I. XI, c 17). C'esl par des vers également qu'il remercie
saint Grégoire de lui avoir envoyé non seulement des poèmes (1. V, c. 11), mais jusqu'à des fruits (1. C, c. IG); ou encore, c'est par des distiques qu'il lui accuse réception d'une lettre (1. Y, c. 20). En visite chez un ami, il l'avait quitté sans prendre congé de lui, afin de ne pas troubler son sommeil : celte omission lui fournira l'occasion de s'excuser en distiques (1. III, c, 36). Cependant, la plupart de ces billets sont à l'adresse de ses amies, Radegonde et Agnès; ils nous permettent de jeter un coup d'oui sur les relations intimes, tendres mêmes, de ce Roman resté toujours mondain, avec deux pieuses femmes Germaines. Ce poète sybarite, que la vie de son presbytère n'avait peut-être rendu que plus sensible aux jouissances de la table, est vraiment gâté par ses amies : en qualité de Germaines et de bonnes maîtresses de maison, elles ne trouvent pas de plus grand plaisir que de lui donner l'hospitalité et de voir qu'on fait honneur à leurs talents culinaires. C'est ainsi que Fortunat leur adresse un grand nombre de billets pour les remercier d'un envoi de mets et de fruits (1. XI. c. 14 sq.), même pour des dîners complets apportés chez lui ou du moins préparés pour lui (1. XI, c. 9 sq.). Les plats étaient couverts et couronnés de Heurs, s'écrie une fois le poète enthousiasmé, et il n'oublie pas de vanter la nappe elle-même « qui avait été tissée par les mains dédalienncs de sa sœur {{), » car c'est ainsi que Fortunat appelle constamment Agnès. Ces poèmes, souvent maniérés, ont parfois aussi une tournure tout humoristique, quand
i. o Daedalicis manibus. »
56i S. PORTDNAT [503-4.]
l'auteur, l'ironie sur les lèvres, parle de son riche appétit (1), lequel fait plutôt souvenir des Romains du temps de l'empire que des Italiens d'aujourd'hui. Fortunat ne se contentait pas néanmoins de faire des vers pour remercier ses amies; il leur envoyait aussi des cadeaux à son tour, et, à ces cadeaux, il joignait quelques distiques. Il leur fit porter, par exemple, des marrons dans une corbeille qu'il avait tressée de ses mains (1. XI, c. 13), ou bien encore un bouquet de violettes qu'il avait lui-même cueillies. La galanterie ecclésiastique, qu'il sait mettre dans ses vers en de telles occasions (1. VIII, c. 11 et 12), montre comment il réunissait, en sa personne, les qualités de l'homme de cour et celles de l'homme d'église. Plusieurs même de ces petites lettres en distiques qu'il adresse à Radegonde et à Agnès, renferment des expressions si tendres qu'elles ressemblent à des billets doux : il se plaint, par exemple, que la première se renferme chez elle pendant le carême; il dit que, avec elle, son soleil disparaît (2) ; son retour lui rend la joie, comme le retour du printemps (1. VIII, c. 14). Quant à Agnès, il se voit forcé de déclarer et de prendre Dieu à témoin que son amour pour elle n'est qu'un amour de frère (1. XI, c. 6). Ces poèmes se distinguent en tout cas par la vérité du sentiment; ceux notamment qu'il adresse à Radegonde ont une chaleur de sentiment qui s'allie à une expression vraiment poétique.
Un certain nombre d'autres épitres en vers, que nous possédons de saint Fortunat, sont adressées soit à des amis, comme Lupus et Gogo, soit à des personnes plus ou moins étrangères. Plusieurs de ces missives ont, à leur tour, le caractère du panégyrique ; d'autres nous rendent témoignage de la vocation et du talent de l'auteur pour décrire la nature, et c'est à ces qualités que nous devons quelques peintures intéressantes de
2. Par exemple : 1. XI, c. 9 ; cf., dans Guérard, le n° 27. Parfois même cet appétit se traduit d'une manière rebutante, 1. XI, c. 23. Fortunat va même si loin qu'il ne rougit pas de raconter à la mère (Radegonde) et à la sœur (Agnès,) qu'il avait (1. c.,c. 24) dépassé, dans sa boisson, les lois de ta tempérance.
1. L. VIII, c. 13 ; cf. 1. XI, c.2; par rapport à Agnès, v. 1. XI, c. 5 et le n° 13, dans Guérard.
[504-5.] Ki'ilM-iiis. LETTRES B65
Bes voyages. Dans une lettre à Félix (1. III, •'. 9), le poète nous fait une description du printemps, mais d'un de ces printemps tels qu'il \ en a en Frame et donl l'ouverture coïncide avec la fric de Pâques : la nature renaîl et Bes dons re> iennenl avec son maître. Le poète n'a pas du reste besoin de cette coïncidence pour mettre ailleurs en rapport le printemps et la fête de Pâques il), ainsi que cela aura lieu plus tard dans la poésie du moyen âge. Dans une lettre à Lupus (1. \Tl,e. 8), il décrit les ardeurs de l'été et la langueur des pauvres voyageurs (iui meurent de soif: dans une lettre à Kadegonde (I. XI, c. 28), c'est la rigueur de l'hiver qui exerce son pinceau. Mais ce sont des charmes autrement grands que ceux que nous trouvons dans la description de Metz et de ses environs, dans une lettre qu'il envoie à Yillicus, évèque de cette ville (I. III, c. 14).
Toutefois parmi les poèmes de saint Forlunat, le plus connu est sans contredit son V<>!/<i</c de la Moselle, depuis M et/, jusqu'à Andernach ; il l'entreprit en bateau, en compagnie du roi d'Austrasie [De ngvigio suo, 1. X. c. 10). Nous avons là un pendant au poème d'Ausone, et, si celui du poète de Bordeaux est supérieur par la narration, celui de Fortunat se distingue néanmoins par maints traits poétiques charmants, qui nous représentent avec de vives couleurs les coteaux plantés de vignes de la rivière allemande. Le poème (1. 111, c. 12) qui décrit la forteresse de Nicétius, évèque de Trêves, n'est pas moins captivant. Située, elle aussi, sur les bords de la Moselle, elle réunissait aux agréments d'une maison de campagne les avantages d'une place fortiliée : c'est là une preuve que, à cette époque, il était nécessaire de défendre ainsi les sanctuaires de la civilisation (2). Nous devons faire remarquer également un poème surle Gers, dans la Gascogne (1. 1, c. 21). Le poète nous y donne une description, vivante et accentuée, de cette rivière qui tarit pendant l'été et ne forme qu'un ma-