Vov. plus haut p. 331, rem. 2, et p. ool, rem
354 POÉSIE uvTHMiuLi: [322-3.1
la mort d'Éric, de Charles, de Hugo, el la ruine d'Aquilée. — 3° Pamphlets, ceux, par exemple, contre Bénévent et Aquilée et contre l'abbé d'Angers. — ■ 4^ Poèmes iiarnitifs, comme ceux qui ont pour sujet les légendes ou bien l'histoire biblique, de même que le poème d'Alexandre et celui qui traite de la ruine de Mont-Glonne ; il faut aussi ranger dans cette catég'orie le poème de Raban et la parabole-énigme, de même que le poème de Paul : A pi^incipio seculorum, quoique ce dernier soit plus énumératif que narratif.
Considérons maintenant les genres de versification employés dans ces poèmes. Celui qui reparaît le plus fréquemment est le vers rythmique issu du tétramètre trochaïque catalectique, qui a par conséquent une césure après la quatrième thésis, césure qui partage le vers en deux hémistiches; il se montre (comme du reste, pour la poésie chrétienne, déjà dans Prudence) (1), réuni d'abord en strophes de trois lignes, qui peuvent se résoudre en six lignes, si les hémistiches se trouvent non seulement écrits comme des vers indépendants, mais encore reliés par la rime. Ce dernier caractère ne se rencontre ici toutefois que dans quelques poèmes, et même comme exception (2). Dans ce genre de mètre sont composés en premier lieu les
1. Cathemerln. 9, Perlstephan., I. Voy. vol. 1, ]). 279 et 282.
2. Dans le chant sur la bataille de Fonlanetum, par exemple :
Gramen illud ros et imber
?s"ec humeclet pluvia,
In quo fortes ceciderunt
Proelio doctissimi ; . Plang-ent illos, qui fuerunt
Illo casu mortui.
La rime des lignes courtes se rencontre ici également comme contraste aux longues lignes :
Ima vallis retrospexi
Verticemque jugeri
Ubi suos inimicos
Rex fortis Elotharlas.
De niéuje (jue dans le chant sur la victoire de Pépin, strophe 2 : '
Multa mala jam fecerunt
Ab antico tempore.
l'ana Dei destruxerunt
Atque monasteria,
Vasa aurea sacrata.
Argentea, fictilia.
poèmes de la première calé^orie, cL c n'est pas sans raison : le tétramètre trochaïquc cataleclique n'était-il pas celui des chants des^- soldats romains, et Prudence, comme je l'ai montré précédemtient, ne le savait-il pas pertinemnjent? C'est aussi à ce mètre que remonteront plus tard les redondilles des romances espagnoles. — Et d(.' même que ces chants des soldats étaient aussi des pamphlets, ainsi trouvons-nous écrits dans cv mètre populaire les deux premiers poèmes de la troisième catégorie. Plusieurs même de la quatrième sont conq)nsés dans ce genre de versification, par exemple : la Passion attribuée à Eginhard et deux des récits bibliques (Judith et Lazare ), comme aussi le poème d'Alexandre et celui de Paul : A pria ■ cipio. Il faut y ajouter encore le chant Amébée de Pierre et Paul. — Il convient de remarquer encore que c'est dans ce genre de mètre qu'on aimait à composer les Abécédaires : nous le trouvons dans le poème d'Angelbert, dans les deux pamphlets nommés en premier lieu et dans le poème d'Alexandre, tandis que le poème A ptincipio est un acrostiche (1).
Le rythme trochaique devait nécessairement, dès le début, se recommander d'autant plus à la poésie latine populaire que, chez lui, V ictus et l'accent du mot tombaient plus facilemeni ensemble. C'est ainsi que nous trouvons des combinaisons métriques et originales dans ce rythme. Le pamphlet contre l'abbé d'Angers, par exemple, est écrit dans un rythme qui correspond à un trimètre trochaique cataleclique, avec césure après la deuxième thésis(2). Il y a des strophes de quatre vers
1. C'est ce queZarncke lait aussi déjà remarquer, dans le {»ueiiif d Aiexandre {Op. c, p. 59). A ses indications on peut encore ajouter les miméros 1, 3 et 4 des « Weiteren Carolin^,'. Rythmen, » publiés par Diimmler Dans la Zeitschr. f. d. Alterth. N. F., XII, p. 115.
2. En voici le paradigme (nous désignons toujours ïarsis yav le sign«' d'une syllabe longue et la thésts par celui d'une syllabe brève); - o-e | uu , ,1 - V» - . Voici la première strophe comme exemple :
Andecavis abbas esse dicitur,
nie nomen primum tenet hominum,
Hune fatentur vinura velle bibere
Super onines Andecavis homines.
Eia eia eia laudes, eia laudes dicainus Ld,>ero.
336 POÉSIE RYTHMInUE [324-0. J
de cette sorte, auxquels même vient s'ajouter une nouvelle ligne comme refrain, laquelle a un caractère rythmique complètement irrégulier.
Le genre devers trochaïques dans lequel sont composés, et eux seulement, les deux poèmes rythmiques des deux Irlandais (1) est très remarquable : ce sont de longues lignes dont les hémistiches correspondent à un dimètre trochaïque catalectique (2). Ce rythme est, en effet, emprunté à la poésie irlandaise. Et de même que, dans cette dernière, les longues lignes riment deux à deux, en règle générale, ainsi riment-elles de la sorte dans le poème de Hibernicus exul (3). La rime des hémistiches à la place de celle des lignes se montre moins fréquemment dans la poésie irlandaise; nous trouvons ce genre de rimes, mais pour quelques vers isolés seulement, dans le poème de Sédulius (4).
Dans les deux poèmes de Gottschalk (o), nous trouvons également le rythme trochaïque; dans Tun, d'un bout à l'autre; dans l'autre^ en majeure partie. La base métrique pour le premier, 0 Dens misein, est le dimètre trochaïque. On peut voir, dans la remarque, le paradigme de la strophe de sept lignes; les deux premiers vers ainsi que le dernier se répètent dans toutes les strophes, et tous les vers, dans chacune des stro-
II ne me semble pas bien admissible d'adopter ici une autre manière d'expliquer ce vers par rapport à la césure, ainsi que l'admet Bartsch pour des vers latins semblables d'une époque postérieure, dans son intéressant travail : Ein keltisches Vermass im Provenzal. und Franzœs. (Zeitschr. f. rom. Philol. vol. II, p. 195 sq.); et cette manière de voir ne cadre déjà pas avec le V. 1 de la 3® strophe: « Iste gerit corpus inputribile. »