‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 313 sur 353 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

CHRONIQUE UNIVERSELLE : MARIUS D'AVENCHES, VICTOR TUNNUNENSIS, JEAN DE BICLARO.

La chronique universelle elle-même, commencée par Eusèbe et saint Jérôme, fut travaillée à nouveau et continuée, dans la seconde moitié du vr° siècle. Nommons d'abord un compatriote de saint Grégoire, qui continua la chronique de Prosper Tiro; il la prit à sa fin, et la mena de l'an 455 à Tannée 581 : c'est Marius Aventicensis (1). D'une famille illustre, Marius naquit dans le diocèse d'Autun, en l'an 530; en 574, il fut nommé évêqued'Avenches, dont il prit le nom. Vers la fin de sa vie, il transporta le siège de son évêché, d'Avenches à Lausanne, où il mourut en 593. C'est également dans cette ville qu'il fut enseveli. Il n'a travaillé, paraît-il, que sur des sources écrites, quoiqu'il eût pu être témoin des événements du milieu du vf siècle. Il est remarquable de constater que, pour cet auteur Bourguignon, l'empire romain a toujours la même importance qu'il avait eue pour ses prédécesseurs saint Jérôme et Prosper ; ce n'était plus seulement le de rnier empire de la terre en général, ainsi que l'enseignait l'Église; mais l'évêquc catholique resta d'autant plus pénétré de son origine romane que l'élément germain de la Bourgogne s'était fortement romanisé et que les relations entre ce pays et l'Italie

bien fait ressortir les particularités de la langue de saint Grégoire, même par rapport aux autres ouvrages de cet illustre évêque. On y trouve bien des points remarquables, comme par exemple l'usage de la forme iscere pour escere, de l'accusatif absolu pour l'ablatif, la t ournure favorite de saint Grégoire pro eo quod pour quoniam, conformément au vieux français por ce que, qui est si ordinaire, au lieu de parce que, etc.

1. V. Roncallius et Rœsler, op. cit. (plus haut, p. 469, rem. 1), ainsi que Monod (plus haut, p. 004, rem. 2); V. également Arndt, Bischof Marius von Avenlicum. Sein Leben und seine Chronik. Nebst einem Anhang lieber die Consularreihe der Chronick. Leipzig, 1875.

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ôtaienl toujours très actives : les deux pays Furent du reste

réunis encore plus lard en an seul empire. Sous le règ le

Justinien, l'empire romain avait, en outre, reçu un lustre nouveau et inespéré, Vussi, à l'exemple de son prédécesseur, Marins non seulement calcule, d'après les consuls, en ajoutant, comme les Byzantins, des Indictions, à partir de ."»22. mais il note de plus l'avènement el la mort des empereurs d'Orient, et il le fait même avec plus de soin que pour les rois des Francs. Marins Reconsidère précisément comme Romain. Par suite, outre son pays, c'est l'Italie et l'empire de Byzance qui attirent le plus son attention; il raconte même des histoires de Constantinople, considérant cette ville comme la capitale. Au reste, plusieurs années restant sans indication d'événements dans son livre, sa chronique n'est en somme qu'un tout petit ouvrage ; il n'offre pas beaucoup de choses bien nouvelles, mais il reste cependant très précieux par l'exactitude des renseignements qu'il nous fournit, quoique ces renseignements se bornent presque exclusivement à l'histoire politique. Nous retrouvons encore, àcetteépoque, cette même opinion de la durée de l'empire romain, dans la chronique universelle d'un Africain, Victob Ti.nm SKNSis(t); elle ne nous a été conservée (2) que sous la forme d'une continuation de celle de Prosper, et ne remonte même qu'à l'an 144: elle s'étend jusqu'à l'année ;>66. Victor était évêque de la villi' située dans la province proconsulaire de l'Afrique; c'est d'elle aussi qu'il a reçu son surnom (3). 11 prit une part très active aux démêlés ecclésiastiques de son temps, se prononça pour les Trois Chapitres sous Justinien, fut d'abord banni en Egypte, mais futappelé ensuite à Constantinople pour y justifier sa conduite.

I.V. Honcallius et Rœsler, op. cit., les consulter également pour les chroniqueurs suivants ; pour Victor en particulier, v. Papencordt, op. cit., p. 359 sq.

2. Papencordt a prouvé victorieusement que l'ouvrage était une chronique universelle complète et que l'auteur avait commence ab ovo. Victor apparemment a procédé comme Prosper (v. plus haut, p. 470), auquel il se rattache pour la partie qui nous reste ; sa chronique est, en effet, de 444 à 455, une retouche de celle de Prosper.

3. La forme du nom de la ville n'est pas bien déterminée : on l'a appelée Tunnimum ou Tunnima; d'autres veulent même voir Tunesâans ce nom.

G20 JEAH DE BICLARD [553-4.]

Comme il persista dans son opinion, il fut relégué dans un couvent «le cette ville et y mourut, en 569.

Victor calcule lui aussi, d'après les consuls, à L'exception des deux dernières années. S'il donne également plus d'importance, après l'Afrique sa patrie, à Bizance; si même, cette ville est presque seule l'objet de son étude, il faut dire que ce point de vue est ici appuyé sur un motif particulier : l'Afrique avait été incorporée de nouveau à l'empire romain d'Orient ; bien plus, la population romane catholique, son clergé surtout, n'avair jamais cessé, en Afrique, malgré la domination des Vandales, de se considérer comme sujets deByzance. Mais la chronique de Victor apparaît comme plus exclusive que les chroniques plus anciennes, non pas seulement parce que l'auteur s'y borne à des pays déterminés (ce que d'autres ont fait également plus ou moins) mais par la personnalité même de l'auteur, dont l'intérêt se concentre tout entier sur les affaires ecclésiastiques; elles finissent par occuper successivement le premier plan dans son livre, et elles sont traitées même avec une profusion de détails tout à fait étrangère au style des chroniques. Vers la fin, il parle, en outre, de ses malheurs personnels, intimement liés à ces mêmes affaires.

Un Goth d'Espagne continua la chronique de Victor. Né en Portugal, il fut élevé à Constantinople. Après sept ans de séjour dans cette ville, il retourna dans sa patrie, en 573, et il eut beaucoup à y souffrir en qualité de catholique, des persécutions de Léovigilde contre les catholiques. En 586, il fonda, au pied des Pyrénées, le cloître de Biclaro d'où il a tiré, comme chroniqueur, le nom de Joannes Biclariensis; c'est à Biclaro, en effet, qu'il écrivit sa chronique. Cinq ans plus tard, il fut élu évêque de Gérone. Il vécut encore pendant le premier quart du vu6 siècle. La chronique de Jean se rattache immédiatement à celle de Victor, et, dans l'introduction, il parle de lui comme de son premier prédécesseur : elle va jusqu'à l'année 590. Il veut, dit-il dans cette introduction, faire connaître à la postérité, « dans un style serré, » les événements de son temps, soit ceux dont il a été lui-même témoin oculaire, soit ceux qu'il tient de sources dignes de foi. Et, par le fait, la fidélité de son rapport a obtenu une entière approbation. Se

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