‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 5)Chapitre 54 sur 353 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

DEPUIS L'ÉPOQUE DE iii\si\\ii\ JUSQü'a LA HOBT DE SAIN i \l Gl siix.

I NTRODUCTION

La victoire de Constantin sur Licinius décida aussi do la \ ictoire du christianisme sur le paganisme ; non pas qu'il n'\ ail eu, dans une armée, que (1rs chrétiens, et, dans l'autre, que des païens, ou encore que L'Auguste qui triompha se soit converti au christianisme ; mais le principe de la tolérance religieuse, au sens même où l'entendait la religion chrétienne, avait obtenu une victoire définitive. La politique du rétablissement de l'omnipotence de la religion païenne, en tant que religion d'État, était vaincue, et ce nouveau principe, dont Constantin était resté le représentant, devint la règle qui fixa les rapports entre L'Étal el la religion. On sait que depuis longtemps la religion était passée toul entière dans le culte. Or, l'antique culte païen de l'État romain ne cessa pas d'exister pour cela : ses cérémonies, ses sacrifices, ses aruspices vivaient encore, de même qu'on voyait subsister les immunités et les privilèges de ses prêtres; mais personne n'était plus forcé de reconnaître ce culte, et le chef de L'État, restât-il encore Pontife suprême, Pontifex maximus, ne se souciait plus de lui. L'intérêt de Constantin se concentra plutôt sur le christianisme ; il accorda à ses prêtres les meines privilèges qu'à ceux du paganisme; et ce fut même aux dépens de ce dernier qu'il soutint constamment son Église par de riches donations. Favoriser partout le christianisme fut son plus

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grand effort. Il no l'éleva pas, à La vérité, à la hauteur de la secte d'Etat, sur les ruines de la païenne religion d'Etal ; mais il lui lit prendre place à côté de celle-ci. (le résultat, il l'obtint en se niellant à la tête du conçût! de Nicée. C'est là que l'Eglise catholique arriva à un résultat définitif. Le christianisme, basé sur une profession de foi qu'on avait élaborée sous l'égide de l'empereur, devint officiel et légitime, quels que fussent les sentiments de douceur de Constantin vis-à-vis des hérétiques et surtout de l'arianisme, et quels que tussent aussi les égards qu'il leur montra en plusieurs circonstances. Avec la victoire du christianisme sur l'Etat païen, l'on vit en même temps l'épiscopat prendre une nouvelle influence et le développement monarchique de la communauté chrétienne recevoir un nouvel essor et, par lu, une fermeté et une puissance capables de faire de cet « Etat dans l'Etat, » définitivement reconnu, un ferme soutien pour la république chancelante. Le principe monarchique reçut de ce côté un appui très considérable dont profita indirectement l'empereur, en se conduisant comme s'il était Pontifex maximus chrétien. Mais, en même temps, le christianisme contribua aussi puissamment à élever, directement et au point de vue idéal, la puissance impériale : sa doctrine delà monarchie céleste devait faire paraître la position de l'empereur sur la terre comme nécessaire et consacrée par la religion. Constantin avait réconcilié l'Etat romain avec le christianisme en faisant de l'Eglise catholique la religion d'Etat du monothéisme ; il n'avait pas cependant sacrifié pour cela le polythéisme, c'est-à-dire l'ancienne religion d'État, bien quil soit devenu, avec l'âge, moins favorable à cette superstition ; il avait réuni en ses mains les deux cultes de l'État pour les mettre au service de la puissance impériale. Dominateur absolu et sacré, il s'élevait au-dessus des intérêts des partis. L'unité de l'empire était, encore une fois, représentée de la façon la plus décisive et la plus large, par sa personne. Mais à sa mort (337) cette unité disparut et fit place à des dissensions intérieures et extérieures. L'empire fut partagé entre ses fils. Ceux-ci, professant le christianisme sans être chrétiens de cœur, ne tardèrent pas à se désunir et même à se déclarer la guerre : Constantin II périt dans une guerre contre

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son frère Constans, qui réunit, en 340, toul l'Occidenl bous Bon Bceptre, tandis que Constance régnait en Orient. Séparés

par leurs opinions religieuses, et fidèles, l'un, à la foi «I»' Ni- . avec l'Occident, l'autre, avec l'Orient, au semi-arianisme, les deux frères ne B'entendaienl que par leur haine commune contre le paganisme. Le règne de la tolérance étail fini. Tandis qu'on B'efforçait en vain d'apaiser les dissensions dogmatiques dans le christianisme, les deux empereurs se déclarèrent »mi même tempa contre le paganisme : la •• superstition » devait cesser et la « folie »1rs sacrifices > être supprimée. Après que Constance, par la mort de son frère el la défaite de l'usurpateur Rfagnence, fut devenu Beul maure de l'Empire (353), on défendit mèine. sous peine de mort, de sacrifier aux dieux et d'adorer leurs statues. Il résulta «le là, «lu moins en ( trient, que le paganisme se trouva dans La situation primitive du christianisme et fui directement persécuté par l'État (I). C'est en effet l'Orient qui était le plus directement visé; le nombre des chrétiens permettait d'y appliquer plus sévèrement ces défenses.

Toutefois, lorsque Julien monta sur le trône, dix ans plus tard, cet état de choses changea complètement (361). Le dogmatisme chrétien de celte époque, qui avait eu pour conséquence l'intolérance et le fanatisme, lit éclater une réaction en faveur du paganisme : il aliéna complètement au christianisme Julien dont il avait en vain cherché à gagner l'esprit par une éducation chrétienne étroite et sévère. Le christianisme lui parut d'autant plus facilement sous un jour odieux. qui 1 n'avait pas eu d'effel moral sur le caractère de Constance : fanatique autant que superstitieux, cet homme avait pesé très lourdement sur Julien par sa tyrannie. Ce dernier rouvrit les temples des dieux, redressa les autels renversés, rendit aux païens les biens qu'on leur avait enlevés, et restitua aux prêtres leurs privilèges, de la même main qu'il retirait au clergé chrétien ses immunités et les récoltes des blés. Le christianisme perdit donc le caractère de religion d'État, et ce caractère fut affecté de nouveau au paganisme. Mais Julien n'oublia

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