‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 280 sur 353 · SAINT FORTUNAT · texte numérisé non relu

SAINT FORTUNAT

Saint Fortunat a, au point de vue historique, une toute autre importance qu'Arator : beaucoup plus fécond et plus étendu, il est le principal représentant de cette époque. Cette distinction est d'autant plus méritée que, si nous faisons abstraction des hymnes, nous ne trouvons, depuis Arator jusqu'à la fin du vue siècle, aucun poète d'importance; c'est même à peine si l'on peut citer un nom. Ajoutons à cela que la double direction que nous avons remarquée, en ce temps-là, dans la poésie chrétienne-latine, l'une profane et l'autre religieuse, est représentée par ses œuvres, qui nous rappellent tout aussi bien un Sidoine Apollinaire qu'un saint Paulin ou un saint Ambroise.

Comme Arator, Venantius Honop.ius Clementiaxus Fortunatus (2) était né, probablement entre 530 et 540, dans la

1. Il y mentionne, au vers 47, Dracontius ; c'est bien là en effet la leçon qu'il faut adopter ; et non Decentius; dans les deux cas, la quantité est violée.

2. Venant ii Honor. Clement. Fortunati opéra omnia post Broicerianam editionem nunc recens, ad mss. codd. Vaîicanos nec non ad veteres editiones collata etc., nova ejusdem vila locupletata, opéra etstud. M. A. Luchi, 2 t. Rome, 1786, in-4; Notice d'un 'manuscrit latin de la Bibliothèque du roi parGuérard (contient des poèmes de Fortunat inconnus jusquelà) in : Noticeset extraits des mss., t. XII. Paris, 1831, in-4 (part. 2, p. 75 sq ) ; — Ven. Honor. Cletnent. Fortunati presbyteri italici opéra poetica

I 194.] s\ vie . 553

haute Italie, sur le territoire situé entre Cénéda el Trévise. C'esl à Ravenne, capitale de l'empire ostrogoth, el ensuite sir de l'exarchat, que Portunal recul son éducation scientifique: elle embrassai! non seulement la grammaire el la rhétorique, mais aussi la jurisprudence. A. Ravenne cependant, il resta complètement étranger Boil à la théologie, suit à la philosophie. Par contre, il s'y essaya déjà dans ta poésie, ainsi qu'en témoigne le premier poème de son recueil, où il célèbre el décrit la consécration d'une nouvelle église de celle ville. Peu après 560, Portunal quitta sa pairie pour visiter la Germanie et la Gaule. Il s'arrêta d'abord en Austrasie, à la cour de Sigebert, dont il célébra, dans mi de ses poèmes, le mariage avec Brunehaut. 11 semble que ce roi lui ait accordé ses bonnes grâces d'une manière toute spéciale. En Austrasie, Fortunat fit aussi la connaissance de plusieurs grands personnages romans et germains avec lesquels il eul des rapports d'amitié qui durèrent, pour plusieurs, de longues années. De la cour de Sigebert, il se rendit à Tours, ville qui appartenait au même roi el qui était peut-être en premier lien le but du vo\ ai:e de notre poète (1). Fortunat nous raconte en effet qu'il avait été guéri, à Ravenne, d'un mal d'yeux par l'influence miraculeuse de saint Martin; il avait obtenu ce résultat en faisant sur ses yeux des onctions avec l'huile de la lampe qui brûlait devant l'image du sainl, dans une église dé la capitale. Il est donc tout naturel de supposer que, s'il n'en avait pas fait le vœu, il ait eu au moins le désir de faire un pèlerinage au tombeau de saint .Martin. De Tours, il se rendit à Poitiers, où il lit la connaissance de sainte Radegonde; cette circonstance devait avoir une grande influence sur le reste de sa vie (2). Fille de roi de La Thuringe, Radegonde était prisonnière de Clotaire I, fils de Clo vis, depuis la défaite de son oncle 11er-

recens. et entend. Fr. Leo., Berlin, £88i Monum. Germon, histor); Bonnann, Ueber das Leben des lut. Dichters Ven. Fortunutus im Osterprogram. des Gymnas. von Pulda, 1848, tri-4 : — Ampère, Eist, litter., t. II, p. 275 sq. ; — Hamelin, De vita et operibus Ven. Fortunati, Bennes, 1878.

I. C'est ce que pense ;iu~si Paul Diacre, Historia Lanyijoberd, II, c. lu.

"-'. Voir à son sujet: Duemmler, Rade g und e von Thueringen, in : Im neuen Reich, 1871, vol. II, p. G VI sq.

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manfried(l) parles Francs; plus tard, elle devint, malgré elle, l'épouse de Clo taire. Mais eette femme, instruite et profondément religieuse depuis son enfance, s'était séparée de son mari, qui venait de faire égorger son propre père à elle ; elle

fonda, sous le vocable de Sainte-Croix, un couvent près de Poitiers et s'y retira. Elle y vécut alors, veuve enfin et chargée d'années, dans l'ascétisme le plus sévère. Sainte Radegonde détermina notre poète à se fixer à Poitiers : il devait y trouver une nouvelle patrie, dans la société aimable, intime même de cette femme illustre, et dans celle de l'abbesse du couvent, Agnès, fille adoptive de Radegonde. C'est là aussi que Fortunat entra dans l'état ecclésiastique et qu'il fut ordonné prêtre. Sa réputation de poète se répandit bientôt dans toute la Gaule ; il se mit en relation avec presque tous les savants ou tous les hommes aux aspirations élevées; ces relations étaient entretenues par les nombreux voyages qu'il faisait à Poitiers et qui interrompaient sa vie monotone, mais ses poésies, nous le verrons bientôt, avaient dans ces relations la plus large part. A vant tout, il apprit à connaître le célèbre historien des Francs, Grégoire, le grand évèque de Tours; ce fut ce dernier qui, après avoir montré d'abord le plus vif intérêt pour ses vers, pressa le premier saint Fortunat de réunir et de publier ses poèmes (2). Dans un âge avancé, sans doute vers la fin du siècle, Fortunat fut élevé à la chaire épiscopale de Poitiers. La date de sa mort nous est inconnue. Il faut apparemment la placer dans les premières années du vne siècle.

Nous avons environ de saint Fortunat trois cents poèmes, dont la majeure partie a été réunie en onze livres et publiée par l'auteur (3). La plupart sont composés en mètre élégiaque;

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