DE i" vrir.M là til
édifiantes, trop parler n'est pas an défaut. Quand on parle d'un bien, le Bujet mérite qu'on examine le mal qui lui esl opposé, car l'on comprend mieux ce qu'il faut faire, Bi on parle aussi de ce qu'il faul éviter. Considérons donc l'impatience
(c. B). Bile a son origine dans le démon, comme la patiem la sienne en Dieu : l'on ne saurai! déterminer bî Satan a été d'abord mauvais ou impatient. L'impatience est la mère de tous les péchés. Le mal lui-même n'est que l'impatience «lu bien, impatientia boni 1 1. — La patience esl inséparable de la foi; elle la suit ou la précède. Elle esl une vertu spécifiquement chrétienne; c'esl par elle que La loi fui accomplie el agrandie: la patience avait fait défaul dans La loi de justice; elle n'était pas encore sur la terre parce «pie la foi en était absente. — Terlullien examine ensuite, aux chapitres septième et suivants, les sources principales de l'impatience : les revers de fortune, les offenses, la perle dos parents, la vengeance « son pins grand aiguillon, n et il montre combien tous ces motifs sont injustes; a combien plus forte raison les mobiles plus insignifiants encore ! Mais la récompense de la patience est la félicité. Elle prête la main à la pénitence : elle est la mère de l'amour chrétien. C'est ainsi qu'elle a les pins intimes rapports avec les trois vertus cardinales. « Les langues, les sciences, les prophéties passent; la foi, l'espérance, la charité restent : la foi. introduite par la patience du Christ; l'espérance, qu'attend la patience de L'homme; la charité qui, sous la conduite de Dieu, accompagne la patience» (c. 1:2). Le corps lui-même ne doit pas se priver de cette vertu, car, sans elle, la chair est faible. Isaïe, saint Etienne, Job sont ensuite cités comme des modèles de patience. Le tout se termine c 15), par un panégyrique de la patience; le récit s'anime, et la personnification de cette vertu plus ou moins apparente déjà dans tout Le livre, arrive à son plus grand relief; car la physionomie, effigies^ cl l'attitude, habitas, de la patience sont également décrits : « Sou vi>age est calme et tranquille; le front est pur; point de rides creusées par la tristesse on par la colère ; les sourcils in-
I. Remarquons que le mot latin impatiens a une Bignißcaüon beaucoup plus large que le mot français impatient.
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clinés annoncent la joie, 1rs yeux baissés par l'humilité, non par le malheur; le silence orne la bouche ; le teint est celui des personnes innocentes et sans inquiétude; la tète s'agite fréquemment contre le diable avec un sourire menaçant; la poitrine est ceinte d'un habit blanc comme la neige qui s'ajuste au corps et ne Hotte pas tout autour. Elle est assise sur le trône de l'esprit le plus calme et le plus doux. Car où Dieu est, là est aussi sa Bile adoptive, la Patience. » Telle est la patience chrétienne, tout autre que lapalienccfausseetinjurieusedcspaïens, tout autre que celle des parasites, des capteurs d'héritages, des maris qui n'épousent unefemmeque pour accaparer sa dot.
Cette analyse, que j'ai donnée exactement pour caractériser avec plus de force la diction de Tertullien dans ce domaine moral et didactique, n'accuse, il est vrai, ni un ordre logique et invariable, ni surtout l'art de la composition ; il faut dire pourtant que Tertullien a su vivement éveiller l'intérêt, dans l'introduction, et qu'il Ta, vers la fin, augmenté encore. De fait, il s'entend toujours à captiver: là môme où il ne satisfait pas la raison, il frappe d'autant plus en excitant la sensibilité et l'imagination, en sorte que, là où l'ordre de la disposition laisse à désirer, il surprend encore par l'originalité de la pensée et de l'expression. Très subjectif, l'âme très ardente, Tertullien a donné à cet ouvrage un relief et un caractère que n'ont pas les ouvrages classiques qui traitent le même sujet: on sent à chaque ligne que, pour lui, aborder la question, c'est aborder une chose du cœur. Cette vertu, à laquelle il peut si difficilement plier sa nature, ne lui apparaît que dans un jour plus idéal. La personnification des vertus et des vices, telle qu'elle ressort de ses expressions, n'est pas toujours traitée avec un égal bonheur, mais elle marque son style d'un cachet particulièrement chrétien et poétique. L'allégorie est, en effet, une forme de l'art chrétien. Dans la comparaison qui termine le livre et dont nous avons parlé plus haut, se trouve un mélange curieux d'objectivité classique et matérielle qui contraste avec la manière spirituelle d'écrire propre au christianisme; le calme même, qui convient à une statue classique, est détruit par le mouvement de la tète.
Les autres écrits de cette classe, considérés au point de vue
[SO, M . DC ORATIOXE, kD i SOREM, BTC.
littéraire, restent sans conteste bien loin derrière •■'•lui dont nous venons de rendre compte: je suis donc autorisé .1 en parler brièvement.
!.<• petit traité sur la Prière, Deoralione,eu vingt-neuf chapitres, écrit dans un style Bimple el digne, donne d'abord une explication du Patert\& prière xxc' :::-//,■'. dans laquelle Tertuilien trouve un abrégé de toul L'Évangile; il parle ensuite dn temps, du lieu, de la manière de prier, des usages extérieurs aillai que de la disposition de l'âme, et, dans quelques pa. oii le récit semble prendre un élan toul poétique, il termine par L'éloge de la puissance de la prière.
Tertullien a consacré plusieurs travaux au mariage chrétien, mais plus particulièrement à la question «les secondes noces; le plus attrayant de ions el le premier en date es! celui <ju*il intitule: A mon épouse, Ad nxorem. Composé de deux livi di\isés chacun en Iniii chapitres, il l'ait connaître à sa femme sa pensée dans le cas où il viendrait à mourir. C'esl aussi cet intérêt personnel qui donne à ce livre un attrait particulier. Dans le premier livre, Tertullien se prononce contre les secondes noces, toul en déclarant ideale une abstinence complète sous le rapport charnel : malgré cela, et en considération de l'humaine fragilité il ne rejette pas formellement un second mariage; mais il exige, dans Le second livre, qu'on n'épouse pas un païen el il expose imis |r-> inconvénients et désagréments de ces mariages mixtes. Par contre, il esquisse, en terminant, un beau portrait du bonheur offert par Le mariage
vraiment chrétien, alors que « deux sont réellement nue seule chair, et qu'il n'y a de séparation ni spirituelle ni corporelle(i). » Mais, une fois passé au montanisme, il traite bien plus sévèrement cette question dans son écril de L'Exhortation à la chasteté, De exhortatione castitatis^ qui a treize chapitres, et dans un autre, en seize chapitres, qu'il intitule: De la Monogamie, De Monogamia, et «m il prend à partie les orthodoxes, Psychici. Là, il rejette absolument les secondes noces: les
1. u Ambo fratres, ambo coDservi, nulla spiritus carnisve discretio. At- ([iiiii vereduo io carne una; ubi euro unu, unus et spiritus. » C. 9. Cf. aussi De Monogamia, c. !'.
premières étanl déjà pour l'éternité, un second mariage esl mis sur la même ligne que l'adultère. Dans le second écrit surtout se montrent de nouveau toutes les qualités brillantes de l'auteur comme polémiste : énergie de l'expression, déduction séduisante, mordante ironie (l).
Tout aussi intéressants smis le rapport de l'histoire de la civilisation que caractéristiques pour Tailleur sont les deux livressur la toilette des femmes, De cultu feminàrum, en neuf cl treize chapitres. Dans le premier il avertit les femmes de s'abstenir des loileltes précieuses, des vêlements bigarrés et de la parure variée de cette époque; nous avons là une preuve palpable du nombre de gens riches ou aisés que la communauté chrétienne comptait alors, surtout en Afrique, parmi ses membres. Le deuxième livre leur défend particulièrement d'employer les cosmétiques, à l'aide desquels une mode insensée tâchait alors de corriger la nature. L'écrit si difficile, si obscur, et pourtant si original sur le Manteau, De Pallia, qui n'a que six chapitres, fait, d'une façon remarquable, pendant au précédent. Il est d'une nature si personnelle qu'on peut à peine le classer k bon droit dans Tune des trois catégories des écrits de Tertullien : il ne sera donc point inutile d'en faire mention. Tertullien avait été la risée de s"s concitoyens pour avoir revêtu, au lieu de la toge, le pallium porté par les philosophes grecs et dont s'ail'ublaient aussi les ascètes chrétiens; il se défend, et répond à cette plaisanterie par Te sarcasme le plus amer. 11 est bon de remarquer que Tertullien, à la fin de l'opuscule, fait intervenir et met en avant le pallium luimême à titre de défenseur (2).
Les autres écrits de cette classe offrent un bien moindre intérêt littéraire; ils sont en partie dogmatiques, ou bien ils traitent des détails particuliers de la discipline ecclésiastique, au point de vue montauiste. D'abord le livre sur le baptême, De baplismo, écrit à l'occasion d'une secte hérétique qui rejetait le