CARMEN
saurait avoir une si grande puissance. Cotte objection a sa base dans les connaissances bornées de l'homme; le poète la réfute par une peinture pleine de poésie et d'élan, où il nous montre L'immensité de l'essence divine par rapport au temps et à l'espace. La seconde objection consiste à dire que Dieu a bien la puissance, mais non la volonté de gouverner le monde et de se soucier de L'homme qui n'est sur cette terre que pour un court espace de temps. Ceux qui prétendent de telles choses, ravalent l'homme au niveau de la bête : c'est par le Christ, qui lui a rendu « la vie perdue », qu'il s'est vu rouvrir le chemin de l'immortalité. Pour développer cette idée, l'auteur remonte à la création de l'homme et à sa désobéissance, et il montre ensuite comment la Providence se manifeste dans l'histoire des Juifs. Il la développe jusqu'à leur sortie d'Egypte; de là, il passe à la rédemption par le Christ, qui renouvelle l'homme que la chute d'Adam avait dégradé. C'est ici que le poète touche à la double nature de Jésus- Christ, qui est tout aussi bien homme qu'il est Dieu. — Mais la mission du Christ est une preuve manifeste que Dieu se
soucie de l'homme et que le salut est offert à tous. Etre bon ou mauvais ne dépend que de la seule volonté de l'homme, qui est libre. Les bons et les méchants sont égaux par la naissance. La victoire sur les passions donne la couronne : sans efforts, impossible de l'obtenir. Dans une longue digression, le poète combat la croyance à l'influence des astres sur l'homme. Ce n'est point des astres, mais de notre cœur que viennent les obstacles à la vertu. La liberté ellemême excite le combat que nous avons à soutenir; c'est une guerre civile. Les éléments n'ont jamais reçu aucun droit sur nous; c'est plutôt nous qui en avons sur eux. Il montre après cela comment l'astrologie met à néant la morale etla religion. — Enfin l'auteur réfute encore une objection contre l'admission d'une Providence divine : souvent, ici-bas, les bons sont malheureux tandis que tout réussit aux méchants. A ce propos, il dit notamment que, si Dieu donnait dès ici-bas à l'homme la récompense qu'il mérite, tous les méchants devraient être anéantis, et les justes amenés dans un autre monde; mais, par là, la race humaine cesserait d'exister et les méchants se
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verraient privés du délai de la pénitence qui peut encore les sauver. En toul temps néanmoins Dieu donne des preuves de sa justice : il ébranle les plus grands empires par des guerres; il châtie des peuples et des > il les puissantes : il précipite les super« lies; il élève les justes, etc. Les innocents, il est vrai, ont aussi a souffrir avec les coupables afin que leur mérite fasse épargner les autres et que L'exemple «les premiers amène la conversion îles seconds. .Mais Dieu, dans ses châtiments, fait souvent une exception en faveur des bons. — Enfin, le poète montre combien les hommes ont une fausse idée du bonheur et du malheur qu'on place le plus souvent dans des choses extérieures et terrestres; les ermites, ser\il mus de Dieu, se sont d'euxmêmes dépouillés de ces biens et ont prévenu de telles perles. Dans cette peinture, le poète rappelle encore l'étal malheureux des temps présents (1). Le poème se termine par une exhortation à secouer le joug' du péché et à s'abstenir des querelles de mots sur le dogme. Le style eu est facile et, à tout prendre, correct; dans certains passages même il s'élève jusqu'à la vraie poésie; mais dans d'autres, il est vrai, il devient prosaïque et tombe jusqu'à la trivialité.