L'auteur en arrive à parler aussi des Bagaudes, c
2. Il ne veut parler que du théâtre et du cirque et non de toutes les séductions, illecebrae. Ce passage est intéressant pour l'histoire du théâtre : « Equidem quia'longum est dicere de omnibus, amphitheatris scilicet,odeis, lusoriis, pompis, athletis, petaminariis, pantomimis, ceterisque portentis, » etc. C. 3.
I ', i I . I DE '.i i'i.i;\ \ HOSE DI .1 193
nous resle plus, rien que les crimes, lesquels détruisent I»- hicnètre.
si a cette conclusion que vienl se rattacher le livre septième.On ne pourrai) objecter, ilii L'auteur, contre la conduite des événements humains par la Providence qu'autrefois les Romains, tout païens qu'ils fussent, étaient néanmoins victorieux et maîtres du monde, tandis que, maintenant qu'ils sont chrétiens, ils sonl vaincus el asservis. Cette objection, il la réfutera plus lard dans une section postérieure de son ouvrage : l'élévation de ceux-là était tout aussi juste que l'abaissement ilf ceux-ci l . Si seulement la punition servait à quelque chose! si le châtiment guérissait! Le monde romain tout entier est malheureux et corrompu en même temps. Pendant les heures d'angoisses, en face de la captivité <jui nous menace, nous nous livrons au jeu et à la plaisanterie, et nous rions dans la crainte de la mort. Salvien reprend sa comparaison et l'applique maintenant à la concupiscence de la chair en général (c. 2), pour montrer combien les Romans sont gâtés sous ce rapport et combien, au contraire, les Goths et les Vandales sont vertueux (I); c'est par là que ces derniers ont mérité La victoire (c. 7). Parmi les provinces romaines, l'auteur examine principalement l'Aquitaine, l'Espagne et l'Afrique; il fait un tableau effrayant des turpitudes qui s'y commettent, surtout en Afrique. Mais ces Barbares ariens témoignent aussi d'une plus grande confiance en Dieu; c'est de Dieu qu'ils espèrent la victoire, et nous, nous l'attendons de no- Ire bras, ou bien même d'une main sacrilège (c. 10): Salvien fait allusion ici au sort du général Litorius, qui avait ajouté foi aux anciens Aruspices et que les Goths firent prisonnier. Le huitième livre ne contient que cinq chapitres; à n'en pas douter, il est resté inachevé : l'auteur y continue la critique de l'immoralité des Africains, auxquels il reproche même de blasphémer. Les hautes classes sacrifient encore à la déesse céleste [Deacaelestts): elle peuple de. Garthage lance ses sarcasmes contre les moines.
1. V. par rapport aux Goths en particulier, c. (>; par rapport aux Vandales, ç 21 ; ces peuples sont obligés de sévir eux-mêmes contre l'immoralité des Romans.
194 SALVIKN [442.]
Tel estlc contenugénéral,tclleestlamarche de ce livre si important au point de vue de l'histoire de la civilisation. En voulant faire l'apologie de la Providence divine, l'auteur s'élève à une hauteur et à une liberté de vues si rares à cette époque; , qu'il arrive à se délivrer de la prévention de son romanisme etdu catholicisme, pour pouvoir faire pressentir lasigniiication historique de germanisme. A côté de l'antipathie profonde et secrète ou de la haine déclarée que d'autres écrivains chrétiens et romains de cette époque ont pour les Barbares et les Ariens, leurs alliés, nous voyons la tolérance de Salvien se montrer sous un jour des plus favorables. Sa narration, déjà si distinguée parla correction et la clarté de l'expression, c'est-à-dire par des qualités très rares à cette époque, a une allure facile, qui nous rappelle le style de Lactance ; aussi nous saisit-elle et nous captive-t-elle, en maints endroits, par l'enthousiasme que ce défenseur de Dieu apporte à défendre la cause de la Providence; son discours est animé de mouvements si pleins de vie, qu'il ne pouvait être écrit de la sorte que par la plume d'un témoin oculaire des faits qu'il expose. Salvien connaissait parfaitement le monde et les hommes. Il avait beaucoup voyagé; il avait parcouru toute la Gaule ; sa patrie était dans l'extrême nord et nous le voyons séjourner plus tard tout à fait au sud; des passages de son livre nous montrent également qu'il vécut en Afrique. Mais à côté des qualités que j'ai mentionnées, l'auteur ne manque pas de défauts. Le principal consiste dans sa prolixité, qui se manifeste fréquemment par des répétitions vraiment fatigantes ou qui conduit même à des écarts, lesquels affaiblissent considérablement la marche du récit; il n'est pas toujours facile d'y retrouver le fil conducteur. Lactance, que Salvien avait pris pour modèle, était loin d'avoir le défaut de prolixité à un degré aussi prononcé. L'auteur en avait lui-même conscience et il cherche à l'excuser (par exemple, au livre VIII, c. 1). Le sujet, il est vrai, se prêtait à un développement sans fin. Je ne serais pas loin de croire, au surplus (1), que cet ouvrage n'est pas né d'un seul
1. Je m'explique de la sorte que Gennade (c. 67) ne connaisse que cinq livres ; il est facile de comprendre que les cinq premiers lussent d'abofd seuls en circulation.
I il'!. | DI (.1 liKUNUioNi; DB 19«J
jet, qu'il fui publié successivement et qu'il ne fut même jamais
achevé (1).
Nous possédons encore de lui un autre ouvrage antérieur par la date à celui que nous venons d'analyser (2), mais publié sous le pseudonyme <le Timotheus. Ce sunt les quatre livres Ad ecclesiam que d'autres ont intitulé (3), Adversus avant iam. A en juger par le début, c'est un ouvrage bous forme de lettre adressée à l'Église catholique du monde entier. La pire de toutes les calamités, celle dont le diable se sert pour attaquer l'Eglise, c'est-à-dire ici la communauté chrétienne, c'est l'avarice. Non seulement, pendant leur vie, la plupart des hommes disposent, sans fruits de miséricorde pour l'humanité, des biens que Dieu leur a donnés afin de les exciter aux bonnes œuvres, mais on voit même leur avarice s'étendre au delà du tombeau : c'est à peu près ainsi que débute Salvien.
II dirige principalement sa longue diatribe contre ceux qui ne donnent pas, en mourant, leur bien à l'Eglise; cela devait être très rare à cette époque, s'il faut en juger par l'ouvrage dont nous parlons. Pour bien comprendre et apprécier ce livre, il importe de ne pas perdre de vue que l'assistance des pauvres était alors tout entière entre les mains de l'Eglise; el l'ouvrage du même auteur, que nous avons déjà étudié avant celui-ci, nous a fait voir à satiété qu'à cette époque surtout il y avait énormément à faire sous ce rapport. Ce n'est pas seulement contre les laïques que notre auteur fait entendre sa voix menaçante ; il s'élève avec non moins de véhémence contre le clergé chez qui s'accuse souvent, à tous les degrés delà hiérarchie, la même avarice; des évoques eux-mêmes,
li Je veux faire remarquer que Salvien prend parfois plaisir aux artifices des jeux de mots ; en voici un exemple : « Video urbem omnium iniquilatum génère ferventem, plénum quidem lurbis, sed magis turpitidmibus, plénum divitiis, sed magis vitiis, >> 1. VII, c. 16; mais de tels exemples sont rares.
2, Il en est t'ait mention dans l'ouvrage De-gubernatione, L IV, c. I.
3. Tel est le titre qu'on trouve déjà dans Gennade, l. c , lundis que Salvien lui-même ne parle que de libelli ad Ecclesiam, là même où il explique le titre, Ep. IX. Les meilleurs manuscrits eux-mêmes ne donnent que ce titre (V. Halm, Pracf., p. VI). Il cacha son nom. par modestie, ainsi qu'il le dit lui-même.
'.!)(; salvien [443-4.]
des moines et des religieuses laissaient leur héritage à des parents éloignés et habitant un pays étranger, plutôt que de le laissera l'Eglise. Il va sans dire que Salvien exhorte les chrétiens à faire l'aumône pendant leurvie : ceux qui ont alors négligé de la faire devraient au moins y songer en mourant. Les exigences de l'auteur paraissent reposer sur une tout autre base, selon qu'on les examine au point de vue du siècle de Salvien ou au point de vue du nôtre; l'exagération qui va jusqu'à exiger que chacun rende toute sa fortune à Dieu en la donnant à l'Église s'explique par l'ascétisme auquel l'auteur s'était consacré, et aussi par celte idée qu'il faut beaucoup demander pour obtenir au moins quelque chose; mais, par contre, la manière dont Salvien cherche à établir ses prétentions est, au point de vue moral, aussi peu acceptable que pernicieuse. Prenant un passage de l'Ancien Testament (1) pour point de départ, Salvien dit qu'on peut racheter ses fautes par des largesses et des œuvres de miséricorde, pourvu qu'on les fasse, bien entendu, avec componction et avec larmes; sans cela, 'c'est peine perdue (2). C'était ouvrir à deux battants et pour toujours la porte par où les héritages entreraient dans l'Eglise; par là aussi, la sanctificatiou des œuvres recevait une nouvelle impulsion. Salvien cherche à prouver que, dans chaque cas, il faut offrir sa fortune tout entière, et que les saints eux-mêmes n'en sont pas plus dispensés que les autres; il défend son argumentation contre les objections les plus diverses; mais nous n'entrerons pas dans l'analyse des détails; cette étude aurait d'autant moins d'intérêt pour nous que c'est à peine s'il tient compte des circonstances particulières de son époque. Sous ce rapport, cet ouvrage de Salvien est bien loin d'avoir l'importance du précédent. Le style toutefois en est tout aussi bon, mais non moins prolixe.