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temps avant sa mort. Le premier est la Vie de saint AiiianH {Vùa S. Amandi), fondateur du cloître d'Klnon, en dix-linit cents hexamètres. Cette Vie suit pas à pas, dans Irs points principaux, la Vie, plus ancienne ctenprose, de Baudiinund, dont nous avons parlé (vol. I, page 648) et que Milon du rcslc compléta en prose, lui aussi (1). Ce poème, comme le montre un joli Prooemium en distiques, fut composé sur rinvitalion d.'s moines du couvent et offerte par Milon, comme honnuai-c de son cœur, à saint Amand, le jour de sa fête. IJ est dédié à son maître Haimin(2), lequel, dans la réponse qu'il fait à Milon, 1«' recommande de la manière la plus chaude ; il ne pèche, dil-il, ni contre la foi, ni contre les règles de l'art métri([ue; llaimiri tranquillise en même temps l'auteur à l'endroit de la critique envieuse qui le préoccupait heaucoup.
Le sujet du poème ne manque pas d'intérêt, car saint Arnaud était, en effet, ainsi que nous l'avons remarqué auparavant, un des principaux missionnaires du vu'' siècle; il exerça son apostolat dans des pays très divers et très éloignés les uns des autres, circonstances qui ne pouvaient que favoriseï le récit poétique. Or, si Milon ne sut pasen profiter complètement, il est vrai de dire néanmoins ([ue cette Vie métrique a un attrait bien plus grand que beaucoup d'autres. Elle comprend quatre livres. Dans le piemier, l'auteur commence pai- j»arler du Saint en qualité de successeur des Apôtres; il fait ensuite un tableau de son origine, de sa vie d'anachorète dans une île pendant sa jeunesse, de son entrée dans l'état ecclésiastique et de son premier pèlerinage à Rome, pendant lequel il sentit sa vocation de missionnaire. Dans le deuxième, il nous dit comment il fut ordonné évêque-missionnaire; il nous raconte ses premiers travaux apostoliques dans la Gaule, sa patrie, son second voyage à Rome, et ses prédications heureuses dans le pays de Gand; à cette occasion, Fauteur parle (c. 12), avec grands éloges, de saint Bavon, ami et successeur de saint Amand dans cette mission de Gand. Le livre troisième contient
1. C'est ainsi qu'il est dit, dans son EpUaphc : « l^L sancLuin piilclir • depinxit Amandum, Floribus exornans, métro prosaque venustans. '-^
2. Voy., à son sujet, Histoire UUérairc de In Vnm<:r, l. IV, p. 515 sq.
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l'expédilion du Saint au pays des Slaves du Danube, son bannissement par le roi Dagobert et le rappel honorable dans le pays des Gaules, qui le suivit. Il nous parle ensuite de son épiscopat, de courte durée, à Maëstricht : l'opposition du clergé le força à s'en démettre, pour se retirer dans une île de l'Escaut. Le livre quatrième enfin nous montre saint Amand prêchant l'Evangile auxBasques, retournant ensuite en Gaule, fondant des monastères, opérant diverses guérisons, et trouvant enfin àElnon, devenu sa résidence principale, la mort et le tombeau. Les autres livres contiennent également quelques récits de miracles isolés et qui forment, en partie, de longs épisodes.
La division en quatre livres, répartis eux-mêmes en chapitres,, n'a d'abord d'autre but que de faciliter la tâche de l'écrivain, comme celle du lecteur, ainsi que Fauteur le dit luimême au début du livre deuxième. Au commencement du livre quatrième, il en donne, il est vrai, une raison plus profonde et qui semble lui avoir d'abord échappé : le nombre des livres, dit-il, doit correspondre à celui des quatre évangiles. Il a par là, en effet, introduit un certain ordre dans la matière, vu surtout qu'il fait précéder chaque livre d'une considération préliminaire qui le prépare. Ce point de vue auquel il se place, par égard pour le public, dans la division de son ouvrage, devait aussi influer sur le style de Milon : ce n'est point pour les savants, les « maîtres » qu'il écrit ici, mais pour tous les moines, desquels il désire se faire comprendre : aussi a-t-il, comme il le dit dans la dédicace (1), évité des constructions difficiles, qu'il eût été, lui aussi, à même de faire. Cela donne effectivement à son poème un avantage décisif sur d'autres Yies de Saints de cette époque, dont nous citerons un exemple tout à l'heure. La diction est, en général, simple, naturelle, intelligible, facile et sans emphase; à tout prendre, elle est correcte, de même que la versification, en sorte que, si l'on se place au point de vue de cette époque, on n'y découvre pas la moindre trace de cette « rusticité » dont s'excuse le poète dans
1. Cf. aussi, au début du livre deuxième : « Xoii opus hoc orbis recitandum milto magistris, » etc.
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la dédicace. Milon s'entend du reste h relever le style par les moyens de l'art, non seulement à l'aide d'aposlrophjs ((ju'il iw prodig-ue que trop fréquemment, par exemple au druxiirme livre) et à l'aide de comparaisons, qui n'en sont que plus rares, mais , encore par des peintures détaillées : témoins, la rencontre du serpent (1. I, c. 2), la h'uipéte sur mer (I. II, c. 8) et l'éloge d'Elnon(l), monastère qui apparaît tout aussi riche en biens matériels que moraux (1. IV, c. 4). C'est dans d(i telles descriptions, comme aussi en dehors d'elles, qu'il est facile de reconnaître l'élève intellig-ent de Virgile. Toutefois, Milon ne saurait manquer de faire remarquer la vanité stérile de la poésie antique et de mettre le sujet de son ouvrage audessus de celui de V Enéide {2). Cette manière de voir est aussi complètement partagée par Wulfaius, son condisciple auprès de Haimin, dans ime recommandation en vers qu'il ajouta au poème de Milon et qui nous montre, en même temps, le crédit que cet ouvrage trouva, à cette époque, parmi les principaux membres du haut clergé. Faisons encore remarquer, au point de vue de la forme, que Milon emploie parfois l'allitération comme ornement poétique, la pouss'ant même jusqu'à l'exa. gération (3).
1 . Le monastère, qui fut spécialement appelé plus tard St-Amand, d'après son saint patron, avait d'abord le nom de Elnon, d'après la petite rivière voisine, comme il est dit (§ 12) : « Locus est de flumine dictus. »