L. IV, c
[236.] • mi-.mmns 26S
d'ailleurs en maints endroits, d'une manière expresse I C'esl ;i ce poinl do vue moral qu'il faut se reporter, si l'on veut expliquer, chez lui, la chaleur individuelle de l'expn
sion. non moins que le côté pratique el populaire <|ui se trouve •laus ses serinons. L'un comme l'autre se fait jour en particulier dans ses sermons du carême : rien de pins beau que le lien par lequel il rattache ses exhortations à taire l'aumône el ,i pardonner les offenses. Pardonner est un « genre >• de l'aumône ; mais l'aumône el le jeûne sont « les ailesde la piété (2). » Il conjure donc avec instances ceux qui se sont rendus coupables d'une offense envers le prochain, de lui en demander pardon ; à tous, il adresse la même prière; il se l'adresse également à lui-même (3). Le maître doit, lui aussi, se réconcilier avec ses esclaves ; s'il n'est pas obligé de leur demander directement pardon en s'adressant à etix, il doit le montrer, du moins, par un traitement plein d'égards (4).
C'est donc dans ce détail, dans ce côté moral si remarquable des sermons de saint Augustin, que se man tfeste d'une manière spéciale la vie de l'Ame de l'auteur ; ma is son talent particulier se montre dans la dialectique de la narration, et lui communique assez fréquemment une allure pleine de vie et vraiment dramatique qui aboutit à la forme de dialogue (5 ,
1. Par exemple, dans le sermon 19, c. 7 : « Sed quid dico, putasne facio ipse quod dico? Fratres mei, facio. — Odi vitia mea; cor sanandum offero medico meo. Persequor ea quantum possum, etc. ■
2. « Sed orationihus nostris quibus ad. Deum facilius volundo perveniant, eleemosynis et jejuniis pennas pietatis addamus. * Sermo 206. Ce genre d'expression se fait remarquer dans les poésies allégoriques du moyen Al qu'on pense seulement au Roman des eles.
3. « Perinde omnibus dico — dico et mihi ipsi. » Sermo 211, c. \.
4. Ibid. — On voit clairement par là combien saint Augustin savait être prudent, quand la prudence était nécessaire.
5. Comme, par exemple, dans le sermon 19, c. 9 : saint Augustin a cité l'exemple de Jésus-Christ pour corroborer son exhortation à pardonner aux ennemis, et il ajoute : « Sed potuit hoc i'aeere, dicis mihi : ego non possum. Ego enim homo sum, ille Deus : homo ego, homo il le Deus homo. Deus utquid homo, si non corrigitur homo? Sed ecce tibi loquor : o homo, mul- Unu est ad te imitari Dominum tuum, attende Stephanien conservum luum. Certe Stephanus sanctus, homo erat, an Deus? Homo erat. Plane homo erat : Hoc erat quod tu, etc., etc..» Cet exemple est pris au hasard, el presque chaque page en offre de semblables.
telle que nous l'avons rencontrée dans ses écrits philosophiques. Cette forme prête elle-même à l'expression une couleur pleine de richesse et d'individualité. Saint Augustin sait captiver l'esprit comme il sait émouvoir l'âme. Avec cela le style est simple et clair: aucune pompe oratoire; point de périodes désordonnées.
Dès que le sermon ne se borne plus, comme précédemment, à commenter l'Ecriture sainte phrase par phrase, nous voyons l'explication allégorique disparaître graduellement sans que pour cela saint Augustin la condamne comme fausse, ni même qu'il la méprise: même en ce cas, en effet, l'on en trouve des exemples vraiment bizarres (1). Il va de soi que les relations de l'orateur avec son public donnent aussi fréquemment à ses sermons un immense intérêt au point de vue de l'histoire de la civilisation. L'époque et le pays où ils furent prononcés ne s'y reflètent pas moins que l'esprit et le caractère de l'orateur.
A ces ouvrages de la vie professionnelle de saint Augustin nous ajouterons, en cinquième lieu, deux autres écrits qui doivent être utiles au clergé et qui méritent une mention spéciale soit parleur intérêt littéraire, soit encore au point de vue de la civilisation. C'est d'abord l'ouvrage mentionné plus haut : De doctrina chiistiana, commencé en 397 et terminé en 426. Il comprend quatre livres, et il a pour but d'enseigner comment il faut « traiter l'Ecriture sainte, » et arriver à en avoir à la fois l'intelligence et l'explication : il expose, par conséquent, les principes de l'herméneutique et ceux de l'éloquence ecclésiastique. Il est donc, sinon d'une manière absolue, du moins en principe, destiné aux ecclésiastiques : il a servi de manuel au clergé du moyen âge. Cet ouvrage, écrit dans un style clair et approprié au sujet, se fait remarquer par les efforts
1. C'est ainsi que, dans le sermon sur le combat de David contre Goliath (sermo 32), les cinq pierres de David signifient la loi contenue dans les cinq livres de Moïse ; le fleuve où David prend les pierres est le peuple errant des Juifs (populics fluxus), et la mise des pierres dans le vaisseau pastoral (vas pastoritium) signifie la transition de la loi à la grâce (gratia). Car : « quid tarn significans gratiam, quam lactis copia? » — On trouve aussi des exemples d'allégories sous forme de personnification ; ainsi, dans le sermon 86, c. 6, où il fait parler l'Avarice et la Luxure.
>.(8.] COMMENTAIRES SM! I.\ ISlIILK 261
«I ii«> fait sainl Augustin pour arriver à un procédé systématique el à une base Bolide h philosophique. Dans la première partie (livres I-III), nous avons surtout àremarquer la question traitée au livre troisième el qui apourbul de montrer jusqu'à quel point les sciences profanes, transmises par les païens, peuvent être utiles au théologien chrétien Lui-même. Mans la deuxième partie (livre IV i, l'on ne saurait voir non plus sans intérêt sainl Augustin déclarer l'étude de La rhétorique utile aussi à L'orateur chrétien : il faut l'entendre exiger, lorsqu'il s'appuie sur l'œuvre de Gicéron, qui, lui aussi, parle de manière à instruire, à plaire et à toucher [flectere . afin qu'on comprenne sa doctrine, qu'on l'aime, et qu'on la mette en pratique. Dans cet ordre d'idées, et toujours d'après Cicéron, saint Augustin distingue trois sortes de style : le style simple, le style lleuri et le style sublime; il en emprunte des exemples aux lettres de saint Paul, ainsi qu'aux ouvrages de saint Cyprien et de saint Ambroise. — L'autre écrit, dont nous avons encore à parler, nous montre la prudence de saint Augustin et son expérience de la vie pratique, comme celui qui précède nous a montré son éducation théorique. C'est le livre intitulé, De catechizandis rudibus, c'est-à-dire une introduction aux premiers rudiments de la religion chrétienne, composée par saint Augustin, en l'an 400, à la prière «le Deogratias, diacre de l'Eglise de Garthage. Cet opuscule, au style clair et attrayant, a aussi une grande valeur au point de vue de l'histoire de la civilisation. On peut s'en convaincre facilement par les seules indications qu'il donne relativement à la manière de traiter les païens qui se convertissent au christianisme, et par les conseils de prudence, dont il fait suivre ces indications, sur la diversité de leur éducation et les motifs de leur conversion.
Les Commentaires sur la Bible forment une classe nouvelle. Mais, dans ce domaine, saint Augustin n'a pas ouvert de routes inconnues, ni exercé une influence quelconque sur la littérature générale : nous pouvons donc passer ce genre d'écrits complètement sous silence. Bornons-nous à remarquer que ces commentaires ont rapport soit à l'Ancien Testament, et principalement aux Psaumes, soit au Nouveau
Testament : l'auteur, qui suit visiblement l'exemple de saint Ambroise, s'appuie, surtout en ce qui concerne l'Ancien Testament, sur l'explication allégorique.
Les Lettres. — Nous possédons encore de saint Augustin un riche recueil de lettres. L'édition des Bénédictins n'en compte pas moins de 270 ; mais, dans ce nombre, il y en a plusieurs qu'il n'a pas écrites lui-même ; elles lui ont été adressées. Celles qui lui appartiennent en propre offrent, par la variété des sujets, un intérêt des plus vifs, tout à fait en harmonie avec sa riche individualité et l'espace assez considérable dans lequel elles ont été écrites. Cette période de temps comprend, en effet, plus de quarante années, du commencement (1) de 387 à 429, c'est-à-dire depuis l'époque où saint Augustin, avant son baptême, s'occupait encore de son livre contre les Académiciens, à Cassiciac, jusqu'à la fin de sa vie. Il était prince de l'Église lorsqu'il mourut dans tout l'éclat de son influence comme auteur chrétien. Quelle richesse dans le développement de son esprit et quelle activité pratique se trouvent enfermées dans cet espace de quarante ans. Cette richesse et cette activité surtout se reflètent admirablement dans ce recueil de lettres ; c'est une source pure et multiple pour la connaissance du caractère de saint Augustin. Quant au fond général de cette correspondance, il faut distinguer d'abord les lettres plus ou moins officielles, et le nombre en est grand ; quelques-unes d'entre elles sont même écrites au nom de synodes. La plupart des lettres de cette catégorie ont rapport aux hérésies alors très répandues dans le nord de l'Afrique, surtout à l'hérésie des Donatistes ; deux ont trait au paganisme, qui osait encore çà et là relever la tête (2). Les
1. Saint Augustin parlant, dans sa première lettre (à Nébridius), de la fin du premier livre contre les Académiciens, on ne saurait admettre une époque antérieure à « la fin de 386 », date donnée par les Bénédictins.
2. Comme, par exemple, la lettre 91 à Nectarius ; celui-ci avait imploré la protection de saint Augustin pour ses compatriotes de Calama qui avaient insulté l'Église et persécuté les prêtres (en 408). Telle est encore la lettre 232, aux habitants de Madaure, que saint Augustin exhorte à embrasser le christianisme, en leur montrant le jugement dernier et l'accomplissement des prophéties. Cette lettre se distingue par un style remarquable, qui allie la concision à la clarté et à l'énergie.