Ista mali caput est, crimen surrexit ab ista. » V
2. « Figulus » v. 363. Le poète encadre ensuite dans son poème la parabole de l'enfant prodigue.
3. Livida quos hostis paradiso depulit ira, Fortior antiquae reddat tua gratia sedi.
Ces vers terminent le livre.
[.'{82. DE siMiurw.ls Hl&rORUE GESTIS 128
Bible. Le porte domine, avec une liberté entière, la matière biblique, cl il ne crainl pas d'agrandir le cadre des discours de Dieu. D'autres, comme Victor par exemple, montrèrent une égale liberté; mais ce <jui distingue surtout saini A vi te, c'est la composition poétique qui trahit une idée suivie, laquelle domine partout le sujet. L'analyse laisse facilement reconnaître que la matière est heureusemenl divisée dans les trois livres et que le récit des détails a les dimensions voulues. Le deuxième livre, le plus important dans la composition, nous fait le tableau de la catastrophe qui se prépare dans le premier et dont le troisième nous révèle les suites.
Cette première partie de l'ouvrage est bien autrement-importante que la deuxième qui comprend le quatrième et le cinquième livres. Ces deux livres ont sans doute des liens intimes qui les rattachent l'un à l'autre, mais ils ne forment point un tout organique. Ces liens, ce n'est pas seulement la matière (la destruction de l'homme par l'eau), qui nous les fournit; ils consistent plutôt dans l'idée : le déluge, tout comme le passage des Juifs à travers la mer Rouge, ne doit être considéré que comme un type du baptême; c'est même ce lien qui rattache ensemble les deux parties de l'ouvrage, ainsi que le dit le poète à la fin du cinquième livre (1). Nous avons eu, du reste, l'occasion de faire remarquer qu'en plusieurs endroits il nous révèle un sentiment très prononcé pour l'explication typologique de la Bible.
Le livre quatrième (six cent cinquante-huit vers) nous offre d'ailleurs plus d'un détail intéressant et plein d'attrait. C'est ainsi que le début nous montre, avec des couleurs bien tranchées, la dépravation morale du monde ; l'homme va jusqu'à dévorer son semblable. Le poète nous dépeint le début et l'envahissement rapide de cette dépravation dans
1. Les derniers vers de ce livre montrent que les cinq forment un seu ouvrage :
... Quae pius explicuit per quinqite voluminu rates, Nosque tubam stipula sequimur, numerumque tenentes Ponimus hoc tenui cymbae nunc liltore portion,
426 SAINT AVITE [383.]
deux comparaisons longuement développées : l'une est empruntée à un champ laissé à l'étal sauvage et qui, avec le temps, se couvre de broussailles impénétrables ; l'autre, s
une source toute petite qui finit par devenir un fleuve rapide. Parmi les passages qui suivent, je citerai encore, comme remarquables, les passages qu'on va lire : dans Moïse, c'est Dieu luimême qui ordonne à Noé de construire l'arche ; ici c'est « le plus élevé des archanges » (v. 213), c'est-à-dire saint Gabriel, dans la pensée du poète (v. le v. 206), qui porte l'ordre de Dieu. Saint Avite avait déjà dit auparavant que les anges sont les médiateurs ou les messagers des prières, des vœux et même des bienfaits des justes, tout comme ils sont leurs protecteurs (v. 190 sq.). Noé implore donc le secours de l'archange Gabriel (v. 291). Et Fange ferme l'arche (v. 422 et sq.; cf. Genes. 7, v. 16), lorsque le déluge menace la terre. Le tableau que fait le poète de cette catastrophe ne manque point d'art et l'intérêt toujours croissant finit par attacher. Les divers genres de mort que les hommes trouvent dans les flots sont décrits aussi avec des couleurs pleines de vie (v. 477 sq.). Ce livre nous offre, en outre, des détails d'une nature typologique : l'arche qui défie le choc des vagues est une figure de l'Eglise (v. 493 sq.); et ce qu'il y a de plus étrange, c'est que les corbeaux qui s'attardent auprès des cadavres des noyés et qui oublient de rentrer, signifient les Juifs (Judaea), qui, aimant la chair, ne savent plus être fidèles à leur maître (569 sq.). L'arc-en-ciel est indiqué comme le symbole du Christ (v. 640 sq.). Disons enfin que l'histoire de Jonas se trouve racontée dans un long épisode de ce livre (v. 357 sq.).
Le dernier livre, le plus long (sept cent neuf vers), offre des détails curieux et dignes d'attention. Contentons-nous de faire remarquer que le poète ne se borne pas à faire la description du passage des Juifs à travers la mer Rouge ; en voulant motiver ce passage, il fait plutôt le récit détaillé des souffrances des Juifs, des efforts de Moïse pour les délivrer, des plaies que Dieu fait fondre sur l'Egypte, et enfin de l'institution de la Pâque, en sorte que c'est VExode (c. 5,14) qui forme le fond de ce dernier livre. Ici également se trouvent maints symboles :
[384.] Dl COKSOLATORM LAUDE CASTITATIS 127
esl ain^i que, sans parier de l'agneau pascal I . le rocher que frappe .M. use pour en faire jaillir àé l'eau, Bignifie le Chris! (v. 160 sq.). Outre cela, ce livre contient quelques descriptions agréables ou du moins pleines de mouvement.
Cette tendance à toul dépeindre, qui 8e manifeste d'une manière si tranchée dans cel ouvrage, n'esl qu'un signe de la décadence il«' la poésie épique ; déjà depuis longtemps se manifestait cette décomposition, dans ce siècle des Epigones(il mérite ce nom au point de vue il«1 la forme). Un autre trait de celte poésie, lequel cependant ne se manifeste quo do loin en loin, consiste dans un jeu de mots sans esprit (2) et accuse, à cette époque, une décadence encore pins profonde <ln goût.
Le deuxième ouvrage poétique de saint Avitc esl bien inférieur au premier. II a pour titre : De consolatoria laude castitatis ail Fuscinam sororem, et comprend six cent soixante hexamètres. Ainsi que l'indique le titre, l'auteur y console sa su-iir qui, vouée déjà dès sa naissance à la vie religieuse, était entrée au couvent n'étant encore qu'une enfant; c'est un panég] rique de la virginité qu'il lui adresse, et, dans ce panégyrique, il lui peint les misères, les souffrances, les dangers de la vie conjugale sous des couleurs qui blessent aussi bien la morale que l'esthétique (v. 1G3 sq.). Ce tableau, vu l'état de la personne qui le dessine el celui du destinataire, nous fait voir d'une manière palpable jusqu'où étaient tombées, même dans les cercles les plus élevés de la population romane, les bonnes manières et la finesse du goût; L'auteur ne considère le mariage qu'au point de vue du concubinat. D'après le contenu de ce panégyrique, on peut démêler assez facilement à quoi fait allusion l'expression consolatoria : la bonne sœur avait à soutenir des combats intérieurs. L'auteur l'avoue direc-