VTK DE ST. WIGRERT
L'un de ces livres est la Vie de saint Wîf/hert, écrite par Loup, en 836, à la prière de Bun, abbé de Hersfeid. Wigberl était un anglo-saxon de noble famille. Aj)pelé en Allemagne par saint Bonifacc, il devint abbé du monastère de Fritzlar fondé et dirigé d'abord par saint Boniface lui-même. Le but principal de ce monastère était de former le clergé (1). AYi<>bert fut envoyé plus tard à Ordruf; mais, étant tombé malade, il revint à Fritzlar pour y rester jusqu'à la fin de ses jours (847). A cette courte biographie se rattache la translation (c. 13 sq.) qu'il faudrait bien se garder de passer ici sous silence. Elle ne manque pas non plus d'intérêt historique. Ainsi que Loup nous le raconte avec de grands détails, en effet, la dépouille mortelle du Saint fut portée en lieu de sûreté, pendant une incursion des Saxons, dans la forteresse voisine de Buraburg, laquelle était défendue avec succès par les Hessois ; quelques années après, elle fut transférée de nouveau de Buraburg à Hersfeld (2). L'auteur parle encore de quelques miracles et guérisons, qui eurent lieu au tombeau du saint, et il le fait par devoir ; car, comme il le fait remarquer en terminant, les matériaux lui avaient été fournis par les moines de Hersfeld. Les miracles qu'il raconte de la première translation et qui reposaient sur la tradition populaire offrent un intérêt bien supérieur. Il n'est pas sans imp'ortance d'entendre notre auteur déclarer (c. 12) que les miracles opérés par les reliques ont plus de valeur que ceux que le Saint opéra lui-même pendant sa vie, vu que les premiers sont au-dessus de tout soupçon de vaine gloire.
En composant cette Yie, Loup se place, en connaissance de cause, au point de vue de l'historien et non au point de vue du panégyriste qui veut édifier. C'est ce qui ressort de la préface adressée au monastère de Hersfeld : afin de dissiper tout soupçon qui pourrait s'élever relativement à la fidélité de son récit, sous prétexte qu'il n'a été écrit que quatre-vingt-dix ans après les événements, il s'autorise de l'exemple d'un Salluste et d'un Tite-Live, et, en seconde ligne, de l'exemple d'un
1. Voy. c. 5, début, et Cf. Rettberg, Kirchengeschichte, I, p. 595. ^. C. 24 et cf, Rettberg, I, p. 597.
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saint Jérôme et d'un saint Ambroise (4). C'est là également qu'il déclare directement vouloir faire œuvre d'historien; c'est même dans ce but qu'il n'a pas latinisé les noms allemands, vu que l'histoire ne souffre pas qu'on l'obscurcisse par un coloris tout différent (2).
On attribue encore à Loup une autre Vie, celle de saint Maximin (3), qui n'est, au dire même de l'auteur, que l'élaboration d'une Vie antérieure (4). Elle a pour auteur un personnage de même nom, et elle a été composée, en 839, à la prière d'un certain Waldon, le même assurément qui fut plus tard abbé de saint Maximin. Elle est écrite, il est vrai, dans un style qui n'est pas indigne de notre auteur et qui rappelle même, au début, par certaines tournures, le style de la Yie de Wigbert ; mais elle diflère, toutefois, considérablement de celte môme Yie, par la façon dont le sujet se trouve traité : au lieu d'un rapport objectif, concis, historique, nous trouvons ici un récit diffus, peu assuré dans sa marche, épisodique par suite de considérations détaillées et de développements sur des questions théologiques; dans ce récit même, les miracles du saint occupent une large place, quoique l'auteur prétende en avoir omis beaucoup qui ne méritaient pas d'être crus. Cette différence entre les deux Vies provient peut-être de ce que celle de saint Maximin n'était qu'un simple remaniement et que Loup ne voulait pas trop s'écarter de son prédécesseur. Ce saint Maximin
1. La vie de saint Paul, ermite et la Passion de sainte Agnès. Voy. làdessus, vol. I, p. 217 sq. et p. 170 (cf. p. 289).
2. (( ... Meminerit (lector) non carmen me scribere... sed historiam, quae se obscurari colorum obliquitatibus renuit. » Cf. le procédé tout opposé de Valahfrid, p. 185. Le début même de la Vie, lequel traite des Anglo- Saxons, s'harmonise avec ce côté caractéristique de cette Vie.
3. Rettberg (I, p. 131 et 186) et Wattenbach (I, p. 192) regardent Loup de Perrière comme l'auteur de cette Vie, quoique le premier fasse quelques réserves. Nicolas (p. 124), est d'un avis tout opposé, de même que ÏHistoire littér., V. p. 267.
4. V. la lettre-préface de Loup à Waldon: « Flagitasti... ut vitam beati Maximini meo stilo elucubrarem et res quae ad nos usque qualibuscumque litteris âecuneruni, accuratiori scrmone convemenii restituerem dignitati. » D'après cela, on ne désirait de Loup qu'une retouche de style ; mais il alla plus loin et supprima plusieurs miracles. L'ouvrage original avait été écrit sous Pépin, père de Charlemagne.
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était évèqiio do Trêves, le même qui donna rhospilalilé à saint Athanase persécuté par l'empereur arien Conslanrc.
Nous avons enfin à noter encore deLoupunéciildoiiinatiquc relatif au conililsoulevé par Gotlschalk à propos de la dorlriuc de saint Augustin sur la prédestination, (l'est le livre intitulé De tribus quaestionibus, et composé, en 8o0, sur les instances de Charles le Chauve (1). Ces trois questions sont celles du libre arbitre, de la double prédestination « des bons et des méchants » et de l'appréciation du sang' du Christ, c'est-àdire de ce point : le Christ est-il mort pour tous les hommes ou seulement pour les élus? Ces trois parties forment, comme il est facile de le voir, un tout complet. Néander (2) vante ce livre en disant qu'il se distingue par l'intelligence et la narration lucides des points en litige, de même que par la manière dont Loup sait distinguer ce qui est essentiel de ce qui n'est qu'accessoire ; cet auteur attribue, avec raison, ces qualités à la culture classique de Loup (3). Cette influence classique ne se manifeste pas moins dans l'élégance d'expression et, comme le fait remarquer Nicolas, dans l'urbanité de la polémique; cette urbanité a ici, il est vrai, sa source dans la nature même de l'auteur: ce sont là deux qualités très rares, surtout dans ce domaine de la littérature du moyen âge. Dans cet écrit, Loup se range du côté de Gottschalk et de saint Augustin ; seulement, et c'est par là que se montre l'aiïabilité de sa nature, il déclare qu'il embrasserait volontiers l'opinion que le sang de Jésus- Christ est utile aux réprouvés eux-mêmes, si on pouvait la prouver. Mais comme Loup eut à soutenir plus d'une attaque delà part du parti opposé, à cause de ses opinions sur ce sujet de polémique et vraisemblablement à cause de cet écrit lui-même, il adressa au roi, auprès de qui on l'avait accusé,
1. Car c'est bien à ce live qu'il faut faire rapporter le début de lï'pître 128.
2. (( Allgemeine Geschichte der christl. Religion und Kirche. \o\. IV, p. 435 sq. ; ouvrage dans lequel on trouve le contenu de ce livre caractérisé d'une manière très heureuse.
3. Loup n'oublie pas non plus ici ses classiques, et il cite, pour les combattre il est vrai, une sentence de Cicéron dans le De scncclutc et une autre de Virgile. 0pp. 1, p. 221 sq.
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une lettre [Ep. 128) dans laquelle il développe encore une fois sa pensée, d'une manière brève et lucide; car il sait bien que les affaires du g-oiivernement occupent trop le roi pour qu'il puisse lire de longues dissertations. Outre cela, il fit suivre son écrit d'un recueil de preuves à l'appui tirées des Pères de l'Eglise, en y ajoutant même des explications personnelles lorsque cela était nécessaire (1).