V. vol. I, p
3. Tel est bien le titre, et non Memo7'ialis, comme on le trouve imprimé. La forme Memoriale est attestée par Tépitre qu'Eulogius écrit à Alvarus à l'occasion de l'envoi du premier livre, de même que par le début et la fin de ce livre.
[302-3,1 MEMORIALK SANCTOIUM 3:j3
ce (( mémorial des saiuls » avant d'èlrc jeté eu piisuii ; c'est .lo là qu'il envoya le premier livre, achevé dans le ctichol, à son ami Alvarus, afin d'apprendre son avis avant la publication. Dans sa réponse à la lettre d'Eulogius, Alvarus loue le livre de son ami, même au point de vue de la forme, d'une manif're qui sent le dithyrambe: il met l'éloquence dv rautciii- audessus même de celle de Ïite-Live, de Caton, de DéniosIbiiH-, de Cicéron et de Quintilien !
Après avoir déclaré^ dans le prologue, qu'il ne destine pas son ouvrage seulement aux monastères, comme il en avait eu d'abord la pensée, mais à l'Eglise tout entière, vu que le martyre est devenu général, l'auteur raconte encore ici en détail le premier martyre spontané de cette époque, celui du moine Isaac, en 851. Isaac, en eiïet^ sans y être déterminé par aucun motif extérieur (car il ne saurait être nullement question de contrainte) se présenta devant le Kadi pour maudire Mahomet et obtenir ainsi la palme du martyre; la peine de mort était en effet la suite d'une insulte faite au prophète. Ce procédé, ayant pour but de se procurer dans le ciel une des premières places et, sur la terre, les honneurs accordés aux saints aprîîs la mort, ne tarda pas à trouver de nombreux imitateurs; il exaspéra le gouvernement musulman contre les chrétiens, el, parmi ces derniers, on entendit beaucoup de voix s'élever contre un pareil procédé, le déclarer avec raison un suicide plutôt qu'un martyre, et refuser même de reconnaître ces saints. Aussi le premier livre de ce Mémorial n'est-il qu'une apologie de ce martyre : Eulogius s'y efforce de réfuter les objections soulevées contre lui, celle notamment qu'on tirait de l'absence de miracles de la part de ces martyrs. — Dans les deux livres qui suivent, l'auteur fait le récit des actions des martyrs, en consacrant un chapitre à chacun d'eux: le deuxième livre traite de ceux qui moururent sous Abderrahman, et le troisième de ceux qui succombèrent sous Mohamed. L'ouvrage prit de plus grandes proportions à mesure que progressait cette épidémie religieuse elle-même (l); l'au-
1. Ces tendances paraissaient, en effet, en contradiction avec l'esprit de l;i primitive Église etavac les conseils de prudence que les papes et les eveques donnaient alors aux premiers chrétiens. {J^otc des Trad.)
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leur voulait d'abord le terminer avec le sixième chapitre du livre deuxième (1), ensuite avec le deuxième livre lui-même, auquel est déjà ajoutée une prière, comme épilogue à l'ouvrage tout entier. Le troisième livre ne fut terminé qu'après l'été de l'année 8o6, mais dans cette année elle-même (2). Apparemment ces livres ont été édités isolément, et chacun a aussi une préface particulière.
Parmi ces histoires de martyrs, une des plus détaillées est celle qui se trouve au chapitre huitième du deuxième livre: c'est celle de deux jeunes vierges Flora et Maria, qu'Eulogius rencontra dans la prison et auxquelles il donna ses consolalions: en général, le sexe féminin est largement représenté dans cet ouvrage. Encore enfant, il avait fait la connaissance de Flora et il s'était vivement intéressé à elle, à cause des idées ascétiques qu'elle montrait depuis sa plus tendre jeunesse. Cette jeune fille, distinguée aussi par son extérieur plein de grâce et de beauté, semble avoir gagné le cœurd'Euiogius; aussi a-t-il écrit sa Passion et celle de sa compagne avec un intérêt tout particulier : il lui fit même les honneurs d'une édition à part, en dehors de son ouvrage (3).
C'est pour confirmer ces deux jeunes vierges dans leur projet de martyre et les engager à une persévérance à toute épreuve (4), qu'Eulogius leur adressa dans leur prison, vraisemblablement parce qu'il ne lui était plus permis de leur parler, un écrit qu'il intitula lui-même : Documentiim martyrii[o), mais que d'autres plus tard, comme Alvarus dans la Vie, appelèrent Documentum martyriale. Eulogius envoya à son ami cet écrit lui-même, ainsi que le montre la correspon-
1. Ce chapitre se termine, en efîet, par un amen, et le suivant débute ainsi : « Hucusque finem libri secundi esse decreveram, hucusque terminum sanclorum ad hujusmodi palaestram currentium esse putaveram. »