‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 276 sur 353 · V.l. I,o. 21 et cf. ib. c · texte numérisé non relu

V.l. I,o. 21 et cf. ib. c

A. V. Franz, p. 47. Cette date, qui correspond à quelques années après l'établissement de l'autour à Vivarium, a pour elle l'exhortation aux abbés etaux moines, à la finduvolume; dans cette exhortation Cassiodore leur livre le couvtMit. La manière dont celte exhortation est composée ne permet pas de bien reculer la date des Institutions. L'opinion de Thorbecke(p. 'i8), qui la place deux ans avant cède du livre De orthographia est fausse à plusieurs points de vue; qu'il suffise d'en signaler ici un seul: Cassiodore n'avait encore commenté que vingt psaumes lorsqu'il composa cet ouvrage. Cf. Institut. I, c. A.

,")38 CASSIODORIUS SENATOR [18 1-2.]

aux Institutions a été composé par Cassiodore, ainsi qu'il le dit lui-même, à l'âge de quatre-vingt-treize ans. Ce n'est qu'un recueil d'extraits rédigés sans dispositions systématiques, qu'il a pris dans divers traités de sa bibliothèque sur cette matière. La préface en est intéressante sous plusieurs rapports; c'est là, en effet, qu'il cite, dans un ordre chronologique, les ouvrages qu'il a composés à Vivarium.

Mais le premier ouvrage que Cassiodore ait commencé, dans son lieu de retraite, est son explication du psautier, œuvre très volumineuse qu'il ne termina que bien longtemps après les Institutions. Nous allons lui consacrer ici quelques instants- d'attention, à cause de l'extension énorme et de l'influence qu'il prit au moyen âge. Une préface nous montre d'abord la valeur des psaumes; c'est en eux que l'auteur a trouvé, en se retirant des orages de la vie du monde, une première consolation spirituelle ; aussi leur consacre-t-il des éloges souvent pleins d'éloquence. Après la préface vient une longue introduction, qui nous conduit jusque dans cette étude des psaumes et qui nous montre en même temps la méthode adoptée par Cassiodore (c. 14). D'après cette méthode, le commentaire doit comprendre six points : 1° Explication du titre des psaumes ; 2° sa division; 3° son explication, qui embrasse le sens spirituel, le sens historique et le sens mystique (1); 4° l'exposition de sa vertu (virtus), c'est-à-dire de sa morale ; 5° la signification de son nombre — les deux derniers points ne sont nécessaires que si la matière l'exige ; — 6° la conclusion, qui récapitule encore brièvement tout le contenu, ou encore qui devra contenir une polémique contre les hérétiques. Mais, dans l'exécution, Cassiodore n'est pas fidèle à sa division; le commentaire de chaque psaume ne comprend que quatre sections qui correspondent au premier point, au deuxième, au troisième et au sixième ; le quatrième rentre dans la troisième section, le cinquième dans la quatrième, et, la plupart du temps, ils sont traités à la fin. Cassiodore se base principale-

1. « Tertio, arcanum psalmi partim secundum spiritualem intelligentiam, partim secundum historicam lectionem, partim secundum mysticum sensum, rerum subtilitates discutiens, proprietatesque verborum, prout concessum fuerit, conabor aperire. »

[4K2.| DI ORTHOOlAPniA. KXPUC vrioN DKS PSAUMES 539

iiinii sur L'ouvrage de saint Augustin: Enarratione» m psal~ mos, toul en mettant cependant d'autres matériaux à profit: néanmoins, par certains points de vue, son u-uvre a un intérêt littéraire général. Ce sont d'abord 1rs types nombreux qui s'y

trouvent et qui proviennent des applications mystiques au Christ et à l'Église, qu'on voyait dans les psaumes; Cassiodore prend en eilet toutes les peines du monde à l'aire ressortir ces applications. Dans le psaume troisième, par exemple, l'auteur voit Judas figuré dans la personne d'Absalon, et le genre de mort du premier dans la mort de celui-ci, type qui persista pendant tout le moyen âge (1).

Ajoutons à cela le sens mystique des nombres pour lequel, après Cassiodore, aucun auteur du moyen âge ne se passionna plus que lui. Le psaume quatrième, par exemple, occupe la quatrième place, parce qu'il fut prêché au monde, que toute la superficie du monde repose sur quatre points cardinaux, et que le monde a quatre saisons et quatre principaux vents (2). Une autre particularité remarquable du commentaire de Cassiodore, consisle en ce qu'il ne laisse échapper aucune occasion de mettre le psaume à contribution pour l'enseignement des sciences profanes, et, avant tout, pour celui de la rhétorique : c'est ainsi que, dans le psaume troisième, il explique en détail la différence entre Aaxesis et Climax, et qu'il y donne plus loin l'idée du trope. Bien plus, Cassiodore met précisément sa vanité à montrer que tous les Schemata et ligures possibles étaient employés dans les psaumes bien longtemps avant les écoles des païens, sur quoi il entonne un chant de triomphe (Ps. 23). Il a également la passion des étymologies; ce sont là, il est vrai, des étymologies absurdes, mais elles se trouvent alors à la mode et cette mode n'était pas près de disparaître.

Cassiodore composa également, à Vivarium, un autre ou-

1. Je ne veux pas dire par là que tel ou tel type se trouvât d'abord dans le commentaire de Cassiodore, mais seulement que c'est grâce à lui qu'il se répandit partout.

2. « Admonet numerus etiam iste quaternarius uteum mundo praedîcatum virtute Evangelica sentiamus. Congruum siquidem fuit, ut cunctus tenarum ambitus in quatuor cardinibus constitutus salutari Domino credere moneretur, » etc.

540 CASSIODORIUS SENATOR [483.]

vrage sur l'Ecriture sainte (1), lequel a pour titre Complexiones m epütolas et acta apostolorum et apocah/psin; mais, contrairement au commentaire sur les psaumes, il resta complètement inconnu du moyen Age, et il n'a, par suite, que peu d'intérêt pour notre étude. Par contre, un travail qu'il composa également dans le silence du cloître et qui est intitulé Historia ecclesiastica tripartita, mérite de fixer notre attention; il comprend douze livres et fut, au moyen âge, le principal manuel d'histoire ecclésiastique. Néanmoins, Cassiodore n'y a pris qu'une part très secondaire. Rufin avait composé une histoire ecclésiastique, qui devait laissera désirera l'Occident; or, afin de combler ses lacunes, Cassiodore fit traduire en latin, par son ami Epiphane, les trois historiens ecclésiastiques Socrate, Sozomène et ïhéodoret, qui, vers la même époque, mais indépendants l'un de l'autre, avaient continué l'histoire d'Eusèbe et l'avaient menée environ jusqu'à l'an 420 et 430; il fondit ensuite ces trois ouvrages ainsi traduits en un seul, en suivant de préférence tantôt l'un, tantôt l'autre de ces trois auteurs, selon qu'ils lui paraissaient plus ou moins explicites, et en complétant le récit de l'un par celui des deux autres. C'est ainsi qu'il atteignit son but dans la mesure du possible; mais la liaison de ces extraits est quelque chose de si dépourvu d'art, de si superficiel qu'on a appelé avec raison cet ouvrage un cento historianun (2). Il y règne beaucoup d'obscurité, des contradictions, des répétitions et une grande confusion dans l'ordre chronologique. Mais si, dans sa rédaction (et c'est là le seul labeur qui appartienne à Cassiodore), cet ouvrage manque de réflexion et accuse trop la hâte d'en finir, on doit dire également que la traduction d'Epiphane n'est pas moins faite à la légère ; le traducteur s'en tient à l'original d'une manière si servile que le coloris et le style latin en souffrent ; son travail est, en outre, déparé par des fautes de tout genre.

1 . Deux autres ouvrages de lui sont perdus ; c'est à tort qu'on lui attribue un commentaire sur le Cantique des Cantiques.

2. C'est là le jugement de Franz (p. 104 sq.), qui a consacré une étude très approfondie à Y Historia tripartita : nous y renvoyons le lecteur, pour tous les détails.

f 184. | i BROMIQUE. Y Mil LI •"' I I

Ce travail de Cassiodore nous fait souvenir de ceux qu'il avait composés antérieurement, pendant sa carriers politique, et qui étaient aussi, en partie, des ouvrages historiques. Le plus ancien, parmi ceux qui nous ont été conservés, est bien lui-même une chronique qu'il composa en l'an do J.-C. .?J19 (1). Elle est dédiée à Eutharic, gendre de Théodoric et époux d'Amalasuntha, qui, en cette année, était consul pour l'Occi- (lent. Au premier coup d'oui, cette chronique semble être universelle, car L'auteur donne, des Le début, une liste des rois d'Assyrie, après avoir fixé les époques depuis Adam jusqu'au déluge, et depuis le déluge jusqu'à Ninus; ensuite, à cette liste vient s'en ajouter une autre, pour les rois du Latium et de Home; mais, en fait, elle n'est et ne doit être, comme en témoigne la préface, qu'une chronique consulaire. Ces énumérations de rois n'ont d'autre but que de rattacher chronologiquement au commencement des choses la liste des consuls. Dans l'introduction tout entière (et l'on peut appeler de ce nom la courte partie qui précède les consuls), Cassiodore suit Eusèbe et saint Jérôme; dans la chronique des consuls eux-mêmes, il suit, d'après Mommsen(2), un abrégé de ïite- Livo, jusqu'aux années 7io et sq. ; à partir de là jusqu'à l'an 31 après J.-C, il se base sur l'histoire d'Aufidius. Bassus. Par rapport à la liste des consuls, il a suivi ensuite le Paschal de Victorius, qui était basé sur la chronique de Prosper; mais, par rapport aux notices qu'il a ajoutées, il s'appuie sur saint Jérôme et sur la chronique de Prosper jusqu'à l'an 45o. A dater de ce moment, c'est le Livre de Cassiodore, qui devient lui-même une source pour nous ; il semble s'être aidé de la chronique de Havenne jusqu'à l'année 49o; mais, dès 496, il n'a plus puisé que dans la connaissance propre qu'il a de son temps. Quant à l'exécution, c'est la liste des consuls et par conséquent le côté chronologique qui sont l'œuvre principale, quel que soit le peu de conscience et de circonspection dont

1. V. aussi là-dessus Holder-Egger, op. c, I, p. 217. (V. plus haut, p. 530).

2, C'est lui qui a déterminé la donnée des sources, que Cassiodore a ajoutée lui-même à la fin de son livre.

ö i2 CASSIODOIUUS SENATOB [484-;».]

cette liste témoigne (1). Dans la section où Gassiodore y suit les auteurs anciens, c'est-à-dire jusqu'à Tan 31 après J.-C, les notices qu'il a ajoutées par rapport aux événements historiques sont si rares et si arbitraires quant au choix, qu'on serait presque tenté de les prendre pour des notes ajoutées postérieurement par des mains étrangères, et à la collection desquelles l'un aurait ajouté ceci, l'autre cela, chacun selon son intérêt : pour la seconde guerre punique, par exemple, l'auteur se contente de faire, par rapport à l'année 53o, la remarque suivante : Bannibal Hamilcaris filius in Hispania bellum molitur ; il ne dit rien de la troisième de ces guerres, tandis qu'on trouve, par contre, la notice suivante rattachée aux années 596 et sq. : Metalla in Macedonia imtituta. A partir de l'an 31 après J.-C, les remarques sont un peu plus nombreuses, car l'auteur nous fait connaître surtout la mort des empereurs. Ce procédé devient plus fréquent chez lui à partir du ve siècle ; remarquons à ce propos les égards que Cassiodore, dans la rédaction de ces notices, observe vis-àvis des Goths, soit en laissant de côté tout ce qui, dans les sources qu'il a sous les yeux, est blessant pour eux, soit en ajoutant des notes à leur louange. Il faut, il est vrai, ne pas perdre de vue que Cassiodore n'a pas absolument dénaturé par là les faits et que la dédicace de son livre au successeur présomptif de la couronne des Goths lui imposait certains égards de politesse (2). Néanmoins, sa manière de procéder est intimement liée à la tendance politique qu'il affichait comme homme d'Etat. Les Goths ne devaient pas être dépeints dans son livre sous les couleurs effrayantes qu'on donnait aux autres Barbares ; ce tableau rebutant qu'on faisait de ce peuple n'était souvent en effet que l'œuvre partiale de la haine des auteurs romains, chrétiens et catholiques, dans lesquels Cassiodore puisait ses renseignements.

Cette tendance à réconcilier la population romaine avec les Goths et avec leur souveraineté est reprise, quelques années

Page 1