‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 279 sur 353 · DEUXIÈME ÉPOQUE. ARATOR · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE. ARATOR

Nous pouvons faire commencer environ à l'an 540 la deuxième époque de cette période ; par conséquent, l'activité littéraire de Cassiodore s'y prolonge encore. Mais, nous l'avons déjà fait pressentir, cette époque est plus pauvre en ouvrages que la première; quoique plus longue, elle est surtout plus pauvre en auteurs. Toutefois, quelques-uns ont beaucoup produit. Les poètes surtout sont peu nombreux. A leur tète se place, dans l'ordre chronologique, un versificateur, qui entreprit, lui aussi, de traiter une partie de la Bible en vers hexamètres. C'est Arator (1), Fauteur des deux livres : De actions apostolomm. Il était né dans la province de Ligurie ; c'était le fils d'un homme honorable, illustre par son érudition et son éloquence. Il reçut sa première éducation surtout à Milan : c'est là aussi qu'il eut le bonheur de compter, parmi ses protecteurs, l'évêque de la ville et Ennodius, l'ami de sa famille (2). Arator embrassa la carrière juridique, et s'y distingua par son éloquence, en qualité d'avocat; ce qui le fit particulièrement connaître, ce fut un discours qu'il prononça en faveur des Dalmates, devant le roi Théodéric lui-même. Sous le règne d'Athalaric, successeur de Théodéric, Arator, encore jeune, entra au service de l'État et fut successivement cornes domeslicorum (3), et cornes privatarum. Mais, après le déchaînement de

1. Aratoris de uctibus apostolomm, l. II et epislolae III; ex codd. »iss. recens, suasque et aliomm observationes adjecit. H. J. Arnlzen. Zuetphen, 1769 (Prolegg.) ; — Leimbach, Heber den Dichter Arator In : Theolog-. Studien und Kritiken, 1873.

2. Il n'est pas douteux que notre poète ne soit l' Arator auquel sont adressées quelques lettres d'Ennodius ; cf. p. 549, rem. 1.

3. Ce décret de nomination, auquel nous devons les plus importantes notices biographiques, nous a été conservé dans les Variae de Cassiodore, VIII, ép. 12.

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la guerre contre Byzance, laquelle mit aux prises, dans l'Étal ostrogoth, l'élément populaire roman et l'élément populaire germain, Arator embrassa l'état ecclésiastique et devint Bous-diacre de L'Eglise romaine. Il prit cette détermination sous l'influence du pape Vigile, probablement pendanl le siège de Rome par Vitigis, et dans Le but <lr chercher un asile qui le mit à L'abri des orages de cette époque. Si, comme il nous L'apprend lui-même (1), il s'était essayé, depuis sa jeunesse, dans la poésie profane, il aspira désormais aux Lauriers de la muse religieuse. C'est après cette transformation qu'il composa le poème dont nous avons annoncé Le titre. 11 I«' dédia au pape Vigile qui, sur la demande de tous les lettrés et savants de Rome, lui ordonna de le réciter bientôt après publiquement, en 544, dans L'église de Saint-Pierre ad vincula. Celte lecture eut lieu dans quatre jours différents, vu que Le poète ne pouvait lire chaque fois qu'un nombre de vers assez restreint; sans cesse il devait recommencer pour satisfaire le désir d'un public qui ne lui mena-rail pas les éloge S (2). Malgré celle transformation profonde, la récitation des vers en usage dans l'ancienne Home s'était encore conservée : du reste, le sentiment pour les déclamations oratoires n'était-il pas toujours vivace? Nous n'avons pas le moindre renseignement sur la destinée ultérieure d'Arator, ni sur sa lin.

Deux dédicaces, en distiques, ouvrent son livre : l'une, adressée à L'abbé Florian, n'offre pas d'intérêt : L'autre, adressée au pape Vigile, est digne au contraire de toute notre attention. Le poète y raconte sa conversion à la vie ecclésiastique, telle que nous l'avons esquissée plus liant, et il nous y donne en même temps des renseignements sur la tendance de sa poésie. 11 ne veut pas seulement, dit-il, l'histoire à la main, raconter en vers les actions que nous trouvons dans saint Luc mais faire connaître Le sens mystique qui se cache sous l'enveloppe de Lalettre. C'est vers ce but, en effet, qu'il tend prin-

1. Ep. ad Parthen. v. 19 sq.j avec cela concorde ce qu'Ennodius écrit à Arator, Epp. I. IX, t.

2. Une note des manuscrits nous donne cette nouvelle sou? forme de procès-verbal.

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cipaloment (1). Arator se rattache bien plus à Sédulius qu'à Juvencus, dont il était, du reste, séparé par un plus grand laps do temps. Mais la propension à L'explication mystico-allégorique, que nous avons trouvée dans Sédulius ainsi quo dans Marius Victor, est bien plus développée dans Arator. Jla pris Sédulius pour modèle aussi sous d'autres rapports. Pour comprendre parfaitement l'œuvre de notre poète, il faut être assez souvent au courant du texte biblique; il a passé en eilet plusieurs parties sous silence; et, parmi elles, il fautnon seulement compter des discours (celui de saint Etienne, par exemple Act. ap., c. 7.), mais aussi des fragments du récit (par exemple, Act. 7 c. 8, v. 1-13), et surtout ceux qui relient entre elles les principales actions. L'auteur n'a en vue que les scènes capitales; en général, il nous les expose les unes après les autres, sans liaison, sans transition, mais en conservant toujours la marche du texte biblique. Il se base sur les douze premiers versets de l'histoire des Actes des Apôtres pour nous faire, comme introduction, un court exposé de la mort de Jésus- Christ, de sa descente aux enfers, de son épiphanie et de son ascension ; il arrive ensuite, comme le fait saint Luc, à l'élection de saint Mathias. Dans le premier livre, qui comprend mille soixante-seize hexamètres, Arator suit le récit de la Bible jusqu'au passage où l'ange délivre saint Pierre de la prison (c. 12), tandis que le livre deuxième traite, en douze cent cinquante hexamètres, la matière des autres chapitres jusqu'à la fin. Cette division n'est pas du tout arbitraire ; elle se base sur ce que, dans la première partie de l'histoire des Apôtres, c'est saint Pierre qui est le héros principal, tandis que, dans la seconde, ce rôle échoit à saint Paul. Quant à l'exposition ellemême, le récit cède, en règle générale, le pas à la méditation (2) et à l'explication mystique du texte; de plus, ce récit est parfois si libre et si concis, qu'on ne saurait le suivre sans la connaissance de la Bible ; assez souvent même cette connais-

1. Leimbach, dans sa critique de cette poésie, n'a pas eu le moindre égard pour ce passage de la dédicace.

2. Même au point de vue moral; V. par exemple, la digression qu'il fait sur l'amour funeste de l'argent, et qu'il rattache à l'histoire d'Ananie. I, v. 422 sq.

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sance de\ ienl indispensable, \ u que, en plusieurs circonstances, le poète ne reproduit nullemenl le texte de sainl Luc mais se contente d'j Faire allusion: tel est le cas, par exemple, de la lapidation 1 1< • sainl Etienne I. \ . 586 sq. . etde la conversion de saint Paul (I, v. Tos sq.), qui comptent, comme <»n le voit, parmi les événements les plus importants. Quant à ce qu'un appelait Le sens mystique (typica ratio) des faits, Arator le développe longuement; la signification mystique des nombres joue un rôle important (comme aussi dansSédulius), el souvenl le poète ne s'occupe que de celle-là. <m v trouve les combinaisons les plus étranges, connue lorsqu'il explique la signification du nombre douze, pour les Apôtres, à l'aide de la multiplication par trois et quatre, et le nombre trois, dans la Trinité, par les quatre points cardinaux I, v. 1 1 ri sq.). Sous ce rapport, Arator se montre le digne contemporain de Cassiodore. En général, les types tels que nous les offre l'Ancien Testament, sont chez lui très recherchés, de sorte que leur signification est très embarrassée (1). Le récit est. en outre, lourd, guindé, et . par suite, peu attrayant. En quelques passages seulement, Arator a de l'élan dans son style; il v unit l'énergie à la clarté et à la pureté; et ce sont ces passages qui, rapprochés de vers bien faits, malgré qu'il s'y trouve quelques fautes de quantité, mirent notre poète au nombre des auteurs chrétiens classiques qu'on lisait dans les écoles au moyen âge (2). Il est bon de remarquer encore, comme signe caractéristique de cette époque, combien dans ce poème saint Pierre est mis au-dessus des autres Apôtres, y compris saint Paul lui-même, en sorte qu'il y a même une contradiction formelle avec le texte des Actes des Apôtres (3).

Nous possédons encore d' Arator une longue lettre, écrite en distiques (cent deux vers) et adressée à Partbénius : nous l'avons mentionnée. Partbénius était un fonctionnaire important de la

t. Cf. par exemple I, v. 1027 sq.

2. Ainsi que le montre, entre autres documents, le Labyrinthe attribué à Eberhard île Betbune.

3. Par exemple, I, v. 490; ou bien II, v. 4 où saint Pierre tout seul donne à saint Paul la consécration apostolique; cf. avec cela Act, Aj>.,c. 13, v. 3.

:;r;2 arator [493.]

Gaule, et, comme neveu d'Ennodius, il était aussi l'ami d'enfance d' Arator, quoique probablement plus âgé quo lui. L'auteur lui écrivit cette lettre en lui envoyant son poème ; il lui rappelle leurs études communes, à llavenne, et leurs anciennes aspirations esthétiques : c'était lui, l'ami, qui en avait la direction, et c'est lui également qui, dans cette ville lui fit faire, le premier, connaissance avec les poètes chrétiens (1).

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