‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 144 sur 263 · Expositio in Mathacum Prolog. G. Vila Adalhardi, c · texte numérisé non relu

Expositio in Mathacum Prolog. G. Vila Adalhardi, c

5. Dans l'épître dédicatoire, à Ciiarles le Chauve, de son livre De corp. et sang. : « Idcirco ne me putes, Augustorum clarissime, fabulam vobis contexere de Maronis falsura. • Radbert ne se fait pas non plus scrupule d'appeler son (( maximus poeta» un plagiaire, et de lui faire piller u Horace bien

258 RADBERT [231-2.]

De même que Raclberl sut so gagner les bonnes grâces d'Adalhard, ainsi il ne s'entendit pas moins à s'introduire dans celles de son frère et successeur Wala. Aux deux, il fut uni par les liens d'une étroite amitié et il prit la part la plus active à leurs aspirations religieuses et politiques. En 844, il devint lui-même abbé du monastère; mais il déposa cette dignité déjà en 851, pour se consacrer entièrement, comme Raban l'avait fait autrefois, à ses études scientifiques et à son activité littéraire. Dans ce but, il séjourna quelque temps dans le monastère de saint Riquier, où soufflait un esprit scientifique. Il mourut à Corbie, en 865.

On ne saurait douter qu'il doit son surnom de Paschasius à son application à étudier la question de l'Eucharistie ; mais se l'est-il donné lui-même, ou bien fa-t-il reçu, dans le monastère, de son entourage, par suite peut-être de la tradition due à Alcuin et propagée par Adalhard? c'est ce que je ne saurais décider (1).

Radbert jouit d'une grande estime parmi ses contemporains, ainsi qu'en témoigne notamment un panégyrique composé, pendant sa vie, par Engelbert, évêque de Soissons; fauteur célèbre Radbert, dans de pompeux hexamètres, non seulement comme étant une colonne de lÉglise, un des cèdres les plus élevés du paradis et le bouclier de la foi, mais il vante encore son éloquence en termes inépuisables. Radbert comptait eff'ec-

plus ancien que lui ». Ce passage est assez remarquable pour mériter d'être reproduit : <( Si quaeris, Adeodate, qualis (Adalhardus) venerit : fateor talis qualem Virgilius ille tuus Maro describit, totiis teres atque rotundiis. Qui nimirum versus licet in Virgilio vestro magnis extollatur laudibus, longe antiquior legitur in Horatio, qui dum de viro sapiente loqueretur, ait, quod Sit fortis et in se ipso totus teres atque rotundus. Unde profecto liquet, sicut et in quam pluribus locis, quia Maro vester, callidus ingenio, de ceterorum sententiis laudem tulit, et de multis, ac si mendicus, philosophorum fragraentis convivium vanitatis salt.im pueris fecit. » [Vita Adalh., p. 446. Cf. Horat. Satir., Il, 7, v, 86.)

t. Radbert se nomme ainsi dans ses écrits, d'abord dans la Vie d' Adalhard ; or cette Vie est antérieure à son livre De corpore et sanguine. Peutêtre ce nom est-il dans la Vie encore un nom de guerre pour !e public en dehors du monastère, comme d'autres noms le sont aussi dans cet ouvrage. En aucun cas il ne l'aurait donc reçu de son livre célèbre. Comme suite de la tradition établie par Alcuin, nous pouvons citer encore le surnom de Warin, disciple de Radbert; c'est <( Placidius. »

|232-3.] DK coiunmK i:t saniü i.m<: komim 259

tivemeiit parmi les premiers savants de la iManco dr lOncsl ;i cette époque, et, sans être un penseur vraiment fécond, il avait néanmoins en lui un certain penchant vers ia s[)éculali(jii, une aspiration vers le raisonnement philosophique, là même oii il part de l'interprétation la plus littérale du dognu' ri 01:1 il rend hommage au surnaturel le plus accusé. II le devait à l'étude des ouvrages de saint Augustin, point de départ à peu près unique de l'activité spéculative dans la suite du moyen âge. L'ouvrage le plus remarquable de Radhert, ouvrage (jui lit beaucoup de bruit à son apparition et qui exerça la plus grande influence sur les temps à venir, même par l'opposition qu'il souleva, c'est le livre : De corpore et sanguine Dominik la première monographie relative à la doctrine de T eucharistie. Le livre, dans la première édition, en 831, est adressé à l'abbé de Corvey, Warin, surnommé Placidius, un ancien élève de Radbert; dans sa deuxième édition, en 844, il fut dédié au roi Charles le Chauve, comme cadeau de Noël, à ce qu'il paraît, et sur la demande du monarque lui-même (1); ce ne fut, dit cette dédicace, qu'après que la première édition se trouvait déjà dans de nombreuses mains. Radbert espérait de l'acceptation du roi une approbation plus sûre et plus générale pour sa doctrine, et une plus grande diffusion pour son livre. Ce dernier, comme il le dit déjà dans le prologue adressé à AVarin, était composé dans un style populaire ; il était destiné même au gros public qui n'avait pas d'éducation littéraire. L'ouvrage est précédé, dans la seconde édition (2), de deux poèmes en hexamètres; l'un d'eux est consacré au roi Charles, auquel la vierge Sophia a pour mission de remettre le livre; l'autre, qui débute par un acrostiche contenant le nom de Radbert, s'adresse au lecteur et montre dans son essence le contenu de l'ouvrage.

1. (c Hinc inde, ut condignum est, ad superventura diei Dominici festa lîiissuri sunt auri argentique et vasorum diversi generis munera, etc.,inter quae nimirum, etsi ultimus, fide devotus, (iiùa monulstis, et mea, ut opto, vos délectant; decrevi non ignavi ponderis metalli vestrae majestati nuinus offerre, scilicet libellum, » etc.

2. Oue cela s^xpplique aussi au poème mentionné eu deuxième lieu, c est ce qui\essort du vers 4 de ^acrostiche, notamment des mots : piirm ./lon' misimus olim, par lesquels il est fuit allusion à rédition précédente.

260 RADBERT [233-4.]

Dans ce livre, Radbert développe, pour la première fois cl en détail, la doctrine de la transsubstantiation, et cherche à l'établir scientifiquement. L'explication de TEucharistie, la seule qu'il déclare vraie, est la suivante : changement de la substance du pain et du vin, par la consécration du prêtre, au corps et au sang de Jésus-Christ.

Cette manière de voir était bien celle de l'Eglise, mais elle n'avait pas été professée d'une manière si catég^orique, et elle n'était pas la seule régnante.

Radbert établit sa doctrine par la justification du miracle comme miracle, car il déclare lui-même, et il ne pouvait en être autrement, que la transsubstantiation est un miracle : il va plus loin; et, comme ce miracle est invisible, il le regarde comme plus grand que tous les autres, lesquels n'ont eu lieu qu'afin qu'on ajoutât foi à celui-là (c. 1, § 5). La toute-puissante volonté de Dieu est la cause de toutes les choses et de toutes les natures. En les créant, Dieu ne leur retire pas sa volonté ; bien plus, leur existence consiste dans sa volonté et dans sa force par lesquelles non seulement tout ce qui est existe, mais existe même de la manière que la volonté de Dieu l'a déterminé (1). C'est ainsi que tout changement de nature dans ce qui est créé dépend de lui. Dans le miracle, par conséquent, il semble seulement se passer quelque chose contre la nature, mais il n'en est pas effectivement ainsi, vu qu'il est de l'essence de la nature d'obéir constamment aux ordres de Dieu. D'après cela, douter de la possibilité de la transsubstantiation, n'est pas chose justifiée. Certes, la foi est nécessaire, parce que la forme extérieure du pain et du vin reste, mais la religion en général exige la foi. Sans elle, personne n'aurait reconnu le Christ, sur la croix et dans la forme d'un esclave, comme étant le fils de Dieu.

Cette explication de l'Eucharistie reçut alors une signification particulière : d'après elle, comme le développe Radbert,

1. u Neque enim sic condidit omnium artifex Deus rerum naturas, ut suum velle abeis auferret, quia omnium creaturarum subsistentia in eadem Dei voluntate subsistit et virtute, a qua causam habet, non solum üt subsistât quidquid est, sed etiam ut sic sit, sicut ipsa Dei voluntas decreverit, quae causa est omnium creaturarum. » (C. 1, § 1.)

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