‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 194 sur 353 · M ns DBS I i' K0B1TK · texte numérisé non relu

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Castor, évèquc de A.pla Julia (Apt), ville de la Gaule Narbonaisc, voulail mettre à profit, dans l'intérêl d'un cloître qu'il venait de fonder, les connaissances que possédait Cassiensur 1rs cloîtres de l'Orient, de la Palestine et de l'Egypte; c'esl donc pour répondre au vœu de l'évèque que Cassien composa son ouvrage. Dans les quatre premiers livres, il traite des Institutions et des règles de ces cloîtres ; les huit derniers sont consacrés à montrer, conformément à la tradition, l'origine, les causes el 1rs remèdes des fautes principales qui menacent la vie monacale el érémitique (1). C'est ainsi que le premier livre, qui esl très court, a pour sujel l'habillement extérieur du moine et son costume; le deuxième traite des prières el des psaumes qu'on récitait en Egypte, pendant la nuit ; il nous fournit aussi des renseignements historiques importants relativement à la manière de psalmodier. Le troisième livre, de son côté, expose la manière canonique de réciter 1rs prières et 1rs hymnes pendant la journée, usage qui existait en Palestine el en Mésopotamie, mais qui manquait à l'Egypte; l'auteur motive, à cette occasion, le choix des heures consacrées à la prière. Le quatrième livre nous fait le récit de l'admission, de l'épreuve et de la vie de ceux qui renonçaient au monde, et notamment des devoirs absolus de l'humilité, de l'obéissance el de la pauvreté. Gomme exemples remarquables de ces vertus, l'auteur y cite des traits de la vie des Saints du désert ainsi que de celle de S. Jean, si célèbre :i celle époque par son ascétisme (2).

Ce livre se termine par une courte récapitulation des degrés qui conduisent le moine à la perfection (3) ; l'absence d'une

l'ouvrage, en abrège le titre dans la forme énoncée plus haut. V. la préface de la deuxième partie des Collationes.

t. V. la préface, et cf. la lettre qui nous reste de Castor à Cassini.

2. Sa vie est également traitée en détail dans l'ouvrage : Jiistoria cremitica. Y. ci-dessus, p. 348.

:> Le passage nie semble digne d'être cité, à cause de son intérêt et de son importance : « Audi ergo paucis ordinem per quem ascendere ad perfectionem summam sine ullo labore ac difßcultäte valeas. l'rincipium nustrae salutis sapientiaeque >eeundum scripturas timor Domini est » (Proverb. 1). • De timoré Domini nascitur compunctio salu taris. De compunctione cordis procedit abrcnioitiatio, id est, nuditas et contemptus omnium facullatum. De nudilate humilitas procreatur. De humilitatc mortificatio voluntatiuii

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méthode rigoureuse dans l'exposition rendait celte récapitulation nécessaire. L'auteur passe ensuite à la considération des huit vices contre lesquels le moine doit ;< combattre, » et il consacre à chacun d'eux un livre spécial. Ce sont: 1. Y, gastrimarnia ou conçu piscentia gulae, la gourmandise; 1. VI, fornicatio, la luxure; 1. VII, philargi/ria, l'amour de l'argent; L. VIII, ira, la colère; L. IX, tristitia^ l'abattement; L. X, acedia — taedium, sive anxielas cordis, l'indolence ; I. XI, cenodoxia, la vanité; 1. XII, superbia, l'orgueil. Le classement semble avoir lieu d'après la difficulté à vaincre, vu que les vices les plus grossiers et, partant, les plus faciles à vaincre puisque la discipline extérieure du moine vient à son aide, sont placés en première ligne. Les trois premiers sont, en même temps, de telle nature, que la vie monastique suppose même la victoire, tandis que les derniers au contraire peuvent se développer avec la vie ascétique et dans elle. C'est ainsi que l'indolence [acedia] s'empare, surtout et de la manière la plus terrible, de l'ermite et du moine errant (vagi) dans le désert, particulièrement à l'heure de midi ; de là son nom de démon du midi (meridianas dacmon). L'auteur, au livre X (c. 2), nous fait un portrait vivant de cette maladie de l'âme. L'activité, qui en est le principal remède, donne à Cassien l'occasion d'exalter le travail des moines d'Egypte (1. c.,c. 22) qui non seulement s'entretiennent de leur travail, mais qui trouvent encore le moyen de fournir des vivres à autrui (1). Dans le livre onzième, Cassien nous expose, d'une manière détaillée et assez intéressante, quel ennemi terrible pour la vie monastique elle-même est la vanité : souvent ce vice à plusieurs faces, subtil et si varié, n'est pas même vaincu parce qu'on a triomphé de lui, mais se relève sous une autre forme et cherche, sous le masque de la vertu, à anéantir le vainqueur

generatur, mortificatione voluntatum extirpatur atque marcescunt universa vitia. Expulsione vitiorum, virlutes fructificant atque succrescunt. Pullulatione virtutum purilas cordis acquiritur. Puritate cordis apostolicae charitatis perfectio possidetur. » LV, c. 43.

1. Je n'ai trouvé qu'une seule fois et rapporté ici comme exception l'exemple d'un moine venu d'ttalie et dont la seule occupation fût de copier des livres (1. V. c. 39) ; il ne savait pas faire autre chose, ainsi qu'il le dit lui-même.

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I. XI, c. 'i , vu que cette victoire elle-même engendre encore la vanité. Le pire de tous les vices est l'orgueil [super bia); il est le premier par son origine, mais il fait néanmoins encore son apparition en dernier lien sur le champ «le bataille, et, Le plus souvent, il s'attaque à ceux qui sont parfaits. Il se distingue »les autres vices en oe qu'il ne fait pas seulement perdre su vertu contraire, l'humilité, mais qu'il détruit en même temps toutes les vérins, étant la source primitive de tous les vices il. XII, c. 3). Cette considération termine ce premier ouvrage où, dans nu style facile et coulant, sinon partout correct, l'auteur traite son sujet d'une manière populaire, pratique «4 généralement intelligible, sans descendre jusqu'au fond des choses et sans se perdre aussi dans trop de détails.

L'ouvrage suivant: XXIV CoUationes Patrum (1), est une suite et un supplément du précédent; il poursuit, il est vrai, un but plus élevé, mais la narration souffre souvent de la diffusion des détails. Ces CoUationes sont des entretiens que Cassien et son ami Germanus, qui lui sert ordinairement de portevoix, ont eus, comme ledit l'auteur, avec les anachorètes les plus renommés de l'Egypte; les discours de peu détendue des amis qui veulent seulement être instruits, ne font qu'amener les transitions du « Père, » lequel tour à tour les interroge on répond à leurs questions, et ainsi les instruit. Ces vingtquatre Collations ont été composées et publiées en trois parties ; chacune d'elles parut avec une dédicace ou préface particulière. L'auteur écrivit encore, à la prière de Castor, les dix premières, en 419, peu après l'achèvement de son premier ouvrage ; mais il ne les publia qu'après la mort de cet évêque : les sept suivantes furent écrites en 428 et les sept dernières ne tardèrent pas à suivre (2). L'auteur lui-même, dans la préface des dix premières Collations, fait connaître le but de son travail et les rapports qu'il offre avec son précédent ouvrage :

1. Le titre primitif était peut être : Summor um patrum, car c'est ainsi du moins que Cassien cite, dans la préface, le recueil des dix premières Collations .

2. V., pour la fixation du temps, Wiggers, op. c, p. 25 sq. — La préface de la première partie annonce déjà les sept dernières Collations comme « emittendae. »

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