérôme. Notre auteur célèbre encore ici un héros de la vie ascétique : le moine de Bethléem devait éprouver pour lui un intérêt d'autant plus grand qu'il était le fondateur de la vie monastique en Palestine, et qu'il avait été son contemporain : c'est saint Hilarion. Né dans un village près de Gaza, en Palestine, saint Hilarion ne mourut qu'en 371. Ses parents étaient païens et « il fleurit comme une rose des buissons ». L'exemple de saint Antoine, dont il avait été l'élève pendant quelque temps, remplit d'enthousiasme ce jeune homme de quinze ans : il se relira donc dans une contrée déserte de son pays. Les combats qu'il eut à y soutenir contre la nature pour la dompter, les visions et hallucinations où il vit le démon lui-même traverser les airs, au clair de la lune, sur un char traîné par des coursiers de feu (c. 6) — ce qui rappelle presque la légende du Rubin des Bois — tout cela forme une lecture intéressante, non moins que son genre de vie ascétique, peint avec une grande complaisance dans tous ses menus détails.
Cette vie agissait si fortement sur les tempéraments nerveux, que, semblables aux magnétiseurs de notre époque, les ascètes exerçaient une grande influence sur beaucoup d'esprits crédules. Saint Jérôme raconte comment saint Hilarion acquit bientôt une réputation telle , que non
1. Dès ]e début saint Jérôme prend aussi un vol plus élevé : il invoque l'Esprit-Saint, implore son assistance afin que ce qu'ii va écrire égale les faits eux-mêmes : ce qui caractérise bien l'auteur, c'est qu'il s'appuie sur une sentence connue de Salluste, Catilin. c. 8.
2. Saint Jérôme mentionne sous ce rapport (c. 1) une lettre de l'évèque Epiphane au sujet d'Hilarion, mais elle ne contient l'éloge du défunt que d'une manière tout à fait générale.