CHAPITRE VI PAULIN DE PÉRIGUEUX
Cette versification du texte biblique, qui débute avec Juvencus et qui finit par arriver à une poésie aussi indépendante que l'est celle de S. Avite, a un pendant dans la versification de vies de saints, écrites d'abord en prose. Nous en voyons apparaître une à cette époque (3), sous une forme des plus larges, dans la
1. Par ex., la parabole du talent que le maître a confié à son serviteur ; celle de dix vierges ; le récit de Suzanne; la légende d'Eugénie (v. 503 sq.).
2. Comme par ex., par rapporta l'éducation des religieuses : « Fuscina a lu la Bible en entier, ainsi que les poètes latins chrétiens. » VI, 329 sq., v. 409.
3.Bened. Paullcni Petrocorii de vita b. Martini libri VI cumnotis Jureti Ejusdem ad nepotulum, etc., etc." Cura et studio Chr. Daumii. Leipzig, 1681. — Œuvres de Paulin de Périgueux, etc., revues sur plusieurs manuscrits et traduites pour la première fois en français par Corpet. Paris, 1852.
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Vie de saint Marlin, Vita Martini, par Paulin de Périgueui i . Achevée vers îTn 2 . cette poésie est on vers hexamètres el comprend six livres : les trois premiers Boni nu remaniement
de la Vie de saint .Mai lin, \'it<r Martini, de Sulpice Sévère : le livre I (trois ccnl quatre-vingt-cinq hexanr êtres) va jusqu'au chapitre VIII de l'ouvrage de Sulpice, c'est-à-dire jusqu'à l'épiscopat di' saini .Martin; le livre 11 (sept <*i'nt dix-sept hexamètres) mène le récit jusqu'au chapitre XIX, c'est-à-dire jusqu'à la guérison de saint Paulin de Noie et à celle de saint Martin lui-même qui avait fait une chiite dans l'escalier; le livre lll enfin (quatre cent cinquante-six hexamètres) nous conduit jusqu'à la lin île l'œuvre de Sévère. Paulin, comme Sulpice, termine par l'éloge de saint Martin. Les lettres- que Sulpice Sévère a ajoutées à sa Vie de saint Martin, celle surtout qui fait le récit «le la fin du saint évoque, n'ont point été mises à profil par le poète. Le quatrième et le cinquième livre se basent également sur les dialogues de Sévère : le livre IV (six cent soixante-douze hexamètres) reproduit la première partie du premier dialogue, tandis que le deuxième dialogue fait le fond du livre V (huit cent soixante et onze hexamètres) (3). Pour le livre VI (cinq cent deux hexamètres), Paulin a pris un autre auteur pour guide. Perpetuus, alors évêqne de Tours, avait fait le récit des miracles du Saint après sa mort, de ceux surtout dont il avait été lui-même témoin sur son tombeau: c'est là que Paulin a puisé sa matière. Sun poème n'est pas le produit d'un seul jet : le poète s'était d'abord restreint à la Vie de Sulpice Sévère ; apparemment, il ne connaissait pas encore les dialogues. Lorsque ces derniers lui furent communiqués, il écrivit le quatrième et le cinquième
1. Nous ne «avons de ce poète que lea détails qui' nous donnons dans l'analyse de ses œuvres, faisons remarquer encore que, dans le poème sur la guérison de son petit-fils, qui paraît avoir été composé vers l'an 70 de ce île, il se dit déjà vieux, senex, ce qui permettrait de rapporter sa naissance au commencement du siècle. Quant à son prénom de - Pelrocoriua », il se hase sur la donnée de quelques manuscrits qui donnent, il est vrai, » Petricordius » ou bien encore » Petricordiae. »
-. V. plus loin p. t32, remarque I.
3. D'après la division que nous avons adoptée, v. plus haut, p. 256.
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livres (1) : le sixième vint plus lard y occuper sa place. Il est possible que les premiers livres eux-mêmes eussent engagé Perpétuus à prendre la plume. Quoi qu'il en soit, l'ouvrage en entier était une sorte de Captatio benevolentiae ; le poète voulait disposer le Saint en sa faveur et obtenir de lui laguérison de ses yeux (I, v. 3(Ki sq.) ; n'était-ce pas, en eilet, par ce genre de cures miraculeuses que saint Martin s'était rendu célèbre (2)?
Ce but pratique à obtenir, telle est l'excuse que le poète met en avant pour motiver son entreprise; il n'a pas une grande confiance en ses capacités littéraires, il le dit à plusieurs reprises ; bien plus, il avoue (IV, v. 7 et s.) que l'expression de Sévère, « amollie par le mètre, » perd beaucoup de sa vigueur (3) ; ce qui le console, c'est qu'il n'est pas donné à ebacun de se désaltérer à la source elle-même, mais qu'on doit se contenter de l'eau des ruisseaux, quoique dépourvue de fraîcheur. Ce passage caractérise l'œuvre de Paulin. En général, abstraction faite de quelques omissions et principalement de quelques remarques personnelles, il suit pas à pas, dans son récit, l'ouvrage de Sévère, et parfois même il emploie les termes et les constructions de son modèle. D'autre part, il élargit le sujet en le paraphrasant., même au delà des exigences de la versification ; nous le voyons, en effet, se mouvoir à l'aise et se complaire dans les circonlocutions les plus étendues (4), tomber par là en faveur de son héros dans de singu-
1. C'est ce qui ressort du début du livre quatrième; tout comme la remarque que nous faisons au sujet du livre sixième ressort du début du livre lui-même.