De viv. illustr., c
4. Ainsi que Guizotl'a montré le premier dans l'ouvrage déjà cité.
[378 9.] DE SPIRITAU9 BISTORIAI 0K8TIS /t'2\
Le titre du premier livre (trois cenl vingt-cinq vers esl mal choisi; il devrait être: <■ !)<• la création de l'homme. • I>«' poète débute en disant que la culpabilité <lc l'homme, malgré sa responsabilité personnelle, doil retomber sur Adam, notre premier père; là-dessus il raconte brièvement, dans trente vers, la création du inonde, sana Buivre servilement l'ordre de la Bible. Ce n'est là qu'une introduction. Il fait ensuite nu tableau très détaillé de la création de L'homme: à quoi sert le monde, s'écrie Dieu, s'il n'y a personne pour le cultiver? o Al in qu'une longue oisiveté ne viei pas rendre triste la terre nouvelle, " il vent façonner l'homme. Le poète nous dépeint, en effet, dans tous ses détails l'action de Dieu, qui, Bemblable à un statuaire, forme l'homme avec de l'argile pour le changer ensuite en chair et en sang. Ce n'est que dans la nuit du sixième au septième jour que suivit la création d'Eve. Le poète la donne comme le type de l'Église : l'une prit naissance dans l'eau qui jaillit du côté ouvert du Christ, l'autre sort du côté d'Adam dont le sommeil signifie le sommeil de la mort du Christ (v. 160 sq.) (1). Les anges chantent le chant de noces du premier couple, dont le paradis est le lit nuptial et qui a le monde entier pour dot, tandis que les étoiles éclairent la fête de leurs feux étincelants. Le poète passe ensuite à la description du paradis à laquelle il ajoute deux épisodes, en sorte qu'elle occupe presque tout le reste de l'ouvrage (v. 193-299). L'un de ces épisodes consiste en une description poétique et détaillée des inondations fertilisantes de l'Egypte : c'est le Nil qui les produit, et le Nil est un des quatre fleuves du paradis (v. 2Gi sq.); l'autre a pour sujet le Phénix, qui meurt pour se rajeunir (v. 239 sq.). Le premier commandement que Dieu donne à l'homme met fin à ce livre.
La violation de ce commandement et la chute des premiers parents, tel est le récit qui fait le sujet du deuxième livre (quatre cent vingt-trois vers).
Dès le début, saint Avile fait le tableau de la vie fortunée
t. Bien plus, Dieu, dans la bénédiction qu'il donne au premier couple, insacre et suiv.
consacre d'une manière figuive l'union de l'Église avec le Christ. V. 170
422 saint AviTE [379-80.]
de nos parents dans L'Éden, vie do bonheur que Satan vient détruire. Le poète esquisse aussitôt le portrait de Satan (v. .'IK sq.). C'est l'orgueil qui l'a précipité dans l'abîme : il s'imaginait s'être créé lui-même, et lui, le premier en dignité parmi les créatures, reçut le premier châtiment. Mais il ne perdit pas entièrement sa nature céleste : il conserva la qualité de connaître les choses cachées, ainsi que l'avenir. Il est en son pouvoir de prendre les formes les plus diverses, celle d'un oiseau (aies), comme celle d'une belle fille lubrique (1); il peut aussi prendre celle de l'or qui brille, et qui disparaît dès que la main de l'avare le touche. Témoin du bonheur d'Adam et d'Eve, la jalousie s'empare de son âme; la douleur d'avoir perdu le ciel le tourmente. Dans un discours magistralement développé, il exhale ces divers sentiments (v. 89 sq.). Ce qui le console du moins, c'est d'avoir encore le suprême pouvoir de nuiro.
Il a juré la ruine de nos premiers parents et il veut leur montrer le chemin qui l'a conduit lui-même à la perdition, celui de l'orgueil [Jactantia). Si Dieu leur ferme le ciel, s'ils deviennent ses compagnons de malheur, ne sera-ce pas là une consolation pour lui ? Allons ! vite à l'ouvrage, tandis que leur première simplicité dure encore et qu'ils n'ont pas encore donné le jour à une race immortelle. C'est sous la « terrible beauté » d'un jeune serpent, peint avec des couleurs vivantes et poétiques, que Satan se met à leur recherche ; « peutêtre sont-ils à présent occupés à cueillir des pommes. » La flatterie à la bouche, il s'approche d'Eve et n'a pas de peine à vaincre ses objections : « A quoi sert-il de jouir de la vue du monde, s'écrie-t-il, si l'esprit aveugle est enfermé dans un misérable cachot » (v. 189 sq.) ? La « connaissance, » voilà ce qui distingue l'homme de l'animal ; ce n'est que par là qu'il devient l'égal de Dieu. Le poète dépeint bien ensuite comment Eve joue d'abord avec la pomme, la flaire et la porte à
1. V, G2 sq. — Des tableaux du moyen âge nous le représentent aussi moitié femme, moitié oiseau (c'est-à-dire dragon ailé) et cela précisément dans la scène de la tentation d'Eve. V., par exemple, Heider, Beitraege zur christlichen Typologie aus Bilderhandschriften des Mittelalters, Vienne, 1861, tableau VII.
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la bouche, avant de la goûter. C'est là jouer avec le péché el ce jeu précède bien souvent la chute. Par contre, le poète justifie mal la promptitude d'Adam à saisir le bruit. Il y a ensuite deux longs épisodes, donl le deuxième assurémenl n'es! là que pour faire nombre. Le poète y raconte (v. 326-407) le sort de lit femme de Loth, qui, elle aussi, fui Béduite parle désir de savoir, niais qui ne put vaincre la résistance de soi) mari. Saint A.vite pouvait ici amplement satisfaire son talent et s<m faible pour la description ; le suhii engourdissement par le froid de la femme est mil animent dépeint de main de maître (1). L'autre de ces deux épisodes, le premier (v. 277- .'52."») renferme contre L'astrologie et la magie (2) une diatribe peu poétique. Le livre se termine enfin par un discours ironique à grand effet, dans lequel Satan victorieux annonce au couple infortuné que dorénavant il a, lui Satan, autant de droits sur eux que Dieu lui-même : Dieu les a créés, Satan les a instruits, et leur maître mérite encore plus leur reconnaissance que leur créateur.
Le troisième livre enfin (quatre cent vingt-cinq vers), « la sentence de Dieu, » nous fait le récit de l'expulsion du Paradis. La pudeur, qui détourne les regards de « la chair marquée du stigmate du péché, » excite nos premiers parents à couvrir leur nudité. Pleins d'angoisse de ne pouvoir se cacher au regard de Dieu, ils eussent préféré chercher la mort elle-même : c'est là exactement l'état du pécheur au jugement dernier dont le poète enclave dans le récit une courte description sous forme d'épisode (v. ï'2 sq.). Leur angoisse BSl ainsi prédite. Adam doit se justifier à Dieu : il n'implore pas son pardon avec des
1 . Vix primo in visu restrictis motibus haesit, Cernere desistens cum coeperat : inde gelato Sanguine marmoreus perfudit viscera torpor, Deriguere genae, pallor novus inficit ora. Lumina non clausit, non saltem concidit illo Pondère quo puisant demissa cadavera terram;
Sed stetit liorrendo perlucens massa nitore. Y. 387 sq.
2. 11 est digne de remarque de voir cette polémique revenir si fréquemment dans la littérature de cette époque. Y. plus haut, p. :!'.>! el 395el cf. ce qui suit.
&24 saint aviti: [381-2.]
larmes dans les yeux et en promettant de mieux faire à l'avenir; mais, plein de fierté, il se plaint que Dieu lui ait donné
la femme pour c pagne : c'est elle qui est la source du mal;
c'est d'elle que vient le crime (1). Que n'est-il resté hors des liens de l'hymen ? (v. 98 sq.) Après la sentence de Dieu — sentence qui forme le centre du livre et qui est rendue dans des discours détaillés, — Adam et Eve sont chassés du Paradis; la terre où ils sont maintenant est bien laide, malgré toute sa heaulé, en comparaison de l'Eden; ils sont si à l'étroit; le jour est si sombre, et le ciel enfin avec ses étoiles est si éloigné ! Pour la première fois, ils ressentent la douleur et laissent couler des larmes qu'ils n'avaient pas connues jusque-là. Ainsi, après la mort, l'esprit déplore-t-il le péché. Et ici le poète encadre, dans un long- épisode (v. 220-310), la parabole, si souvent traitée, ainsi que nous l'avons vu, du mauvais riche et de Lazare. Vient ensuite la description des calamités qui fondent sur la terre après le péché, et celles qu'ont à endurer les descendants d'Adam. Il veut, dans ce dernier tableau, nous retracer à coup sur les épreuves de son siècle; les villes les plus célèbres, dit-il, sont changées en désert, les maîtres prennent la place des serviteurs, les serviieurs celles des maîtres, et la terre, déchirée par les guerres» se dépeuple chaque jour. Le Christ, ce potier (2), peut seul restaurer ce qui a été brisé. Le poète le supplie, en terminant, de vouloir bien rendre à ses serviteurs ce qu'Adam a perdu : « Puissent ceux que la jalousie de l'ennemi chassa du Paradis être rétablis dans leur ancienne demeure par ta grâce plus puissante encore que la colère de Satan (3) ! »
Les vers qui terminent ce livre confirment bien l'unité qui règne entre les trois premiers qui composent un poème, lequel a pour sujet la perte du Paradis ; nous sommes ici bien éloignés d'une sèche versification ou d'une paraphrase de la