SAINT PROSPER
Le poème De ingratis, qui comprend un peu plus de mille hexamètres, est écrit, ainsi que le poète l'annonce Lui-même dans une courte préface de cinq distiques, contre les semi-pélagiens de la Gaule méridionale; il voyait revivre en eux le Pélagianismè ; de là, le titre : Ingrati, qui a un double sens et ne signifie pas ici seulement les ingrats, mais les contempteurs de la grâce (I). Le poème est divisé en quatre parties, dont la première l'ait rapidement l'historique du pélagianismè et montre sa condamnation par l'Eglise d'Occident et sa nouvelle réapparition. A l'aide d'une insinuation qui semble perlide, le poète identifie ensuite le semi-pélagianisme avec le pélagianismè, en prêtant la parole aux partisans de ce dernier et en leur faisant réclamer, comme un acte de justice, la condamnation des semi-pélagiens ou leur propre admission dans Le giron de l'Eglise. Dans les trois autres parties du poème, l'auteur expose la doctrine semi-pélagienne, ses différences comme aussi ses liens de parenté avec le pélagianismè, et il cherche ensuite à la réfuter. Le contenu de l'ouvrage étant purement dogmatique, je renonce à en donner une analyse plus détaillée, et cela, avec d'autant plus de plaisir, que l'esprit d'intolérance religieuse qu'on est porté à y voir, nous est antipathique de nos jours. Ici, comme toujours, cet esprit, est intimement uni à une soumission passive de l'autorité (2) ; il se montre dans une polémique écrite en partie contre le sens commun. En général, les détails sont/iussi peu poétiques que le fonds de l'ouvrage : le tout n'est qu'une versification, habile pour cette époque, d'une querelle théologique ; c'est écrit, on
l'année 455, on peut bien conclure que l'auteur ne vécut pas longtemps après, sans quoi il l'aurait certainement continuée. De plus, Marcellinus Cornes, dans sa Chronique, parle de saint Prosper à la date de 463 (v. Rone, p, 295), d'où l'on semble en droit de conclure que ce fut là l'année de sa mort.
A . Uans les éditions, à cause des manuscrits, le titre est souvent : rUpi àxap:aTwv, id est, de ingratü. Peut-être saint Prosper n'avait donné originairement à son ouvrage que le titre grec, d'après le procédé de Prudence (Peristephanon) ; mais, dans la préface (v. 3), il montre déjà la traduction de l'expression grecque ; on y lit, en effet « Adversum ingratos... centenis decies versibus excolui. »
2. Il la met elle-même en avant dans la première partie, où l'on trouve également un éloge enthousiaste de saint Augustin. V. 103 sq.