V. t. II, c 17 et
2. Ici Laitance adopte l'opinion exposée, comme il le croit, par (Hermes) Trismégiste, d'après laquelle Dieu forme notre corps avec les quatre éléments : « mim terrae ratio in carne est, humoris in sanguine, aëris in spiritu, ignis in calore vitali. » II, c. 12. C'est une opinion qui a influé sur le moyen âge. Un peu plus loin, Lactance considère l'homme comme un microcosme : « in hac igitur societate cœli atque terra}, quorum effigies in homine expressa est... »
70, 7G.j divin î; RtSTlTUTIONIS 89
arrive à parler du déluge el raconte oommenl Cham pécha contre son père, comment il futchassé par lui ri fonda le premier peuple païen d'où sortirent tous les autres. Mais Dieu
envoya des anges pour protéger la race humai -untre le
démon c. \\ ; malheureusement, et malgré une défense expresse, ceux-ci s»' mêlèrent aui femmes; ils furent déchus de leur dignité et devinrent les satellittes el 1rs ailles du démon. Ceux qui furent engendres par eux, n'étant ni anges ni hommes, mais ayant appartenu à une nature mitoyenne, ne furent pas plus reçus dans l'enfer que leurs pères ue furent reçus dans le ciel. De là deux sortes de démons, les uns célestes, les autres terrestres. Voila les esprits impurs qui sunt les ailleurs des maux; leur prince est le démon. Ce sont eux qui, en contemplant à l'avance l'ordre établi par Dieu, ont fait toutes ces prédictions : l'astrologie, l'art des aruspices et des augures, les oracles, la nécromancie et la magie sont de leur invention. Ils apprirent à faire les statues des dieux afin de détourner l'esprit de L'homme du culte du vrai Dieu et ils se firent rendre des hommages sous le nom des rois défunts (t).
Dans le troisième livre, intitulé De falsa sapientta, Lactaure se retourne contre la philosophie païenne, car toute erreur vient ou de la fausse religion nu de la fausse sagesse. Il veut montrer dans ce livre combien fausse et futile est la philosophie, afin que, cette erreur une fois écartée, la vérité brille de tout son éclat. La philosophie, dit-il en débutant, doit être ou une science ou une opinion. La si ience (il est ici question surtout de la philosophie naturelle) ne vient pas de l'esprit de l'homme, car il appartient à Dieu. Aussi Socrate et les Académiciens rejetaient-ils avec raison la science. Mais c'est avec non moins de raisons que les stoïciens pensent que la philosophie ne doit pas se borner à de simples opinions. De toute la philosophie il ne reste donc rien : la contradiction des différentes écoles elles-mêmes la supprime. Mais l'opinion vraie, pense Lactance, tient le milieu entre ces appréciations extrêmes ; l'homme no peut pas tout savoir, comme Dieu, etil n'ignore pas tout, comme les animaux; il possède
1. C'est ainsi que sont juxtaposés l'evhémérisme et la démonologie.
plutôt une science nièléc d'ignorance, de même qu'il est composé d'un esprit d'origine céleste et d'un corps terrestre (c. 6). — Dans la morale, les opinions des philosophes diffèrent également; les uns déterminent lejbien suprême d'une manière et les autres d'une autre. Qui faut-il croire ? Si nous pouvions choisir ce qu'il y a de meilleur, nous n'aurions pas besoin de la philosophie, car, en ce cas, nous serions sages. Que restet-il donc à faire, sinon de s'adresser à Dieu, le dispensateur de la sagesse ? Et Lactance, en réfutant les opinions diverses des philosophes sur le bien suprême, dit que ce bien est la récompense de la vertu, l'immortalité qu'on ne saurait obtenir sans la connaissance de Dieu et sans la vraie justice. La science et la vertu ne sont donc pas le bien suprême; il no fait que les supposer (1). Après avoir rejeté la philosophie en général, Lactance dirige différentes attaques contre quelques opinions de plusieurs philosophes qu'il veut démasquer ; puis il revient encore une fois sur le chapitre de la philosophie en général (c. 25) pour montrer qu'elle ne saurait être la vraie sagesse, surtout parce que n'étant pas accessible à tous, elle suppose des connaissances multiples. Elle n'a aucun effet moral sur la grande masse; ses préceptes, comme ceux des hommes, manquent d'une autorité souveraine. Lactance termine par cette belle maxime : « Toute la sagesse de l'homme consiste en cela seul qu'il connaît et honore Dieu (2). »
Avec le quatrième livre notre auteur passe de la négation à l'affirmation, en motivant d'abord la liaison inséparable de la sagesse avec la religion. La science n'est pas autre chose, dit-il, qu'honorer Dieu par un culte pieux et juste; c'est ce même Dieu qu'il est de notre devoir soit de connaître {intelligere) soit d'honorer (honorarë) : il est en même temps la source de la sagesse et de la religion. Et c'est ainsi que ce quatrième livre lui-même, intitulé De vera sapientia, est consacré à cette
\. « Igitur ex omnibus philosopliis, qui aut pro summo bono scienliam, aut virtutem sunt amplexi, tenuerunt quidem viam veritatis, sed non pervenerunt ad summum. Haec enim duo sunt qua? simul efficiant illud quod quaeritur. Scientia id prœstat, ut quomodo et quo perveniendum sit, noverimus, virtus ut perveniamus. » L. III, c. 12.