MILON. VIE P
crédit auprès de leurs contemporains, et même, en partie, dans les siècles à venir. Tous deux étaient en même temps célèbres comme professeurs, comme érudits et même comme philosophes. L'un d'eux est Milox{1), moine du couvent d'Elnon ou Saint-Amand,* près Tournai; ce monastère est bien connu encore par les précieux manuscrits qu'il nous a conservés. Milon était un disciple de Haimin^ moine lettré de Saint- Waasl, près d'Arras, lequel était lui-même un élève d'Alcuin et s'était essayé, comme écrivain religieux,' en faisant le récit des miracles du fondateur de son monastère. Milon avait, très jeune encore, endossé le froc; il devint prêtre plus tard (2). C'était un homme d'une érudition très étendue (3) et d'un talent varié; il semble même avoir sacrifié aux arts (4). Aussi lui confia-t-on, dans son monastère, l'éducation de deux fils de Charles le Chauve, Pépin et Drogon; la mort les ayant ravis de bonne heure, il composa pour eux une épitapho pleine de sentiment. C'est encore à lui que son neveu Hucbald, qui devint plus tard célèbre par son érudition et surtout par ses connaissances musicales, dut sa première éducation. 11 mourut en 872 (o).
Milon a composé deux grands ouvrages poétiques, l'un dans sa jeunesse (6), vers le milieu du siècle (7) l'autre, peu de
1. Acta Sanctor.B(jllünd., éd. Henschen,6 février, t.I. {Vita Amajidl) ; — Desplanques, Etude sur un poème inédit de Milon, moine de St-Amand d'Elnon. (Extrait des Mém. de la société des Sciences, etc. de Lille.); — Histoire litt, de la France, tom. V, p. 4C9 sq.; — Diimmler, N, A., p. 521.
2. C'est ce que nous apprend son poème De sobrietate (I. II, v. 916) : « Port eliam sumptara juvenili aetate cuculam... », et, v^ 921 : «: Jusque ministerii sacris altaribus apti indigiius sumpsi. )->
3. C'est ainsi que les sources le désignent, à plusieurs reprises, comme philosophus ou bien sophiis, par exemple les Annal. Elnonens. Major., ainsi que son Vlpitaphlum.
4. En faveur de ses connaissances musicales plaide le fait de le voir maître de musique d'Hubald, peut-être aussi celui de le voir, dans son Carmen de sobrietate^ énumérer les divers instruments de musique «'voy. plus loin ce passage). Quant aux arts plastiques, on fait remonter à lui l'ornementation de deux missels de sa Vie de saint Amand : il a, de plus, dédié à Charles le Chauve deux poèmes avec figures tout à fait artistiques.
5. D'après le Necrolog. Elnon., tandis que les Annales Elnon. donnent 871.
6. Le poète dit lui-même {Yita Amandi, 1. I, c. 3, § 15] : « Aptum opus ut juvenis juvenem laudare mererer. »