‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 112 sur 353 · mimi.sm,i\s · texte numérisé non relu

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mie. Tous deux ont, pendaul dos siècles, exercé une influence considérable but d'innombrables Lecteurs: celle du premier s'esl même fait sentir, au point de vue Littéraire, jus- <|ur dans Les temps modernes. C'esl dans ces deux ouvra. que dous pouvons en même temps connaître Le mieux L'individualité de saint Augustin; L'un nous introduit, en effet, dans L'intime de smi cœur 'i nous révèle, dans sa plénitude, la variété de sa vie secrète, tandis que L'autre nous dévoile, par Les idées grandioses qu'il étale à nus yeux, l'élévation de sa culture intellectuelle, La profondeur el L'originalité de sa pensée el L'immense étendue de son savoir. L'imagination a aussi dans tous deux une grande part ; elle se manifeste par une vive représentation du passé, dans 1rs Confessions t et, dans la Ct/e de Dieu, par un tableau hardi des choses du monde à venir.

Ils ont doue l'un el l'autre une intime Connexion relativement

à L'individualité de L'auteur qui s'y trouve follement imprimée, mais ilsse suppléent aussi l'un L'autre, comme nous le verrons, sous un autre rapport.

Les Confessions sont divisées en treize livres: les trois derniers n'ont presque aucun lien avec les autres, qui forment L'ouvrage proprement dit. Dans les neuf premiers, saint Augustin raconte son histoire, c'est-à-dire L'histoire de sa vie intérieure, morale et intellectuelle jusqu'à La mort de saniere: elle arriva en 387, et c'est par conséquent L'histoire de sa vie jusqu'à sa trente-troisième année. Le neuvième livre se termine par une prière pour sa mère, dont il vient de raconter les funérailles. Le dixième livre a pour luit de nous montrer, ainsi qu'il s'exprime lui-même 1 . quej homme était Augustin à l'époque où il esquissait les Confessions^ c'est-à-dire ce qu'il était intérieurement, et en même temps, que] était, dix ans après le récit des événements, l'état de son développement. Ce fut, en effet, vers sa quarante-troisième année qu'il composa cet ouvrage. Le livre dixième ne forme pas

I. Confess. X, c. 3 : « Sed quis adhuc sim, ecce in ipso tempore confessionum meorura, el multi hoc nosse cupiunt qui me noverunt et non no nint, (|ui ex me vel de me aliquid audieruni : sed amis eorum non est ad cor ineum, ubi ego sum quioumqae sum. Volunt ergo audire confitentem me quid ipse inlus sim... »

seule menl un épilogue, il a les rapports les plus intimes avec les neuf premiers : dans ceux-ci, l'auteur n'a guère conduit L'histoire de sa vie que jusqu'à son entière conversion au christianisme, laquelle fut scellée par le baptême; il n'a dépeint que la période où, après avoir cherché Dieu et la vérité, il eut enfin le bonheur de les trouver. Dans le dixième livre, il nous fait voir en quelque sorte, les fruits que cette vérité a produits en lui, quelle est sa connaissance actuelle de Dieu et sa vie morale, quel est enfin l'état où il se trouve par rapport aux tentations de la chair et du monde. Les trois derniers livres sont une explication de l'histoire dans la création de la Genèse, ou, pour mieux dire, ce sont des méditations surcette histoire elle-même. Saint Augustin nefait qu'indiquer le lien qui réunit cet appendice au corps de l'ouvrage : après avoir montré, dans les livres précédents, comment Dieu l'a conduit jusqu'à la faveur de prêcher sa parole et d'offrir le saint sacrifice, il veut maintenant rendre témoignage de cette vocation « confesser à Dieu sa science et son ignorance » et lui oifrir, en expliquant la Bible, le sacrifice de ses pensées et de sa langue : il n'en est, en effet, redevable qu'à l'illumination divine elle-même (1). Ne perdons pas de vue qu'à l'occasion de ces commentaires et de ces méditations, saint Augustin traite souvent à fond une série de questions soit dogmatiques, telles que le mystère de la Trinité, soit philosophiques, telles que la doctrine du temps. Les trois derniers livres sont donc comme un supplémentimportantdudixièmelivre. Saint Augustin achève d'y esquisser le portrait de l'auteur des Confessions. Telle est la composition, tel est le contenu de cet ouvrage célèbre qui n'a atteint une semblable importance que par l'originalité de la forme. Le fond, en effet, se trouve encadré dans

1. Le lien qui rattache ces derniers livres avec le corps de l'ouvrage usé paraît indiqué dans les passages suivants du c. I, 1. XI : « Eccenarravi tibi multa... Quando autem sufficio lingua calami enuntiare omnia hortamenla tua, et omnes terrores tuos, et consolationes, el gubernationes quibus me perduxisti prœdicare verbum el sacramentum tuum dispensare populo tuo ? Et si sufficio hoc enuntiare ex ordine, enro mihi valent stillœ temporum. Et ohm inardesco medilaii in lege tua et in ea tibi confiteri scientiam et iniperitiam meam, primordia illuminationis tuœet reüquias tenebrarum mearum... Domine Deus meus, intende oralioni meae; et da quod offeram tibi, etc., etc. »

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la forme d'un épanchemenl que saint Augustin fail a Dieu lui-même : de là son litre. C'esl à Dieu en effet qu'il b 'adresse, et ;i lui qu'il fail d'abord ses aveux. Il se propose/ie lui rendre compt <■ de sa vie; il veul ae lui rien cacher, à lui qui saii tout, afin de mériter, par le repentir, sa grâce h le pardon de ses fautes. C'est ainsi que ooii seulement ses actions et ses pensées, mais ses sentiments eux-mêmes, prennent place dans te cadre <!«• sa narration, <m-, comme Dieu ne regarde, en toutes choses, que l'intention, saint Augustin passe avec >.> i n en revue les motifs de sa conduite, et soumet le cœur humain à une analyse psychologique des plus minutieuses. Le cœur parle, en même temps, dans ce livre, un Langage 1res éloquent : tantôt, par exemple, c'est lorsqu'il se donne a Dieu dans un amour sans réserve et qu'il pleure ses lautes: tantôt, c'est quand la perte des êtres les plus chers qu'il avait au inonde, un ami de sa jeunesse, et surtout sa mère, suffi I à éveiller en son âme la douleur la plus profonde. Dans ces passages, comme dans ceux OÙ il fail la peinture des luttes de son c.rur et où il raconte sa résolution d'embrasssr la vie ascétique, sa narration devient si animée, si entraînante, que le lecteur s.- sent encore aujourd'hui aussi saisi, aussi touché qu'aurait pu l'être alors le spectateur de ces scènes. Là, en effet, la marche du récit a quelque chose de dramatique, tout comme un roman de notre époque. La forme du livre en rehaussait sensiblement le caractère personnel et offrait, par suite des qualités essentielles auxquelles l'ouvrage devait tout spécialement son grand eilet : d'autre part cependant elle n'était point exemple d'inconvénients sérieux. Cette analyse qui prétend porter la Lumière dans chaque repli du cœur se perd souvent dans la minutie des détails; il y a, au travers deces milles détails, do longues et fréquentes apostrophes à Dieu qui, sans doute, peuvent bien peindre diverses phases de la vie de l'auteur et paraître justifiées à ses yeux, mais qui ne le sont point dans un récit communiqué à tout I univers. Elles semblent faire croire à une estime exagérée de soinième et fatiguent ainsi le lecteur. A cela vient s'ajouter je ne sais quelle manie de mêler au récit des citations de la-Bible : saint Augustin les tire surtout de l'Ancien-Testament, el c'est

2 il) BAJNl \i GUSTIN 213. J

principalement dans les passages don! nous parlons qu'elles trouvent [»lace. Cette tendance donne au style une bigarrure de mauvais goût; il en devient lourd et obscur. On y trouve, en outre, une propension à l'antithèse, qui dénote l'ancien rhéteur et nuit au ton de L'ouvrage; c'esl assaisonner l'expression avec une profusion excessive. Tout cela prouve combien le goût esthétique faisait défaut, à cette époque en général, et, en particulier, à la patrie de saint Augustin.

Pour intéressante que soit en elle-même une peinture de lame telle que Ta esquissée saint Augustin sous la forme énoncée ci-dessus, il y a pourtant, dans le cas présent, un double motif qui en rehausse l'intérêt : c'est, d'une part, le progrès intellectuel de l'auteur, lequel marche de pair avec le progrès moral ; et, de l'autre, le contraste historique extraordinaire qui s'aflirme entre les idées païennes et les idées chrétiennes : ce contraste agitait encore le monde à cette date, et il arrive à sa plus haute expression, dans les phases diverses du développement historique de saint Augustin. Alors la gnose orientale du manichéisme et la théosophie occidentale du néo-platonisme se dressèrent en face du christianisme, sous l'influence duquel elles s'étaient, soit directement, soit indirectement développées elles-mêmes : saint Augustin n'a-t-il pas en effet sacrilié aux deux, non moins qu'au scepticisme de la majeure partie des lettrés, le plus terrible ennemi du christianisme, lequel était professé par l'école des académiciens ? Par là cette vie qui nous montre dans une individualité si puissante la victoire du christianisme sur de tels adversaires nous fait, en même temps, pénétrer du regard le mouvement civilisateur de cette époque et nous en offre singulièrement l'intelligenoe. Elle nous ouvre même sur l'avenir prochain du moyen âge, je veux dire sur ces temps dans lesquels le christianisme dominait seul les esprits, une perspective moins agréable à l'œil, il est vrai, mais facile à découvrir si l'on considère le point de vue ascétique et exclusif auquel se place saint Augustin, après la victoire complète du christianisme dans son Ame : ni ses aspirations purement spéculatives, ni son sentiment inné pour le beau ne pouvaient être conciliés avec un tel pointdevue. C'est ainsi que, dans le livre dixième,

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c. -t'2 t. el -'"i) il se plaint de n'avoir pas encore dompté complètement l'orgueil (superbia), la volupté (voluptas), el la curiosité [curiositas) : il mel au compte de la volupté les jouissances qu'il trouvé à} en tendre an beau chanl d'église ! Mais la curiositas n'arfc-elle j»as constamment donné l'impulsion .1 toutes les recherches, surtout dans les sciences naturelles ? Cel exclusivisme ascétique du livre devait fatalement se faire sentir sur le moyen âge, autant que l'intérêt offerl par L'individualité de l'auteur devait agir sur les temps modernes : c'esl ainsi que cel ouvrage devient le livre Favori de Pétrarque, le père «les Humanistes, et qu'après avoir enthousiasmé Rousseau, le précurseur proprement dit de la littérature moderne, il lui inspire une production analogue.

Saint Augustin montre donc dans les Confessions la conduite de l'individu par la Providence, etil fait voir, par sa propre biographie, le règne de cette Providence sur chaque hominien particulier. Dans son autre ouvrage célèbre, la Cité de Dieu, il élargit le point de vue et s'essaie à faire voir comment la providence divine dirige l'humanité, durant les diverses phases de son développement. Ce premier ouvrage sur la philosophie de l'histoire a, pour le fond et la forme, tout autant d'originalité que les Confessions. Il esl écrit dans l'espace de quatorze ans. de in à 126, et publié pièce par pièce( 1). 11 faut y voir le développement progressif d'une apologie primitive. Ce genre de composition n'est pas resté sans influence sur le récit. A la suite de la conquête de Rome par Alaric (événement qui avait profondément ébranlé les patriotes romains), les païens renouvelaient leurs attaques contre le christianisme : c'est ce qui engagea saint Augustin à commencer son ouvrage. Les païens, en effet, rejetaient sur le christianisme la ruine de l'Etat romain, si fortement manifestée dans cette conquête; il avait, disaient-ils, banni le culte des dieux qui avaient fait la grandeur de Rome. C'était simplement reproduire les accusations que les apologistes avaieiil

I. C'esl ce que nous apprend saint Augustin lui-même [Civ. Dei, I. .'> : « ijuorum (librorum) très priores. cum edidissem, et in multorum manibus esse espisseat, audivi, etc., etc. » V. aussi Orose, Histor. 1. I, Liait. i 10

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eu, nous l'avons vu, à repousser dès l'origine. Saint Augustin reporte donc ces accusations sur le paganisme lui-même. Se plaçant au point de vue de la nouvelle éducation chrétienne à qui appartenait l'avenir, et dont il expose les principes et le but, il recherche les vrais motifs non pas seulement de la chute de l'Empire romain, mais de laculture antique en général. Il élargit donc les bases de l'apologie chrétienne et l'élève jusqu'à la philosophie de l'histoire. Celte philosophie embrasse le passé et l'avenir, le ciel et la terre; elle cherche à pénétrer toute l'histoire du monde depuis le commencement jusqu'à la fin; en un mot, elle s'appuie sur les considérations les plus élevées et les plus universelles. Dans sa conception grandiose, cet ouvrage est à la hauteur du revirement remarquable survenu dans l'histoire de l'humanité à l'heure où le monde antique prenait congé du monde nouveau : un esprit longtemps et profondément plongé dans les idées païennes pouvait seul toutefois le mener à bonne fin; il fallait un esprit qui, après s'être détaché de ces idées avec énergie et par ses seules forces, avait su embrasser les idées nouvelles avec le même dévouement et le même enthousiasme.

Pour comprendre le développement tout particulier de cet ouvrag-e, il est nécessaire d'en connaître exactement la composition. La voici. La Cité de Dieu renferme vingt-deux livres et se divise en deux parties : la première, composée de dix livres, est essentiellement polémico-apologétique ; la deuxième, qui embrasse les douze autres livres, est d'une nature spéculative et tend à consolider l'édifice que l'auteur va élever. La première partie, que nous allons d'abord considérer, se divise elle-même en deux sections principales comprenant cinq livres chacune. Dans la première (livres I-V), saint Augustin se propose, ainsi qu'il le montre dans les Rétractations, de réfuter l'opinion d'après laquelle le polythéisme est nécessaire pour posséder le bonheur terrestre; dans la deuxième (livres VI-X), il renverse celle qui voulait que ce même polythéisme fût utile, après la mort, par rapport à la vie future. Mais, d'après les données de saint Augustin lui-même (1), la

1. Civ. Dei, 1. I. c. 36 ; cf. 1. IV, c. 2 ; quant au canevas du livre premier, v. 1. II, c. 2.

première section comprend (rois subdivisions: 1") le livre 1, qoi esl une sorte de prélude : saint Augustin 3 montre l'ingratitude des païens rejetant sur le christianisme la conquête de

Rome avec les maux qu'elle entraîna à sa suite; c'est surtout au christianisme- que tant de païens devaient leur salut, après avoir cherché un asile dans les églises. Il ne lait guère, en dehors de cela, que traiter la question suivante, renouvelée par les païens eux-mêmes et dont ils faisaient un reproche aux chrétiens : pourquoi les malheurs de ce monde n'épargnent -ils pas plus les âmes pieuses que celles des impies? 11 étudie surtout cette question pour consoler les femmes chrétiennes outragées par les barbares; 2°) les livres 11 et 111 renferment un tableau des nombreuses calamités qui ont désolé Rome et les provinces, même avant le christianisme et la défense des sacrifices; le deuxième livre traite des maux au point de vue moral et le troisième, de ces mêmes maux au point de vue matériel ; 3°) les livres IV et V nous décrivent les qualités morales des Romains et les motifs que Dieu avait eus de contribuer, dans l'État romain, à une grandeur pour laquelle leurs divinités étaient impuissantes. Ainsi tombait d'elle-même l'accusation des païens. Cette première section était surtout destinée à la niasse du public, aux imperiti. La deuxième est dirigée surtout à l'adresse des philosophes, en particulier à celle de l'école néo-platonicienne qui ne partageait pas les préventions de la multitude que saint Augustin venait de réfuter, mais qui cherchait à sauver par la philosophie le polythéisme passé dans leur système.

Avant d'aborder l'analyse suivie des idées principales de la première partie de l'ouvrage, je ferai tout d'abord remarquer que l'abondance delà matière, et plus encore la singularité de la forme deFouvrage, offrent pour ce travail les plus grandes difficultés. Saint Augustin ne suit pas toujours, dans si m récit, la ligne droite: il se détourne à tout propos de la grande route où il s'est engagé, pour se jeter dans ce que je pourrais appeler des chemins de traverse: souvent, il est vrai, ces chemins le ramènent vers son but; mais, assez fréquemment, on a de la peine à découvrir ce but, et ces écarts ne laissent pas parfois de le mener loin. Il traite souvent, pour eux-mêmes, des points

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spéciaux du sujet principal; il leur donne, sans montrer le iil qui doit rattacher la partie au tout, la forme d'articles indépendants, quoique souvent il traite seulement un côté de ces circonstances spéciales en s'appuyant sur la partie prise pour le tout. A parcourir le titre des chapitres d'un de ces livres, on serait tenté de croire que ce livre n'est composé que d'une série d'essais. Et en fait, la narration nous rappelle parfois l'ouvrage de Montaigne. La variété du fond y est vraiment extraordinaire; les digressions, en partie morales, en partie historiques et en partie spéculatives, s'étendent sur tout le domaine de la science. Notre analyse doit donc se borner au sujet principal, et je vais surtout essayer de montrer la trame de ce tissu embrouillé.

Dans le premier livre, et à propos de lar question dont nous avons parlé, saint Augustin montre que, dans cemonde, le bonheur et le malheur extérieurs doivent être communs aux bons et aux mauvais, avec cette différence toutefois que le malheur est. une épreuve pour les uns et un châtiment pour les autres.

Il profite de cette occasion pour consoler les chrétiens des maux terribles qui les ont atteints lors de la prise de Rome. Le livre deuxième a pourpoint de départ cette idée : non seulement le polythéisme n'empêchait pas le malheur extérieur, dont l'auteur vient de démontrer la nature relative, mais il n'a réellement rien fait pour diminuer le malheur absolu et véritable, à savoir, le malheur moral, mala monan et animorum ; bien plus, c'est le contraire qui aeu lieu. Les spectacles (c. 8 sq.), dans lesquels le polythéisme se maintint le plus longtemps, en sont une preuve. Les dieux les réclamaient comme partie intégrante de leur culte, bien qu'ils s'y vissent dégradés euxmêmes. Us furent mêmes couverts de confusion par les Romains qui, du moins, avec la moralité de leur nature, exclurent les acteurs de tous les honneurs. Que penser de tels dieux? — Ils ne donnèrent aux Romains aucune loi et ils ne les conduisirent point à la moralité. Serait-ce, par hasard, que les Romains n'en auraient pas eu besoin (c. 17)? Qu'on jette seulement un coup d'œil sur les commencements de leur histoire; avec la chute de Carthage, la ruine morale grandit de jour en jour. Si donc la nation romaine avait, avant la venue

ii£jx) so nitre:

■ par Farne

\2\ 8.] I m: DE DU i 24*5

du Christ, à souffrir de telles misères morales, qui préparaient la ruine de L'État ; si les païens n'onl pas même le courage d'en rendre leurs dieux responsables, comment peuvent-ils mettre au compte du Christ les maux présents, Lui qui défend le culte démoralisateur des dieux et qui, condamnant les désirs terrestres, retire peu à peu ses fidèles du monde malade el tombant en ruine ? Ce sont donc les dieux qui sont coupables de la chute de L'Étal romain; ils Laissèrent Les Romains sans lois malgré L'immense besoin qu'ils en avaient, et ils ne les armèrent pas, connue l'a fait la Bible, contre L'avarice et la volupté. Les adorateurs des dieux se sourient peu, sans doute, de la bonté morale de la république; ils n'ont en vue pour elle que la paix, le bien-être et la gloire (c. 20). Mais les mauvais démons, c'est-à-dire, aux yeux de saint Augustin, ces dieux eux-mêmes, ont aussi contribué directement à la ruine morale de Home : il le démontre ici longuement (c. 23 sq.). C'est le Christ seul qui a délivré le monde du joug infernal de ces puissances impures. Le livre deuxième se termine par une apostrophe pleine d'élan au peuple romain : il l'engage à choisir entre les deux partis.

Dans le livre troisième, saint Augustin montre de pins que les maux matériels [mala carnalia), la famine, la peste, la guerre, Le pillage, la captivité, le carnage, les seuls maux que ne voulussent pas supporter les méchants, parce qu'ils prétendaient jouir seulement des biens matériels, s'abattirent également sur les Romains el sur l'Empire avant Le christianisme. On en voit déjà un exemple dans la ruine de Troie, berceau du peuple romain. Il passe ensuite en revue une Longue série de calamités qui ont affligé ce peuple, et il se demande : on étaient donc vos dieux lorsque tout ces malheurs arrivèrent ? Il ne craint même pas de maudire formellement cette grandeur de L'Empire romain, bâtie sur les malheurs incalculables que les guerres traînaient à leur suite : ne vaut-il pas mieux, pour L'homme, être plein de santé avec une taille moyenne, que d'être un géant aux membres malades (c. 10) ? — En terminant, il compare encore l'invasion des Goths à celle des Gaulois et à la guerre civile de Marins el Sylla, pour montrer (pue ces derniers maux ont été encore plus déplorables pour Home. De

quel droit ose-t-on donc mettre cette calamité sur le compte du christianisme?

Après un coup d'œil rétrospectif sur les deux livres qui précèdent, saint Augustin montre tout d'abord, dans le quatrième, que les Romains ne sont pas, ainsi qu'ils le prétendaient, redevables à leurs dieux de la grandeur et de la longue durée de l'Empire : au surplus, ils étaient peu fondés à se glorifier d'une grandeur qui, avec les guerres continuelles et les soucis qu'elles entraînaient à leur suite, ne procurait aux hommes aucun bonheur. Dans cette armée de dieux, à qui Rome devait-elle donc sa grandeur (c. 8)? Toutes ces divinités, surtout les divinités vraiment romaines, ont certes leurs occupations particulières, en sorte que nulle fonction générale ne pouvait être confiée à aucune d'elles en particulier. Ou bien était-ce peut-être à Jupiter que Rome devait sa grandeur? Cette opinion n'est pas non plus soutenable : le bonheur {Félicitas), aurait dû être cette divinité : mais la Félicité ne fut pas honorée longtemps parmi les Romains (c. 23). Elle n'est qu'un don de Dieu. Ici l'auteur fait une longue digression polémique dans le domaine de la mythologie gréco-romaine. Si ces dieux, dit-il avec beaucoup de justesse, avaient pu disposer de l'empire du monde (c.28), ils n'auraient pas manqué de le faire en faveur des Grecs, vu que ce peuple les révérait avec plus de dignité, surtout par les spectacles. Non, il n'y a qu'un seul vrai Dieu, auteur et dispensateur de la félicité ; c'est lui aussi qui accorde la puissance terrestre [régna terrena) aussi bien aux bons qu'aux méchants (c. 33). Le petit peuple juif, qui n'a jamais honoré les dieux de Rome, arriva néanmoins à un plus haut degré de bonheur que le peuple romain; il le conserva jusqu'à ce qu'il fut infidèle au Dieu qui le lui avait donné ; il fut alors disséminé aux quatre coins du monde pour démontrer, par ses livres sacrés, combien longtemps à l'avance avait été prédite la destruction du paganisme, afin qu'on ne crût pas, au cas où on lirait dans nos livres ces prophéties, que nous les avions inventées pour nous-mêmes. Telle est la lin du livre quatrième.

Le livre cinquième débute par la réponse à cette question : Pourquoi Dieu a-t-il voulu que l'Empire romain fût si grand

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