SAINT PAULIN DE NOLE
Voici maintenant un poète d'une individualité essentiellement différente : c'est saint Paulin. Il fut le contemporain de Prudence, et il nous offre un intérêt particulier, au point de vue de la littérature et de l'histoire. Il représente, sur le Parnasse chrétien, la Gaule de cette époque, comme Prudence y représente l'Espagne. C'est un point hien cligne de remarque de voir comment, dans la différence des deux poètes, s'accuse également, par quelques côtés, la différence qui existera plus tard entre les nationalités espagnole et française. Dans son expression poétique, Prudence a plus de richesse de couleurs et plus de brillant, mais aussi sa palette est plus chargée et plus bigarrée. Si Paulin a plus de grâce et plus de goût, il se distingue, comme poète, par une certaine retenue qui lui fait fuir (double mérite à cette époque) l'exagération et l'enflure, ainsi que par la finesse esthétique et parle tact; mais il est bien inférieur à Prudence quant à la puissance créatrice de l'imagination : quelque faciles et coulants que soient ses vers, son récit peut descendre au niveau de la prose versifiée ; il n'a rien du génie; c'est un talent facile, qui incline naturellement vers le culte de la forme et qui a, très développé, le sens du beau.
Pontius Meropius Anicius Paulinus (1), né à Bordeaux de
1. Pontii Meropii Paulini Molani episcopi. Opera secundum ordinem temporum nunc primum disposita et admss. codd. gallicanos italicos, etc. emendata et aucta (de Lebrun). 2 tom., Paris, 1685, in-4. (En appendice, Vita et dissertationes sur Paulin); Muratori, Anecdota ex Ambrosianae bibliothecae codd., tom. T, Milan, 1097, in-4; Paulini, Carmen adversus paganos,ed. OEhler, dans son éd. do Miniitius Félix (v. plus haut, p. d00. Rem. 1) ; Bursian, Das sogenannte poema ultimum des Paulinus Nolanus, in den Sitzunsber. der Kœnigl. bayer. Acad. der Wiss., 1880 ;
parents rhrétiens, en 353, appartenait à mie famille sénatoriale, riche el très bien posée, qui possédai! mon seulement en Gaule, mais encore en Espagne el en Campanie, de grandes propriétés. Sun père était préfet du prétoire en Gaule. Paulin reçut mu' excellente éducation, car Bordeaux Qorissail alors parmi toutes les écoles de l'Empire romain. Son maître principal fut son compatriote, ^.usone, auquel l'attachèrent Les liens les plus intimes de la vénération et de L'amitié. Ce dernier, que la faveur de Gratien porta aux plus hautes dignités de l'Empire, protégea aussi dans sa carrière politique son élève, déjà bien recommandé par sa naissance et par sa fortune; aussi, Paulin semble- t-il avoir revêtu le consulat avant 379, c'est-à-dire dès sa première jeunesse (1). Mais il parait que saint Paulin renonça bientôt à la carrière politique pour laquelle il n'était point fait : après avoir épousé une riche espagnole du nom de Thérasia, il vécut dans ses terres, près de Bordeaux. Cependant cette opulente oisiveté, tout embellie qu'elle put être par le commerce d'amis pleins d'esprit et par le dilettantisme poétique (2), n'offrait pas une base sérieuse à la vie de saint Paulin. La maladie, lalongue infertilité de son mariage, puis la mort prématurée du lils unique qui avait été si impatiemment attendu; d'autre part, la connaissance personnelle d'hommes éminents et chrétiens, notamment, celle de saint Martin de Tours qui l'avait guéri d'un mal d'yeux et celle de saint Ambroise (3), l'influence de sa pieuse épouse et celle de Delphin, évèque de Bordeaux, tout contribua simultanément à détacher de plus en plus saint Paulin de la vie du monde. Comme Ausone, il n'avait appris d'abord à aimer le
M, P. Paulini senatoris et constats romani, deinde Nol. episc, opéra recognovit Muratori. Verona, 1736, in-tbl. (se base sur les deux premiers nommés ; Buse, Paulinvon Xola und seine Zeit., 2 vol., Regensburg, 1856; Ampère, Histoire littéraire de la France avant Charlemagne, 2° éd., Paris, 1867, tome I; Abbé Lagrange; Histoire de S. Paulin de Nvle, 1 vol., Pari?, 1880.