‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 335 sur 353 · D'après le psaume LXV, v. 12, semble-t-il · texte numérisé non relu

D'après le psaume LXV, v. 12, semble-t-il

[599. | BISTOaii i ' I i i SIAST1CA (iTl

blanc (1) : c'est Le Béjour des âmes pieuses, lesquelles n'arriveront au ciel qu'après le jour da jugemenl dernier, car elles ne smiii pas assez parfaites pour pouvoir y entrer de Buite - : le pieux habitanl de Northumbrie Lui-même ne peut voir de ce ciel, dont il est éloigné, qu'une lumière éclatante, etil ne peul entendre que Le chant harmonieux des esprits qui L'habitent. Revenu a la vie, le Northumbrien entra dans un monastère, où il lit à un moine confidence de >a vision. Au chapitre 13, Bède nous raconte une autre vision; c'est celle d'un soldai, un favori du roi, qui avait différé de faire pénitence. Voilà que d'abord deux anges lui apparaissent à son lit de mort ; or, tandis qu'ils portent un livre minuscule où est écrit le petit nombre de ses bonnes œuvres, vient ensuite toute une armée de dénions avec un immense in-folio, qui contient la liste énorme de toutes ses mauvaises actions.

Comme on s'y attend bien, l'ouvrage de Bède aie caractère de la chronique ; ce n'est point une histoire pragmatique ; c'est plutôt, comme celui de saint Grégoire de Tours, un recueil d'histoires particulières, généralement rangées d'après l'ordre chronologique et, detail remarquable, d'après l'ère chrétienne; on y trouve, classés à leur place, les documents les plus importants. Ce procédé est d'autant plus excusable que l'unité politique et même ecclésiastique faisait défaut dans le royaume des Angles. Bède possédait néanmoins plusieurs des qualités que doit avoir l'historien, et il connaissait parfaitement les devoirs de l'histoire. Il a recueilli ses matériaux avec une ardeur extrême, transcrit à la lettre les documents les plus importants et fait connaître ses autorités et ses sources, d'une

1. Ce récit rappelle entièrement une des visions consignées dans Les Dialogues de saint Grégoire, v. plus haut, p. 584.

2. Ces idées sur un séjour temporaire des âmes dans un lieu autre que le purgatoire offrent de l'intérêt au point de vue de la théologie; fange donne sur le purgatoire l'explication suivante : « Est locus, in quo examinandae et castigandae sunt animae illorum, qui différentes conjBteri et emendare Bce-

lera, quae feeerunl, in ipso tarnen mortis articula ad | nilenliaiu COnfu-

giunt. et sic de corpore exeunt; qui tarnen quia confessionem et poenitentiain vol in morte habuerunt, oiiuies in die judicii ad reguum coelorum perveniunt. »

Ii72 BEDE [000.]

manière tant générale quo particulière (1). C'est ce qu'il Fait, dans la préface adressée au roi Céowulf de Norlhumbrio, afin d'enlever, dit-il, au lecteur, toute possibilité de douter. Il fut soutenu, dans les différentes parties de son pays, par les ccclésiastiquesles plus célèbres, qui applaudirent à son entreprise : l'un d'eux même lui apporta de Home des copies de plusieurs documents des archives du pape. Dans toute son œuvre, on peut voir les efforts qu'il fait pour atteindre la vérité et pour rendre fidèlement la tradition, ce qu'il appelle, dans la préface (2), « la loi véritable de l'histoire. » Bède se montre également partout dans cet ouvrage, comme un homme arrivé au plus haut point de la culture de son siècle; personne n'aurait pu lui disputer alors la palme -du savoir; il est de taille à connaître et à savoir apprécier ce qui a une véritable importance, quoiqu'il ne soit pas moins épris de la foi aux histoires merveilleuses de son siècle que ne l'était l'historien des Francs, bien moins savant et bien moins cultivé que lui. Quoique, dans son opinion, toujours d'après la préface, l'histoire doive surtout avoir une valeur morale et encourager les hommes à imiter les bonnes actions et à éviter les mauvaises, on voit cependant que son récit lui-même a une tendance moins morale que celui de saint Grégoire de Tours. Il porte, en général, le cachet d'une rare liberté d'esprit et d'une grande objectivité; ces qualités ne se démentent même pas, au point de vue ecclésiastique, dans la question relative à l'Église d'Ecosse. Ajoutez à cela le ton modéré et calme de la narration, l'expression claire, naturelle et très pure pour cette époque; et vous reconnaîtrez dans ce livre le meilleur témoignage de la culture intellectuelle que l'auteur a su acquérir par l'étude des anciens et par celle des meilleurs écrivains ecclésiastiques (3).

1. V. là-dessus Stevenson, Introduction, tome I, p. XXIV sq., et cf. Schmid, Gesetze der Angelsachsen, lre éd., I., p. xi.ix sq.

1. On y lit à la fin : « Lectoremqüe supplieiter obsecro ut si qua in his quae scripsimus aliter quam se vëritas habet, posita repèrent, non hoc nobis imputet, qui, quae vera lex historiae est, simpliciter ea quae lama vulgante collegimus, ad instructionem posteritatis literis mandare studuimus. »

3. Faisons remarquer (pie, dans plusieurs mss. et éditions, on a ajouté a l'histoire un « epitoine » qui récapitule chronologiquement les dates les

|lil)l.| \ll\ BEAT. \llli\IIM U IISI Ml IIII.NMl M (>".'{

Nous avons un Bupplémenl au grand ouvrage historique de Bède; Bouvenl fori intéressant, il a même de l'importance au point de vue de l'histoire de la civilisation ; c'esl un pelil livre, composé, en partie, d'après un Bermon que Bède fait en l'honneur de s.iini Céolfrid(i). Ce livre esl intitulé: Vita beatorum abbaiiuii Wiremuthensnim et Girvensium, Benedicti, Ceolfridi, Eastenctni, Sigfridi atqïte Huetberti. Tels Boni les noms des

abbés de sa coi unaulé, <|ui onl été la plupart ses précepteurs

el ses maîtres. La plus intéressante de toutes est la vie de suint Benoît, a laquelle est consacrée la plus grande partie du livre« Benoît, qui s'appelait originairement Biscop el qui descendait d'une noble famille des Angles, était ■ ministre •■ du roi < iswv ; a l'âge de \ ingt-cinq ans environ, il se consacra à la vie ecclésiastique ri devint moine de Lérins. Sur l'ordre «lu pape, il accompagna l*archevêque Théodore, de Rome en Angleterre, et il fonda plus lard les deux monastères sur la Win1. L'activité infatigable decel homme est vraiment admirable : il faii cinq fois le voyage de Rome tout seul et va même en Gaule chercher des ouvriers pour bâtir des églises. Benoîl s'est acquis les plus grands mérites dans l'œuvre de la civilisation de l'Angleterre, cl c'est lui qui a rendu possibles les travaux de Bède. A chacun de ses voyages de Rome, en effet, il rapportait, nous dit Bède, quantité du livres (2), ainsi que des tableaux pour décorer les églises des couvents; c'esl même dans ce but qu'il en i reprenait de tels voyages. Tantôt 3 ees tableaux étaient destinés à l'église de Saint-Pierre, dans le monastère de Weremouth, tantôt à l'église de Saint-Paul, dans le monastère de Jarrow, ainsi qu'à ce monastère lui-même.

plus importantes; nous ne saurions cependant décider >i c'esl là, on; ou nun, l'œuvre «le Bède lui-même.

I. Ce sermon riait prêché par un moine île son couvent; en le trouve dans Stevenson I. c, II. p. 318 sq. Cf. an reste par rapport à i ss la

page tôO.

J. Innumerabilem librorum omnis generis copiant) apportavit. » Opp. ed., I. IV, y. 366 : cf. p. .'!(')i; res livres étaient achetés en partie, et en partie donnés en cadeau; il on acheta aussi dans son voyage en Gaule, notamment à Vienne.

Page 1