L. c. I, Ep. 45, II, Ep
»518 boèce [463-4.1
dont il jouissait auprès du roi, Boèce fut pourtant soupçonné de prendre park à un complot tramé à Byzance : on l'entendit en effet défendre avec une grande hardiesse le sénateur Albinus accusé de ce crime; il alla jusqu'à dire : « Si Albinus est coupable, je le suis aussi, et tout le sénat avec moi. » Ses ennemis personnels, qui l'avaient dénoncé, l'accusèrent encore de magie (1). Or, appelé à se disculper, il fut abandonné par ce même sénat dont il avait pris la défense (2), et qui le condamna à mort. Jeté dans la prison de Pavie, il fut exécuté plus tard, en 525, et périt au milieu de supplices atroces. Une tradition fait coïncider sa mort avec la persécution du catholicisme dans la personne du pape Jean, qui fut mis en prison par ordre deThéodoric et y mourut peu de temps après Boèce. Celle tradition le regarde comme un martyr chrétien ; elle se trouve tout d'abord dans la haute Italie, et surtout à Pavie où il fut honoré comme tel (3). C'était là un motif pour que le sort de Boèce et sa personne elle-même devinssent le sujet de la poésie, au commencement du moyen âge.
L'importance de Boèce est universelle à un double point de vue pour Fhistoire de la littérature et cela, d'abord par les efforts qu'il fit, pendant sa vie tout entière, pour rendre accessible à ses compatriotes latins la science delà Grèce, au moyen de traductions et de commentaires; et, ensuite, par
1. ... « Ob Studium propensius in senatum morti proscriptionique damnamur : o meritos de simili crimine neminem posse convinci ! cujus dignitatem reatus ipsi etiam, qui detulere, viderunt, quam uti alicujus sceleris ammixtione fuscarent, ad ambitum dignitatis sacrilegio me conscientiam polluisse mentiti sunt. » Ainsi s'exprime Boèce lui-même, dans la Consol. delà Philos. I, pro. 4. Nitzsch {Nachtraege) montre également que le mot sacrilegium doit être pris dans ce sens-là, mais il ne voit pas qu'on peut seulement expliquer ainsi le passage (que je ferai remarquer encore dans l'analyse de la Consol. de la Philos.) où la Philosophie dit (I, pro. 3). « An te, alumne, desererem nec sarcinam quammei nominis invidia sustidisti , communicato tecum labore partirer? » Les études mathématiques, et surtout les études astronomiques, de même que les connaissances sur la mécanique, rendirent encore plus tard, au moyen âge, suspect de magie ; il en était aussi de même d'un savoir encyclopédique.
2. V. Consol. Philos. 1, c. Cf. Dahn, Koenige der Germ. II, p. 172 sq.