‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 300 sur 353 · SAINT GRÉGOIRE LE GRAND [Ö · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE LE GRAND [Ö

il paraît avoir fait de l'hiatus un usage plus large que saint Ambroise (1). Par contre, la lutte entre l'accent du mot et l'accent des vers est plus fréquente et la rime moins riche que dans Fortunat et Sédulius ; règle générale, il n'admet que la rime accouplée.

Quoique les hymnes de saint Grégoire soient absolument métriques, il faut dire cependant qu'on en trouve d'antérieures, pendant ce môme siècle, qui ont un caractère rythmique; on ne saurait toutefois avec certitude déterminer que pour quelques-unes une époque si reculée. Ce petit nombre est néanmoins suffisant pour montrer que ce genre de poésie avait déjà adopté cette forme tout à fait populaire, qui se dessine de plus en plus avec le temps pour arriver à régner seule. C'est ainsi que, parmi les hymnes citées dans la règle {Regula) d'Aurélien, évêque d'Arles, mort en 5oo, nous trouvons aussi les suivantes : Rex aeterne Domine et Magna et mirabilia. Bède [De arte metrica, c. 24) cite précisément la première comme modèle d'hymne rythmique et donne toute la première strophe. La voici : Rex aeterne Domine — Rerum creator omnium — Qui eras ante saecula — Semper cum pâtre filius. Le rythme de cette hymne, et aussi delà suivante, est formé comme on le voit, d'après le modèle des hymnes ambrosiennes, ainsi que le fait remarquer Bède lui-même, avec cette différence toutefois que l'ictus remplace les longues, tandis que pour la thésis, cela va

genre de poésie et que l'hymne rythmique avait fait disparaître l'hymne métrique ; alors on accommoda la forme de ces hymnes au goût du temps. Un seul exemple doit nous suffire. Dans l'hymne « Audi, benigne conditor » on lit au vers 11 : ad laudem tui nominis au lieu de la leçon correcte qu'offrent des manuscrits plus anciens et plus dignes de foi, ad nominis laudem tui (v. Mone, I,p . 96). Cette dernière leçon observe fidèlement la quantité, et la lutte entre l'accent du mot et l'accent du vers ; cette dernière lutte disparaît dans la première leçon, et une br'ève prend sous l'arsis la place d'une longue, et cela d'une manière telle que ne l'admettait pas la liberté métrique du vie siècle ; par contre la première leçon nous fait gagner une rime avec le vers suivant, qui se termine par « languidis. >■> C'est ainsi qu'en faisant disparaître la lutte de l'accent et en introduisant la rime, le vers correspond bien mieux à la poésie hymnique accentuée qui régna seule plus tard.

1. Nous ne pouvons, il est vrai, baser ce jugement que sur l'hymne Primo dierum omnium, quoique l'hiatus n'y fasse son apparition çà et là qu'à la suite d'une correction postérieure.

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sans dire, La quantité est de tout aussi peu d'importance (1). Du mètre appelé Tetrameter trochaicus caialectus se développa, peut-être à une époque toul aussi reculée, une autre forme de l'hymne rythmique; ce tétramètre trochaïque catalectique était populaire el depuis Longtemps en usage »laus la poésie métrique des hymnes, ainsi <|uo nous l'avons vu; Le mètre nommé acatalectus avait, sousla forme rythmique, déjà fait son apparition dans la psalmodie du peuple avec l'hymne abécédaire de saint Augustin (v. plus haut p, 271). D'un distique du tétramètre catalectique on forma, pour l'hymne, une strophe de quatre vers, en faisant un vers de chaque hémistiche, comme dans l'hymne: Apparebitrepentma — Dies magna domini— Fur obscura n/ntnocte — Improvisa occupons. Bède cite cette hymne comme exemple d'hymne rythmique formée d'après le mètre trochaïque, el elle remonte bien aussi au vie siècle (2). Mais que le nombre do ces hymnes fût encore, au milieu du vie siècle, relativement restreint, comparé à celui des hymnes métriques, c'est ce que nous montre cette Regula; parmi les six, qu'elle cite et qui étaient destinées au culte, il n'y a de rythmiques que les deux hymnes ci-dessus mentionnées. L'hymne rythmique est donc encore bien loin de supplanter l'hymne métrique; elle ne fait que suivre, longtemps encore, et comme classe spéciale, une route parallèle; Bède les considère d'une manière complètement indépendante les unes des autres el, détail à remarquer, il traite des hymnes rythmiques en forme d'appendice.

1. ïl est bon de remarquer que, dans le premier vers de la première de ces hymnes, la première thesis manque, non seulement dans la Regula, mais aussi clans Bède, de même que dans tous les manuscrits ; voilà pourquoi Daniel retire lui-même (au t. III, p. 20 de son Thés, hymnol.) la correction qu'il avait donnée (au t. I, p. 85) : « 0 Rex aeterne Dominer. » Je n'ai vu l'autre hymne nulle part, mais il suffit du premier vers (magna et mirabilia) pour mettre au jour son caractère entièrement rythmique.

2. C'est une hymne alphabétique pareille à celle de Sédulius (v. plus liant, p. 403-401) ; il résulte déjà de là qu'il faut y voir des strophes à quatre vers, forme sous laquelle Bède donne également cette hymne et même comme pendant aux hymnes ambrosiennes iambiquea. C'est à tort que Daniel [op. c, I. p. 1 94) et Du Méril [Poésies popul. lut. anter. au xue siècle, p. 130) la donnent dans la forme des distiques du tétramètre trochaïque. V. également plus loin ce que nous disons de l'écrit de B-

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JORDANIE

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