‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 202 sur 263 · ALVARE · texte numérisé non relu

ALVARE

40 sq.), en se rattachant aux Moralin de saint Grégoire le Grand, qui comprend également TAntechrist, sous ces deux animaux. Il fait ressortir, avec une force particulière et en se servant des expressions les plus énergiques, dans ces types du précurseur de l'Antéchrist, l'immoralité de Mahomet et le rôle qu'elle joue dans sa doctrine (1) : ce côté de rislam était toujours mi des points de mire favoris contre lesquels les adversaires chrétiens dirigeaient leurs coups. L'auteur avait prétendu que le temps de l'Antéchrist était arrivé : il renforce encore à la fin (§ 3o) sa manière de voir en s'appuyant sur l'Apocalypse (c. 13, v. 17) (2) et en montrant que son peuple s arabise de plus en plus. <( Tous les nôtres, dit-il, portent déjà l'estampille [nota) de l'Antéchrist. Ne nous faisons-nous pas circoncire? Ne prenons-nous pas notre plaisir à leurs poésies et à leurs contes (3)? Tandis que nous négligeons la lecture de l'Ecriture Sainte, nous étudions leurs philosophes, ou plutôt leurs philocompes, non pour réfuter leurs erreurs, mais à cause de l'élégance de leurs jeux d'esprit et de la plénitude de leur éloquence. La jeunesse lettrée lit avec avidité les ouvrages des Arabes : quant à la beauté de la Bible, elle l'ignore (4). Ces Latins se soucient si peu de leur

1. Et il ne recule devant aucune obscénité. V. surtout §23 et 26. Donnons

du moins un exemple anodin de cette violente polémique : k Quam impurissimi scctam, impurissimi sequipedi amplientes amissarii et adulteri universi sunt facti, dum et propter juramentum scindunt conjugium, quod majore dedecore iterum adulterando conjungunt; etpellices multiplicando a trigamis vel quadrigamis serviendo femellarii, imo verius amissarii equi hinnientes seu rudentes asini sunt universi. » (§ 23.)

2. « Et ne quis possit emere aut vendere^ nisi qui habet characterem aut nomen bestiae aut numerum nominis ejus. )> Cf. avec cela le verset précédent.

3. u... Eorum versibus etfabellis milesiis delectamus; )) milesiis est assurément la leçon juste de Dozy (II, p. 103, rem.j pour m<7e sî(/5 du mss., adoptée aussi par Baudissin.

4. « Nonne omnes juvenes christiani vultu decori, lingua diserti, habitu gestuque conspicui, gentilicia eruditione praeclari, Arabico eloquio sublimati Volumina Caldaeorum avidissime tractant, intentissime legunt, ardentissime disserimt et ingenti studio congregantes lata constrictaque lingua laudando divulgant, ecclesiasticam pulchritudinem ignorantes et ecclesiae flumina de paradisomanantia quasi vilissima contemnentes. Heu proh dolor ! linguam suam nesciunt Christiani etlingaam propriam non advertunt Latini, ita ut omni Christi collegio vix inveniatur unus in milleno hominum nu-

[308-9.] INDICÜLIS M MINoSrS XW)

langue quo, sur un mille, un seul esl à j.ciiM' cap.-.hl«' drciiiv en cette langue une lettre raisonnable; ils s'nütüid.'nt, par contre, à tourner des ///n/srl ])res(jue mieux (jnc les Maures eux-mêmes. »

Si l'on compare cet écrit d'Aivare avec le [premier llvic du Mémorial^ on y voit, d'une manière frappante, la grande «lillérence 'd'individualité des deux amis : Euloge, ecclésiast'que d'une piété tendre et rêveuse, nature délicate, savani clitz ijni l'étude avait produit des fruits d'une culture eslhéli(iue; Alvare, )aïque d'une grande énergie, passionné comme un homme du Sud, chez qui le sang crienlal bout encore et (|ui nous rappelle Tertullien, dans sa violence apologéti(pie, mais aussi parfois dans son éloquence passionnée et entraînaule (l). Quand il se possède^ il sait s'exprimer simplement, comme dans sa Vie dEiilogr^ par exemple. Mais, dans son Indicidus, il laisse un libre cours à son génie : là, son style est surchargé de métaphores et d'images; il ne recule même pas devant les plus repoussantes, quand elles lui semblent mieux reproduire sa pensée 2). Il aime, dans ses métaphores, à se rattacher à l'Ancien Testament. Ici son style nous ramène aux expressions pompeuses du pathos espagnol. Il a une couleur nationale; mais son coloris semble déterminé par une intluence sémitique; et Ton voit ici en même temps, d'une manière bien claire, qu'il faut attribuer cette influence à l'élément populaire juif, eu Espagne, bien plus qu'à l'élément maurescpie ;

mero, qui salulaLorias fratri possit raLioiiablliter dirigere lilteras. » Ainsi s'exprime, en exagérant apparemment, notre auteur passionné et agité.

1 . § 3. (( Adicitis : tempus persecutionis non est. Imo ego plus dico : tempus Apostolorum non est, quia vigor est apostolicus imminutus qui debuerat semper in pastoribus Christi fervore constanliae et zeio justitiao usqur ad consummationem saeculi flamraas spiritales in adversos ciere et fomite inluminationis accenso tenebras aevi corusco sidcre eoi cliniatis inlustrare, » etc.

2. Par exemplvs dans l'introduction : u Praecidc', Domino, Imguae saeculari coeno confoctae praepulium. » De même (\uo co derni(>r terme, fréquemment employé d'une manière métaphorique, désigne l'origine juive de l'auttMn", de même aussi — autre désignation vraiment orientale — cniis est cliez lui signe d'humilité. Pour montrer la hardiesse et le manque de goût dans l'usage des métaphores, citons encore un exemple : « Flexo cordis i»oplile rogans, dumosam mei pectoris inriget terram. » .

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