SAINT ISIDORE
A côté des chroniqueurs que nous venons d'étudier vient se ranger un des écrivains les plus influents de celle époque; il vécut pendant le dernier tiers du vic siècle et pendant le premier tiers du siècle suivant : j'ai nommé saint Isidore de Séville :>). Fils de Sévérian, provincial estimé de Carthagène,
1. A partir de Reccarède, il n'est plus question que de l'Espagne; mais deux années comprennent cet espace de temps ; on pourrait en outre
trouver là une preuve de 06 t'ait, à savoir qu'en Espagne le byzantinisme était essentiellement soutenu par le catholicisme.
".'. S. Isidori Hispalensiv episc. opéra omnia denuo corrects et aucla recensenle F. Arevalo, qui Isidoriana praemisit, variorum praeff., notas, etc., collegit, veteres edd. et codd. mss. roman, contulit. Hum. 1 T'J7-1803.
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il fut puissamment aidé dans son éducation et dans sa carrière, par Léandre, son frère aîné; Léandrc était cet évêque de Séville qui possédait, nous l'avons vu, l'amitié de saint Grégoire le Grand et qui avait préparé la conversion des Golhs au catholicisme. Saint Isidore lui succéda, au commencement du vne siècle, sur le siège épiscopal le plus illustre de l'Espagne. Mais la renommée que lui valut celte position s'accrut encore plus qu'on ne saurait dire, par son érudition extraordinaire et par son éloquence qui le plaçaient très haut aux yeux de ses contemporains. Il présida deux concilei espagnols, et, pendant sa vie même, il fut regardé comme une grande autorité ecclésiastique. Ce fut bien autre chose après sa mort, qui arriva en 636.
Saint Isidore joignait à beaucoup de lectures, une application étonnante, surtout à cette époque, pour assembler des matériaux; parmi ses nombreux écrits toutefois, il n'y a que ceux qui ont trait à l'histoire, qui rentrent directement dans le cadre de notre étude ; les autres, en effet, sont ou purement scientifiques ou théologiques (1). Mais ce sont précisément ces ouvrages qui, pour la majeure partie, ont exercé une influence immense sur la culture générale et sur la littérature du moyen âge, en sorte que, du moins sous ce rapport, nous ne saurions nous abstenir d'en parler ici. Ils nous révèlent , en saint Isidore , un compilateur sans idées à lui et qui s'évertue à réunir, comme dans un travail de mosaïque, des matériaux énormes (soit textuellement copiés, soit reproduits seulement d'après le sens), pour en faire sortir ses ouvrages scientifiques : Saint Isidore est peut être le plus grand compilateur qu'il y ait jamais eu. Ces ouvragées, qui représentent des extraits de bibliothèques tout entières, dans un temps où il y en avait si peu, furent d'autant plus décisifs pour la culture générale, qu'ils se distinguaient davantage par un agencement simple et clair, quoique tout extérieur, il
7 tomes in-4 (2 vol. Prolegg.); — Isidori. De natura rerum recens. G. Becker. Berlin, 1857 (Prolegg.)
1. Parmi les hymnes ou poèmes qu'on lui attribue, pas un ne lui appartient avec certitude et le catalogue de Braulio (v. plus loin) n'en fait pas non plus mention.
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esl vrai, ainsi que par une expression claire, facile à saisir ,.| à la portée de tous. Le peu d'originalité de - linl Isidore h la médiocrité de son esprit le servirent précisément à souhait bous ce rapport.
Le plua grand de ses ouvrages, celui qui, après l'avoir occupé le plus longtemps el même jusqu'à sa mort, exerça le plus d'influence el peut être regardé comme la somme de ses connaissances, esl intitulé: Vingt livres tfEtymoiogies (Etymologiarum), appellation fori exacte et qui paraît bien être celle du texte original (1). C'est une volumineuse encyclopédie de toute la science ; l'auteur y donne une exquisse, incomplète sans doute, »les matières « I < ■ la science, au moyen d'une définition des notions et des objets scientifiques euxmêmes, en se servanl il«' L'étymologie des mots qui les désignent, étymologie <|ui très souvenl esl <l''s plus curieuses el des plus fantaisistes - . Dans plusieurs parties, il se borne à une simple énumération des objets accompagnée de l'étymologie : un livre même, le dixième, ne contient que des étymologies d'un nombre de termes classés d'après l'alphabet, en \ ajoutant parfois, il esi vrai, l'explication de leur signification spéciale : l'étymologie esl doue le fondement de ce livre. C'est bien là également ce que laisse entendre saint Isidore lui-même, dans la dédicace de cel ouvrage; il l'adresse à son ami,révêque Braulio,et il lui écrit qu'il lui envoie une œuvre sur L'origine de certaines choses (3). La division en livres esl le fait personneide Braulio; c'est lui (jui avait donné l'élan