D'après Uesener, op. c., p. 71, entre 538 et
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Le fond comme la forme donnent à cet ouvrage un grand intérêt historique : la variété du style répond à la variété du sujet, et c'est précisément à cette variété que l'ouvrage doit son titre de Variae, ainsi que le dit l'auteur lui-même dans la première préface. Le style sera plus ou moins élevé, d'après la culture intellectuelle ou le rang des personnes à qui s'adressent ces rescrits. Partout, en effet, il règne dans ces lettres une grande élégance d'expression ; c'est, il est vrai, une élégance relative à l'idée qu'on s'en faisait dans ce temps-là, c'est-à-dire une élégance plus ou moins recherchée et qui atteint même parfois un degré d'affectation assez élevé. Mais ce style, qui faisait l'admiration des contemporains, devint, vers la fin du moyen âge, le modèle du style des chancelleries. Ce qu'il y a de tout à fait particulier, ce qui caractérise bien Cassiodore, c'est de constater les efforts qu'il fait pour élargir ce domaine et ouvrir une plus large carrière à son style ; pour y arriver, on le voit, si je puis ainsi dire, aspirer à infuser la vie dans cette matière officielle, très sèche en général, et qui comprend toutes les choses possibles, les plus futiles comme les plus importantes (1) : ce n'est que par là, en effet, que ces rescrits ont revêtu un caractère littéraire. Cassiodore fait appel à une double ressource : c'est d'abord une vérité générale, un principe de morale, du droit, de politique, etc., qu'il découvre dans le rescrit et qui lui fournit un thème à développement sentencieux, la plupart du temps dès le début du rescrit ; souvent, il est vrai, tout cela roule sur des lieux communs, mais on y rencontre parfois néanmoins une remarque originale et pleine d'esprit; en second lieu, il n'est pas rare de voir l'auteur faire des digressions sur le terrain de la politique, de la science, de l'art, et même des professions diverses ; c'est là qu'il se plaît à faire briller l'éclat de son érudition ; aussi, ne voit-on nulle part, mieux que là,
1. C'est ainsi qu'à côté des papiers d'Etat les plus importants, on trouve des décrets bizarres, comme celui, par exemple, qui ordonne à un évêque de payer l'huile qu'il a achetée pour l'Eglise à un certain « Johannes » (1. III, ep. 7); ou bien encore celui qui permet à la ville de Catane d'employer les pierres de l'amphithéâtre pour réparer ses murailles (1. c, ép. 49), etc.
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l'étendue du savoir encyclopédique de Cassiodore. Il e^t impossible de nier cependant quo quelques-unes de ces digressions, lesquelles ne manquent pas <!•• piquant, ont été ajoutées seulemenl à La rédaction du recueil, en vue de la publication I).
Il nous reste encore à considérer un ouvrage qui complète le tableau de la variété de l'activité littéraire de Cassiodore, et qui, de plus, mérite notre attention en ce qu'il forme comme un lien qui rattache ses ouvrages profanes à ses ouvrages religieux : c'est un tout petit écrit philosophique, intitulé De anima, qu'il composa en très peu de temps, sur les instances réitérées de ses amis, après avoir apporté ses derniers soins à l'édition des Variae. On voit déjà comment Cassiodore commence à substituer sa vocation d'écrivain à celle d'homme pratique; non seulement, dans ce travail, il tourne ses regards vers la vie théorique, mais on y trouve même très manifeste, notamment vers la lin, l'aspiration ou peut-être même la résolution de se consacrer à Dieu et à une vie contemplative dans la retraite.
Pour répondre aux questions posées par ses amis, Cassiodore traite donc, en premier lieu, dans cet opuscule, de l'expression latine amma, « l'âme », terme qui, d'après l'étymologie bizarre d'où il le tire (2), ne doit convenir qu'à l'homme. En second lieu, il donne et établit la définition de l'Ame; d'après lui, c'est une substance spirituelle et toute particulière, créée par Dieu, raisonnable et immortelle, communiquant la vie au corps, mais se laissant façonner pour le bien comme pour le mal. En troisième lieu, il recherche quelle est sa qualité, et il trouve qu'elle est lumière (lu/uni), parce qu'elle a été créée à l'image de Dieu; il appuie ses déductions sur saint Paul {\ Timoth.j c. (5, v. 16) et sur l'Evangile de saint Jean (c. I, v. 9.). Dans le chapitre quatrième, il montre que l'âme n'a pas de forme : par forme, il entend qu'elle ne peut pas occuper une partie de l'espace. Au cinquième chapitre, il traite
1. Par exemple (t. IV, ép. 50), la longue description de l'éruption du Vésuve.
2. « Anima quasi £vett|t.a, id est a sanguine longe discrela ; » d'après Cassiodore, la vie de l'âme repose en effet dans le sang. C. 1.
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des vertus « morales, » et, au sixième, des vertus « naturelles » de l'âme. Parmi celles-là, il comprend d'abord les quatre vertus cardinales, auxquelles il en ajoute trois autres comme complément: la contemplation, le jugement (Judiciâiis), et la mémoire (1). L'origine de l'âme, créée par Dieu, forme le sujel du chapitre septième. Le chapitre suivant traite du siège de l'âme : ce siège, c'est la tête, quoique l'âme se répande dans tout le corps. Le chapitre neuvième considère le corps comme le « temple » de l'âme, la beauté et le but de son organisme.
Ce récit rappelle l'ouvrage de Lactance, De opificio Dei. Le sujet des chapitres dixième et onzième est tout à fait particulier : celui-là traite des marques auxquelles on reconnaît les méchants, et celui-ci de celles qui font connaître les bons. Il va parler des « «ignés et indices » qui distinguent extérieurement les uns et les autres. Auparavant, il fait une remarque générale : sans la vraie foi, toutes les âmes sont difformes, même celles des philosophes, qui ne suivent pas les lois de Dieu, mais plutôt l'erreur humaine; colles des croyants sont également difformes, si elles se souillent de crimes : ce sont là les méchants. Leur corps a beau être gracieux, leur visage est sombre ; ils sont tristes au milieu de la joie que suit bientôt le repentir; leurs regards sont agités, hagards, anxieux, pleins de soupçons; privés de leur propre jugement, ils cherchent avec inquiétude à deviner celui des autres.
Les bons, au contraire, ce sont les ascètes, qui mortifient la chair, qui s'estiment peu eux-mêmes et qui s'accusent sans cesse ; pour plaire aux autres, ils ne craignent pas de se déplaire à eux-mêmes. Ils sont, quoique emprisonnés clans leurs corps, plus puissants que les mauvais anges, auxquels ils commandent; ils peuvent même opérer des miracles. Leur visage rayonnant et tranquille, maigre et décoré par la pâleur, est plein de joie malgré des larmes continuelles; une longue barbe le rend vénérable ; tout en eux est propre sans ornement. Leurs regards préviennent on faveur de la vertu ; leur voix est pleine d'égards et de douceur, leur démarche ni trop
1. Il distingue cinq vertus naturelles : « V. sensibilis, imperativa, principalis, vitalis, delectatio. »
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lente ni trop rapide. Ce tableau de L'idéal humain, dma Lequel la différence, I«' contraste même entre L'antiquité el I«' présent annonce on changement complet des temps, ce tableau, dis-je, esl digne de remarque par rapport aux arta plastiques de ta fin du moyen âge. Enfin, le dernier chapitre traite de L'état de l'Aine après la mort et de la vie éternelle. L'auteur cherche à peindre ici, en termes éloquents, Le châtiment de L'enfer et La béatitude céleste; il place cette dernière principalement dans la certitude absolue de ne pouvoir offenser Dieu. Vient en dernier lieu une courte récapitulation du contenu des douze chapitres el L'éloge du nombre douze. Gassiodore exhorte ensuite ses amis à se consacrer entièrement à Dieu : « ce n'e>! qu'en Le connaissant et en L'aimant que nous connaissons vraiment notre âme. » Seule, l'humilité, ennoblie par Jésus- Christ, conduit à Dieu; de même que l'orgueil est la source des ciinies. ainsi, l'humilité es! la source des vertus. LTouvrage se termine par une prière.
Celle composition caractérise aussi, dans tous ses détails, l'activité littéraire de Cassiodore. Comme elle n'est pas le produit d'un mouvement intérieur et spontané, mais qu'elle a été écrite à la hâte et sur les instances réitérées d'amis désireux de s'instruire, elle contient moins les résultats des réflexions personnelles de L'auteur qu'un tableau de ses lectures variées i) ; on y reconnaît surtout L'influence directe de Claudien Mamerl et celle de saint Augustin. D'autre part, nous y voyons encore les elforts et les aptitudes de cet homme pratique pour populariser la science : ces qualités se manifestent, soit dans la clarté de la composition, soit dans la facilite, superficielle il est vrai, mais souvent pleine de charmes, de la narration et dans la simplicité de l'expression. C'est ainsi que cet écrit de Cassiodore a, lui aussi, à plusieurs égards, exercé sur le moyeu âge une influence marquée.
i. C'est là un aveu de l'auteur, au début du oh. XII : « Quaeratis forsitan, post hoc saeculum animae nostrae quid agant qualesque pennaneant. Respondemus utdiversa lectione cottegimus. » Cf. aussi Hitler.
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