De vir M., c
3. Une comparaison de cet écrit avec le livre correspondant de Tertullien est fort instructive ; elle montre 1res bien la différence des deux auteurs. Dans S. Cyprien l'on voit d'un cùlé la disette de pensées personnelles ; de l'autre, pourtant, une composition plus simple et plus lucide, car il modifia celle de Tertullien ; on y remarque aussi une narration plus claire et plus unie.
56,57.] mi lüi
même caractère : il diffère toutefois en <p qu'il n'y a que la dernière partie qui soit prise de YApologeticum ; toul le reste est extrait presque mol à mol il»' VOctavius de Minucius
Félix. La grande différence entre sain I Cyprienet s aître,
c'est qu'il n'était ni un espril original, ni un génie; il lui manquai! La passion; sa nature n'était pas portée vers la spécula- Lionel avait plutôt une grande puissance d'autorité ; aussi devint-il une «1rs colonnes il«1 L'orthodoxie; enfin il possédait une modération rare pour une époque si lié\ reuse et m agitée. Il v avait aussi dans son esprit et son talent une remarquable clarté. Il montre, dans la vie pratique comme dans ses écrits, une grande habileté à mettre partoul à profit son éducation et ses dispositions heureuses; ce qui ne L'empêche pas de se révélera nous comme un homme doué à la fois d'un cœur tendre, d'une imagination mobile, et aussi d'un caractère ferme. Ces qualités très précieuses se manifestent dans ceux de ses écrits où il a plus d'indépendance et qui sunt bien du domaine de notre étude; elles éclatent partout dans son st\le qui n'est nullement formé sur celui de Tertullien, el qui accuse, au contraire, sa propre originalité. Ce n'est pas chez Lui qu'on trouve <|u<di|iii' chose de cette obscurité pénible ou de cette concision énergique de son maître; point de combat avec la Langue; point de hâte dans la composition ; au contraire, un discours clair, courant h ample qui charme sans avoir la précipitation de celui de Tertullien, mais aussi sans nous accabler de lous ses jeux de mots. Il le pare volontiers ; il ranime par la chaleur du sentiment; il aime à développer une comparaison avec détails (1) : là s'accuse aussi niic particularité de L'imagination chrétienne, dans des allégories qui plus tard servirent en partie de modèle. Ses écrits se distinguent encore de ceux de son prédécesseur par une meilleure ordonnance du sujet el une disposition plus claire (2). Il emprunte 1res souvent ses pensées à Tertullien; il les emprunte souvent aussi -i LaBible
i. Les ailleurs chrétiens du siècle suivant tenaient en haute estime l'éloquence de S. Cyprien, ainsi quo nous l'apprennent les jugements aussi élogieux que justes «l'un S. Jérôme, Epist. 58, ad Paulin. ,et d'un Prudence, 1. I, v. Il et s. ; cf. aussi Lactance, D . Tnst., V, c. I.
■j. Y. plus haut, page 68, remarque '■''■
70 S. CTPRIEN [87, 58.]
cl émaille de textes ses travaux: mais, moins il est créateur dans la pensée, pins la composition, qui souvent chez nous csl La chose principale, devait lui être facile.
Parmi les écrits de saintCyprien qui nous intéressent le plus, il faut citer le premier en daté : Ad Donatum, intitulé aussi De gratta De«, et composé probablement peu après sa conversion au christianisme, dans l'intention de la justifier et de gagner d'autres Ames à la religion chrétienne. C'est un monologue adressé à son ami, nouveau converti, avec lequel il est assis sous la tonnelle d'un jardin. L'auteur décrit et exalte la nouvelle naissance que le baptême a accomplie en lui, le renouvellement entier du cœur qu'il avait auparavant regardé comme impossible, et il explique comment, après avoir brisé les liens de l'erreur, il a quitté le chemin du vice pour s'engager dans celui de la vertu. Pour faire ressortir davantage le prix de la grâce divine, il exhorte son ami (c. G) à jeter un coup d'œilavec lui sur le monde païen, enseveli dans les ténèbres, absolument comme s'ils étaient au sommet d'une montagne et qu'ils contemplassent ce môme monde étendu à leurs pieds. Quel tableau se déroule! Sur toutes les routes de la terre ferme et de la mer, des voleurs; ou bien, partout la guerre. Et dans les villes! — Une agitation plus triste encore que toute solitude. Les jeux des gladiateurs font couler le sang qui récrée la volupté de regards pleins de cruauté. Voilà donc pourquoi l'on engraisse des hommes! L'homme est tué pour le plaisir de l'homme, et, dans ce but, on emploie même un art particulier, de sorte qu'on enseigne le crime comme on enseignerait une science. Quoi de plus inhumain? Voici ensuite les combats d'animaux; puis les théâtres, avec leurs tragédies pleines des horreurs du parricide et de l'inceste, avec leurs mimes immoraux, qui enseignent l'adultère. Tel est le tableau de la vie publique. Mais si le regard pouvait pénétrer dans l'intérieur des maisons, quelle impudicité! Ce qu'ils blâment publiquement, ils le commettent là en cachette. — Il promène son regard surle Forum; il examine la rage des procès, la torture, la corruption des juges. Enfin pour ne pas être partial, il considère encore ce que l'ignorance du monde fait tenir pour des biens (c. \ 1). Il faut les fuir aussi, les vains
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litres aci|uis au prix de quelles bassesses, ai hetés au pris il»' quelles pertes; la richesse, avec l'avarice el les soucis à sa suite; la puissance, qui fait que ceus mêmes <jui la possèdenl craignent jusqu'à ceux qu'ils protègent! — Celui-là seul, qui se détourne du monde pour aller à Dieu, acquiert la tranquillité intérieure, une sûreté certaine el durable : il peul se vanter »le posséder dans sa conscience toul ce qui, dans les choses humaines, semble aux autres grand el élevé (c. N . En terminant, saint Gyprien exhorte son ami, qui déjà a été enrôlé dans le camp spirituel de la milice céleste, d'observer une discipline sévère.
Écril avec âme, mais cependant dans un style maniéré qui rappelle encore l'ancien rhéteur (1), ce petit ouvrage montre bien le contraste entre la vie fraîche et intérieure du christianisme plein de jeunesse, el la vie tout à fait extérieure h corrompue du paganisme qui tombe en décrépitude.
Le livre De mortalitate offre un intérêt plus général et a un caractère plus indépendant. Saint Cyprien l'adressa à ses ouailles, à l'époque de la grande peste, pour les fortifier et les consoler. Les soldats de Dieu, dit-il au début, ne doivent pas trembler devant les orages du monde qui ne peuvent occasionner que ce que Dieu a prédit. La lin du monde approche. El ces souffrances, si elles ont lieu, sont un gage de l'accomplissement des promesses. Celui-là seul est inquiet el triste qui n'a ni foi ni espérance. Et qu'offre-t-elle donc la vie d'icibas? Elle est un combat continuel contre le démon.
L'esprit de l'homme, assiégé par lui, doit combattre tantôt un vice et tantôt un autre. La cupidité vaincue, la volupté se lève; après sa défaite, vient le tour de l'ambition, etc. (2). Une mort rapide, qui nous conduit au Christ, n'en est que meilleure. Mais trop souvent nous manquons de foi aux promesses divines. C'est là précisément un temps d'épreuve. Et
1. C'est le juçement de S. Augustin lui-même, Dr doctrina christ., IV, c. 14.
2. « Obsessa mens hominis et undique diaboli infestatione vallatavix occurrit singulis (se. vitiis), vix resistit : si avaritia prostrata est, Bxsurgit libido, a etc., c. 4. Cette image se retrouve souvent dans la poésie du moyen âge avec de plus amples développements. On la rencontre même dramatisée.
72 S. CTPRIEH [09,60.]
c'est justement on cela que, nous chrétiens, nous nous distinguons des païens : tandis que ces derniers se plaignent el murmurent dans le malheur, nous restons, nous, attachés à la vertu et à la foi; bien plus, la douleur est pour nous une épreuve (c. 13). — Il fait alors une vive peinture des terribles accès de lapeste, qui sévissait alors (c. 14), puis il s'écrie. -Quelle grandeur d'âme que d'alironter avec courage toutes les attaques de la destruction et de la mort ! Quelle sublimité que de se tenir debout sous les ruines de l'humanité, au lieu de rester étendu sur le sol avec ceux qui n'espèrent point en Dieu! Il n'y a que les païens qui doivent craindre la mort : les chrétiens vont au-devant de la récompense éternelle. Dans ce monde, nous ne sommes que des hôtes et des étrangers. — Il termine in jetant un regard sur la réception bienheureuse qui les attend dans la patrie, dans le paradis.
Voilà des indications suffisantes pour caractériser cet écrit où le cœur chrétien trouve une expression pleine de vie et de chaleur : nous avons là un beau spécimen de l'éloquence particulière à saint Cyprien.
~Nous consacrons encore quelques lignes à apprécier en détail un autre de ses écrits. Composé en même temps que le précédent, il traite en partie des mêmes matières ; mais, comme le premier, il a un caractère apologétique : c'est la lettre : Ad Demetrianum. Demetrianus parait ici comme le représentant des païens : Or, saint Cyprien rejette sur les païens eux-mêmes un reproche qui consistait à faire retomber sur le christianisme toutes les calamités de cette époque si éprouvée : le reproche n'était certes pas nouveau; mais ils le rééditaient à l'occasion de la peste. Saint Cyprien les accuse donc de provoquer la colère de Dieu, etc. ; il réfute leurs arguments en montrant que le monde, entré dans un âge de décrépitude, touche à sa fin. Depuis longtemps déjà, l'on a prédit un tel état pour les derniers jours : le point de vue est donc le même que dans l'écrit précédent. Le vieux monde en eilet s'acheminait vers sa fin. « Parmi les garçons nous voyons des têtes grises; les cheveux tombent avant d'atteindre leur pleine croissance ; la vieillesse n'est plus le terme et le couronnement des années, mais on est vieillard avant l'âge.
60', 61 . | I Ml nu \M M. II. . 7i
— C'esl ainsi que ce qui nail maintenant dégénère par I du monde Lui-même » (4). C'est en ces termes que S. Cyprien dépeint oetle décadence physique des anciens peuples, à cette époque, décadence dont le fait nous bbI attesté d'ailleurs, et qui forme une circonstance décisive dans le développement historique «tu monde: — Dion est courroucé nun seulemenl parce que les païens Lui refusent Leurs adorations, mais parce qu'ils se livrenl à la dépravation. « Vous vous plaignez, B'écrie saint Cyprien (c. 10), des ennemis extérieurs, qui oppriment l'empire, comme si la paix régnait smis vos toges. Vous vous plaignez de la stérilité et de la famine, comme si ces maux n'étaient pas un fruil de la cupidité plutôt que Le résultat de La Bécheresse. Nous vous plaignez que ta terre produit moins qu'autrefois, comme si ce qu'elle porte était donné aus indigents. Kl la pesie, que vous accusez, ne fait qu'augmenter votre culpabilité, parce ijue, convoitant la proie des morts, vous abandonnez les malades afin de leur rendre Le salut impossible. Voilà pourquoi vous méritez celte punition du ciel. Déplus, vous persécutez Les serviteurs de Dieu ; mais sa vengeance les protège. Cependant, si celle calamité nous atteint comme vous, elle n'est point pour nous une punition : nous n'en soutirons pas comme vous en effet ; mais la toi et l'espérance maintiennent notre courage » (c. 18 et s.). En terminant, L'auteur fait une peinture des peines éternelles de l'enfer, et il exhorte les païens à se tourner vers Dieu, pendant qu'il en esl temps encore, et à sauver leurs Ames (c. -2'-) et s.). — Ol écrit nous montre plus exactement qu'aucun autre jusqu'où pouvait s'élever l'éloquence de saint Cyprien.
Parmi ses autres travaux il y en a deux qui contribuèrent puissamment à mettre en relief le caractère particulier du catholicisme et qui, à cause de leur importance dogmatique, méritent au moins d'être mentionnés ici. Dans l'un, sur L'unité de l'Église, De unitate ecclesise, nous trouvons développé Le
1. « Nec aHas in senoctutPm dosinit, sed incipit a senectllte. Sic in ort n adlmc suo ad Bnem oativjtas properat, sic quodeumque nunc nascilnr mundi i j > s i u s senectute dégénérât, ut nemo mirari debeat singula in mundo deßcere cn-pisse, cum ipse jam inundus totus in defectione sit et in fine. » C. i.