‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 262 sur 353 · CHAPITRE XVIII S. VINCENT DE LERINS · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII S. VINCENT DE LERINS

Cette distinction de la forme, que nous avons admirée dans Salvien, était un reste de l'antiquité classique et avait, encore au commencement de cette période, une patrie dans la Gaule, et surtout dans la Gaule méridionale, ainsi que nous le montre un autre auteur, par un écrit de la plus haute importance. C'est un traité de théologie populaire, lequel fut écrit sans doute grâce à des circonstances spéciales à cette époque ; il a néanmoins une si haute portée qu'on le consulte encore de nos jours. Nous avons nommé le Commonitorium du prêtre Vincent de Lérixs (1). L'auteur était un moine du couvent de Lérins (Lerinum) dont il prit le nom et où il écrivit son ouvrage, en 434. Il le publia sous le pseudonyme de Peregrinus. Ce mémoire, dit l'auteur dès le début, a été composé d'abord pour son usage personnel et pour venir en aide à la faiblesse de sa mémoire : afin de se mettre en garde contre les artifices de nouveaux hérétiques, il voulait composer un recueil des sentences des « Saints Pères (2) »; il s'y sentait d'autant plus incliné que la tranquillité de la vie du cloître, qui faisait maintenant ses délices après les orages de la vie du siècle, l'invitait à se livrer à ce travail. Il se proposait de relire, de corriger et de compléter chaque jour ses esquisses : il tient à le dire pour le cas où, par hasard, son écrit viendrait à tomber en d'autres pieuses mains. On n'a pas peut-être suffisamment remarqué que toute son introduction, qui est loin de donner

I.V. plus haut p. 488, rem. 4; V. également Vincentii Lerinensis commonitorium éd. et notis illustr. E. Kluepfel, Vienne, 1809.

2. Ce procédé ne lui semblait pas de peu d'avantage : « Si ea quae fideliter a sanctis patribus accepi, litteris comprehendam, infirmitati certe propriae pernecessaria, quippe cum adsit in promptu unde imbecillitas memoriae meae adsidua lectione reparetur ». c. 1. CI', avec cela la fin de ce chapitre et celle du ch. 29.

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du relief à L'ouvrage, témoigne du caractère polémique actuel de ce livre, el prouve d'une manière certaine qu'il a été compost'- pour servir I < s intérêts du semipélagïanisme contre L'augustinisme : la publication avec un pseudonyme devrait

au reste fain- disparaître tmi^ le^ doutes. L'ouvrage est également tout autre qu'on ne serait en droit de L'attendre d'après ce prologue (1). Vincent y donne une règle, méthodiquement développée, sur les marques servant de critérium à la foi catholique, afin de pouvoir la distinguer de la foi erronée des hérétiques. La renie de la Bible, dit-il, est loin de suffire à cette distinction, car la Bible donne lieu à des explications diverses, el les hérétiques eux-mêmes font appela la Sainte Ecriture. Celle-ci, pour être bien interprétée, a besoin de la règle de la tradition de L'Église catholique. En dehors de ce qui a été cru toujours, partout et par tous, il n'y a pas de vraie tradition catholique: Universitas,Antiquitas, Consensio, voilà les signes de la tradition catholique. L'auteur montre, après cela, en passant plusieurs hérésies en revue, comment il faut appliquer sa méthode dans un cas particulier; il défend sa règ-le de foi contre diverses objections et la base sur des textes de la Bible. Tel est le contenu du premier livre. Au livre deuxième, il applique sa méthode à un exemple particulier qu'il emprunte à une date peu reculée, je veux dire à la condamnation de Nestorius par le concile œcuménique d'Ephèse « lequel a été tenu il y a trois ans environ (2). » Cette condamnation

1. Kn effet, les extraits des Pères que samt Vmcent avait recueillis pour soulager la faiblesse de sa mémoire, ne s'y trouvent pas, circonstance qu'on Bemble, quelque étrange que cela paraisse, n'avoir pas remarquée jusqu'à présent.

Nous ne saurions en effet prendre comme tels, ceux qu'il rapporte du concile d'Ephèse; car ce n'est pas lui qui les a recueillis; nous ne comprenons pas non plussousce nom quelques passages qu'il apuisés dans l'ouvrage des Pères pour montrer la valeur de la tradition. Je serais porté à croire que ce recueil des sentences des Pères, composé par saint Vincent, se trouvait dans la partie du deuxième livre, laquelle a été volée, si, dans la Récapitulation, il ne gardait pas là-dessus leplus profond silence. 11 faut donc croire que saint Vincent, en publiant son livre, se sera décidé à laisser ce recueil de rùté.

2. C. 29. D'après cela, on peut déterminer exactement la composition du livre.

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est basée, en eiïet, sur les sentences de dix Pères de L'Église illustres, soit de l'Orient, soit de l'Occident, et ces sentences, tirées de leurs écrits, furent récitées devant le concile comme des déclarations de juges ou de témoins. Mais ce deuxième livre fut, en grande partie, volé à Fauteur, d'après le témoignage de Gennadè, et cette partie contenait précisément, à ce qu'il semble, ces sentences ainsi que d'autres documents qu'ils avait recueillis sur le concile. Seule, la dernière partie resta conservée ; elle renferme une récapitulation de tout le contenu de l'ouvrage, et elle me paraît, en ce qui concerne le deuxième livre, avoir été agrandie par Vincent lui-même, après le vol ci-dessus mentionné (1). Cet écrit se distingue, du reste, par un style simple (2), clair et relativement correct, quoique la disposition laisse à désirer.

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