‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 312 sur 353 · SAINT GRÉGOIRE DK TOURS · texte numérisé non relu

SAINT GRÉGOIRE DK TOURS

un remarquable écrit qu'il composa peu après la prise de possession de son siège épiscopal et, en tout cas, avant l'année 582. C'est le livre, retrouvé d'abord par Fr. Haase et édité par lui, clans son entier, sous le titre »le : De cùrsibus ecclesiasticis. Saint Grégoire le nomme ainsi dans la liste de ses œuvres, ne faisant apparemment qu'esquisser, par cette courte indication, le titre complet, tel que le donne le manuscrit : De cursu stellarumratio qualiter ad officium implendumdebeat observari (i). Le terme cursus avait reçu, en effet, dans les égiisesdcla Gaulclasignification de« officium »(ecclesiasticum) , ainsi qu'en font foi divers passages de ce livre lui-même (v. § 37). Cet ouvrage devait être un manuel liturgique pour déterminer l'époque de certains offices nocturnes d'après la position et surtout d'après le lever des étoiles les plus importantes. Nous ne nous appesantirons pas davantage sur le fond de ce livre, intéressant au pointde vue de l'histoire de la civilisation ; il s'éloigne du cadre de notre étude; mais nous dirons néanmoins quelques mots relativement à l'introduction, qui occupe plus de la moitié de l'ouvrage. Nous trouvons, là encore, saint Grégoire occupé de son thème favori, des Miracles ; mais ce sont les Miracula mundi : ceux qu'il nomme en premier lieu, sont, sept miracles de la main des hommes, c'est-à-dire : 1° l'Arche de Noé; 2° les murailles de Babylone; 3° le temple de Salomon; 4° le tombeau du roi des Perses, taillé dans une seule améthyste et richement sculpté ; 5° le colosse de Rhodes ; 6° le théâtre d'IIéraclée, bâti dans une montagne; 7° le phare d'Alexandrie. A ces miracles, accomplis par la main de simples mortels, saint Grégoire en oppose sept autres, qui sont

1. Que ce livre, regardé si longtemps comme perdu, soit bien celui de saint Grégoire, c'est ce que Haase a démontré à. fond, en s'appuyant surtout sur l'étude de la langue; ses preuves sont si solides que le doute n'est plus possible. Le jeu de mots que l'auteur fait, en parlant de Prudence (§ 59) : « Prudentius cum prudenter dissereret, » est le même (ce que Haase n'a pas vu) que celui qu'emploie Fortunat, l'ami de saint Grégoire, dans sa Vie de saint Martin (1. I, v. 19) : « Prudens prudenter Prudentius immolât actus. » Si saint Grégoire, n'avait pas aimé ces jeux de mots, comme l'observe Haase, on aurait pu peut-être mettre ce passage à profit pour déterminer l'époque de la composition de l'ouvrage; Haase, du reste, l'a très bien déterminée.

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l'on \ rage de la main de Dieu h qui, par conséquent, comparés aux premiers., Boni impérissables ; ce >'>nt : I ' le Qui el le reflux de la mer; 2a L'éclosion de la semence el la fertilité des arbres »fruitiers, symbole de la résurrection; 3° le phénix, passage que nous avons cité (»lu-- haut p. ins, rem. 3); i" le volcan de l'Etna; .'i" les Bources de Gratianopolis, d'où coulent de l'eau et du l'eu (1); 6U le soleil, donl il ne mentionne pas le nom avant les autres miracles, parce que l'ordre l'exige Ainsi dans ce livre (2) ; 7° la Inné, notamment sa croissance et décroissance. A ces miracles, il faut encore, pense saint (irégoire, ajouter le cours varié des étoiles, et, au moyen de cette transition, il passe à ce qui fait le sujet de son traité.

Les ouvrages de saint Grégoire de Tours sont dignes de remarque, même au point de vue <le la linguistique. C'est à bon droit qu'il se plaint en plusieurs endroits, ainsi que nous l'avons dit, de son ignorance grammaticale; et ce n'est pas sans raison qu'il assure, d'autre part, qu'il s'exprime comme le fait un homme des champs (rttsticus). Hans sa langue, en effet, nous remarquons, çà et là, quelques-uns des phénomènes les plus importants non seulement de la décomposition du latin, mais surtout du passage de celte langue latine aux langues romanes, en particulier au français. Dans ces passages, en eilet, se l'ait jour malgré lui, relie lingua rustica de la France, telle qu'elle était parlée par le peuple, à celle époque; elle se dégage du latin savant, que l'auteur s'efforce d'écrire, et qui était encore alors la seule Langue de la littérature. Quel était le degré de celte romanisation? c'est ce qu'on ne pourrait montrer que par une reproduction aussi fidèle «les manuscrits des autres ouvrages de saint Grégoire, comme celle que nous possédons, par exemple, de son dernier opuscule (3).

1. Saint Augustin en parle également, Civit. Dei, I. XXI, c. 7.

2. « Pro ratione liujus rei locatur extremum, » c'est-à-dire, pour se servir de ce miracle et du suivant comme transition à l'ouvrage lui-même, il va parler des étoiles : il est dune naturel qu'il parle auparavant du soleil et de la lune. Il s'ensuit avec certitude que cette longue introduction, et celle des sept derniers miracles notamment, est bien l'œuvre de Baint Grégoire, ce qui ressort du reste soit de la narration, soit du sujet lui-même qu'il avait tant à cœur.

:;. Mans les remarques qu'il a ajoutées à l'édition de cet écrit. Haose a

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