CHAPITRE XXII BOETIUS
Cette tendance encyclopédique de l'esprit du temps, d'où est sorti l'ouvrage de Martianus Capella, a ses deux représentants les plus extraordinaires à la fin de cette époque. Ce sont deux hommes remarquables, les plus illustres maîtres du moyen âge qui commence, et dont la puissante influence s'étend aux siècles à venir: j'ai nommé Boèce et Cassiodore. Ces deux Dioscures rappellent l'impression qu'on éprouve en face d'une tête de Janus ; la face de l'un est tournée vers l'antiquité qui disparaît, et celle de l'autre vers le moyen âge qui commence; tous deux, ils sont appelés, quoique d'une manière
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différente, à sauver, en grande partie «lu moins, la culture scientifique d'un passé plein < I * * grandeur, en la mettanl à l'abri des orages < j ■ i î grondenl déjà à L'horizon et qui détruisirent de fond en comble la civilisation antique.
Ami h s .Mwuis Severinus Hm ms (i), qui descendait de l'illustre famille des Anicii, chrétienne depuis Longtemps, naquit à Home en 480. ( Irphelin de bonne heure, il reçut néanmoins une éducation excellente, el s'appropria surtout, à un degré eminent, la science de la Grèce. Cependant, ce « dernier Romain » n'était pas seulement un savant confiné dans son cabinet d'étude. Marié avec la fille du consul Q. Aurelius Anicius Symmachus (2), il obtint lui-même de bonne heure (en 510) le consulat; il jouit, auprès de Théodoric, d'une considération particulière et fut l'ami des hommes les plus illustres de son temps, tels que Cassiodore et Ennodius. Son érudition était extraordinaire, universelle; son éloquence excitait de concert l'admiration des contemporains, et le recommandait d'autant plus au roi des Goths, qu'il pouvait tirer parti encore des connaissances pratiques de Boèce : il lui confia, en effet, le soin démettre de l'ordre dans le système monétaire (3); il lui fit procurer une clepsydre et un cadran solaire, que Théodoric donna en cadeaux au roi des Burgondes, et, dans une autre circonstance, il lui laissa le soin de choisir les citharèdes qu'il voulait envoyer au roi des Francs (4). Malgré la faveur
\. A. M. T. S. Boëtii De institutione aritimetica libri II, De institutione musica libri V ; accedit Geometria quae fertur Boëtii. E. lihr. mss. éd. G. Friedlein, Leipzig, 1867 ; — De consolatione philosophiae libri V ad optim. libr.mss. nondum collator. fid. recens, et prolegg. instrux. Th. Obbarius, Iena, 1843 ; — Boëtii Philosophiaecotisolationis libri V, accédant ejusdem atque incertorum opusc. sacra, recens. R. Peiper, Leipzig, 1871. (Prolegg.); — Prantl, Geschichte der Logik im Abendlande . Vol. I. p. 679 sq . : — Stahr, Aristoteles bei den Roemem. Leipzig, 1 83 i ; — 0. Paul, Boëtius und die griechische Harmonik. Leipzig, 1872; — Ritter, Geschichte der Philosophie, vol. VI, p. 580 sq. : — Zeller, Philos, der Griechen. Vol. III, 2 part., p. 766 sq.; — Nitzsch, Das System des Boethius und die ihm zugeschriebenen theolog. Schriften. Berlin, 1860; — Usener, Anecdoton Holderi, Beitrag zur geschichte Roms in ostgothischer Zeit. Leipzig, 1877, p. 37 sq.