‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 318 sur 353 · SAINT ISIDORE · texte numérisé non relu

SAINT ISIDORE

anciens auteurs que saint Isidore eile directement ou de seconde main. Cette œuvre n'est sans doute qu'un dictionnaire des arts et des sciences, mais c'est justement par cela qu'elle répondait le mieux au degré inférieur de la culture de ces temps qui commençaient à s'annoncer. Cette manière de faire des étymologies, insensée il est vrai, mais transmise par l'antiquité au moyen Age, avait du moins l'avantage d'aider parfois la mémoire.

A cet ouvrage s'en rattachent plus ou moins immédiatement quelques autres de saint Isidore, par la tendance et le genre de composition. Aux deux premiers livres, sur la grammaire et la dialectique, il faut joindre les deux livres qui ont pour litre Differentiae (1), verborum pour le premier, rerum poulie second. Dans celui qui traite des mots, l'auteur donne, avant tout, d'après Agroetius, un dictionnaire de synonymes; ce ne sont parfois que des mots qui ont un son semblable ou seulement égal (comme foenas, foemim ; meretur, maeret ; quod,qi(Ot); à cette occasion l'étymologic vient souvent prêter son concours (2). Dans le deuxième livre, Fauteur s'occupe, entre autres choses, de distinguer les notions dogmatiques et morales, et, par là, il donne à son écrit une certaine valeur : la distinction, par exemple, de trinitas et imitas, des trois personnes divines, de praevicatio angélica et humana, de ftdes et opus, de concupiscentia camis et spiritus, etc. A côté du premier livre des Différences , viennent se ranger, comme l'indique le titre, les deux livres sur les Synonymes [Synonyma). Ce titre seul est l'original de l'ouvrage : celui de liber lamentationum, ou bien l'addition : de lamenta tione animae, n'est pas de saint Isidore (3), quoique ces titres n'aient guère

1. Que saint Isidore n'ait divisé cet ouvrage qu'en deux livres, c'est ce que confirme la donnée de Braulio ; et cette division repose, du reste, sur la nature des choses.

2. Ce livre est également important pour la connaissance de la prononciation du latin à cette époque, en Espagne particulièrement.

3. Parmi les ouvrages de saint Isidore, S. Ildefonse cite, c. 9 : « Librum lamentationum, quem ipse synonymorum vocavit. » C'est ainsi encore que Aldhelme caractérise le livre, Epist. ad Aricium, Ed. Giles, p. 233 :... « Isidorus duobus voluminibus, quae Synonyma vel Polyonyma protitulantur. » On trouve encore cet ouvrage avec le titre de Soliloquia, par la raison appa-

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tardé à Caire leur apparition; cel écrit, qui n'avait à son origine qu'un but grammatical, fui considéré bientôt, en effet, comme un livre de piété : o'esl ainsi que Baehr I"' cite encore,

sans L'avoir apparem a t jamais eu bous les yeux. C'esl

un recueil de synonymes relies entre eux d'une manière originale : l'auteur les présente sous la forme d'un dialogue entre un homme, qui gémit sur sa misère, el la raison [ratio), qui lui montre. il;m-> le péché, la sonne de cette misère, et, dans la vertu, le vrai chemin pour arriver au bonheur. Ces répétitions perpétuelles île synonymes rendent la lecture de ce livre insupportable; néanmoins, le moyen âge lui accorda la plus grande considération : l'on oubliait le bul grammatical ; el ce côté trivial du fond, joint à l'ampleur de la forme, mettait ce livre à la portée do toutes les intelligences (1). I| n'y a pas jusqu'à la « physique » elle-même, pour me servir ici de ce tenue expressif de l'école, qui ne trouvât son représentant en saint Isidore : pour répondre au vœu du roi Sisehut, notre auteur fil sortir de ses compilations un traité complet qu'il intitula : De natura rerttm, et qu'il dédia au roi lui-même.

Dans la préface, il se vante d'avoir suivi surtout les auteurs catholiques, et, en t'ait, il a mis largement à contribution

Y Henni i'thii de sainl Amliroise, les Récognitions de >aint Clément de Home dans la traduction jie Itutin. les livres de sainl Augustin et d'autres encore ; il n'a pas dédaigné toutefois Lés auteurs païens, el c'est à pleines mains qu'il se serl ici des Prata de Suétone (2). Dans ce traité, pour ne faire qu'indiquer le contenu d'une manière générale, saint Isidore s'occupe, en quarante-huit chapitres, des jours, de la semaine, des mois, des aimées, des saisons, des solstices, des equinoxes, du monde, du ciel, des planètes, du soleil et de la lune, des phé-

remment quo saint Augustin, dans sou livre du même nom, nous montre également un dialogue avec la raison, v. plus haut, y. 261.

1. Un exemple entre mille, 1. I, S 20 : « Accédât ergo ad vitae magnum malum mortis grande solatium, sit vitae terminus finis tantorum malorum, det linein mlseriae requiea sepulturae et si non vita, sattem vel murs miseivri incipiat. Mors malorum omnium finem imponit, mors calamitati terminum praebet, omnem eal.imitatem mors adimit. »

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