‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 131 sur 263 · VIE. LETTRES · texte numérisé non relu

VIE. LETTRES

de la réforme des inonaslères de la Bomo-oo-ne ; il I'cuvon a même en amljassade auprès du pape. Nohv auleiir dut aussi accompagner Charles à la diète frauque de Meersen, près de Maëstricht, pour lui servir de conseiller, dans les questions ecclésiastiques {Ep. oO sq. et 59) (1). La date de sa mort nous est inconnue ; néanmoins, Loup ne paraît guère avoir survécu longtemps à l'année 862.

Les écrits qui nous restent de lui ne forment qu'un volume de moyenne grandeur. Dans ce nombre, c'est son recueil de lettres qui offre le plus d'attrait et d'intérêt : cela aura lieu également plus tard pour maints humanistes de la Renaissance Ce recueil comprend cent trente lettres, parmi lesquelles quelques-unes sont écrites au nom d'autres personnes et quelques autres sont des réponses de ses correspondants, d'Éginhard par exemple. Parmi les destinataires de ces lettres nous trouvons, outre Éginhard déjà nommé, les personnages les plus marquants de cette époque : Raban, Gottschalk, Hincmar, Radbert, Marcward, Prudence, Jonas, Charles le Chauve et Lothaire. Ce sont tantôt des affaires ecclésiastiques ou politiques, tantôt des questions scientifiques ou simplement des affaires personnelles qui forment, soit isolées, soit réunies, le sujet des épitres de Loup; et cette correspondance a généralement le caractère purement subjectif de la lettre, en ce sens que la personnalité de l'écrivain détermine complètement le sujet et la manière de le traiter. Or, cette personnalité est ici d'une grande importance et offre beaucoup d'intérêt. Elle montre notamment quels sont les fruits que pouvait déjà produire à cette époque la culture des études classiques, si un homme bien doué s'y adonnait avec ardeur dès sa jeunesse et y persévérait avec ténacité, malgré les affaires et les besoins d'une époque qu'agitaient les guerres civiles et les discussions ecclésiastiques. On est étonné de l'étendue et de la solidité de ces études: Loup saisit toutes les occasions d'agrandir sa bibliothèque des classiques romains, ou même de la com-

1. « Non ignoratis, écrit Loup à Marcward {Ep. 59), credo, reges nostros apud Trajectum... celebraturos colloquium, quo me trahit ecclesiastira nécessitas. )) Cf. Dümmler, Gesch. d. ostfr. Reichs., I, p. 286.

pléter; on le voit ne reculer devant aucune fatigue pour atteindre ce dernier but; il emprunte même des livres, à seule fin d'en améliorer le texte (1). Il s'adresse pour cela à Rome et à York, et non seulement aux évêques et aux abbés, mais encore au pape lui-même [Ep. 103). Et que de précautions (2), que de frais ne fallait-il pas, à cette époque, pour faire de tels envois ! Mais le fruit de la culture intellectuelle se montre dans le style de Loup, et je prends ce mot dans son acception la plus large. Non que son latin soit absolument sans fautes; mais l'expression est individuelle; elle reflète le caractère et les dispositions de l'âme, et, partant, elle est variée et a un coloris très divers ; la pointe et l'ironie s'y montrent déjà dans des formes faciles et agréables (Y., par exemple, Epp. 35 et 68; cf. aussi, Ep. 46, fin). Nulle trace de phraséologie, d'affectation et encore moins d'emprunts.

Au point de vue littéraire, Loup a été peu fécond^ quoique tous ses écrits ne nous aient pas été conservés. C'est ainsi que, selon toute apparence, nous avons à regretter, pour le style, la perte d'une courte histoire des empereurs romains que Loup dédia à Charles le Chauve afin qu'il pût y trouver un avertissement et un modèle (3). Noiis y aurions vu probablement jusqu'à quel point il avait marché sur les traces de l'auteur de la Vie de Charlemagne, pour lequel il avait tant d'estime. Les livres qui nous restent de Loup ont été écrits tout d'abord dans un intérêt exclusivement ecclésiastique ; par la seule disposition du sujet habilement ordonnancée et par l'expression simple, claire, et pourtant pleine d'aisance, ils nous sont cependant un témoignage de la culture que l'auteur avait acquise des études classiques. Cette culture se manifeste toutefois, comme on le verra, autrement que sous le rapport de la forme.

1. Ep. 69: « Tullianas epistolas, qiias misisti, cum nostris conferri faciam, ut ex utrisque, si possit fieri, veritas exsculpatur. »

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