‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident;Chapitre 35 sur 263 · Poetae lat.y I · texte numérisé non relu

Poetae lat.y I

4. Communiqué par Paul lui-même dans soti Hist. Lawjoh.f I. II, c. 13; Poetae lat., I, p. 56.

ß2 PAL'L DIACRE [o2-o3.]

époux! » Elle partageait avec lui le sceptre qui dominait le monde : voilà pourquoi toutes les nations la pleurent maintenant. Les cœurs de bronze des guerriers sont touchés jusqu'aux larmes : on voit leurs pleurs rouler entre le bouclier et le glaive. Ce poème fut évidemment composé peu de temps après la mort d'Hi-ldegarde. La reine avait apparemment gagné le cœur de Paul.

Une autre épitaphe, composée plus tard en Italie et dédiée au duc Arichis, Tami et le protecteur de Paul, nous montre ce dont notre poète était capable, dès que son cœur était vivement impressionné (1). La part que Paul prend à la douleur de la veuve et qu'il rend en termes louchants donne à ce poème un caractère encore plus élégiaque. Il exalte, avant tout, la culture intellectuelle d'Arichis, les monuments qu'il a fait construire, principalement les murailles et les palais qu'il éleva pour servir d'ornement à la patrie : elles immortaliseront sa gloire (2). Ce furent précisément ces mêmes murailles qui, pendant la vie du comte, inspirèrent à Paul un poème (trentedeux hexamètres), dans lequel il célèbre la gloire d'Arichis également au point de vue de sa culture intellectuelle (3). Mais

\. On saurait d'autant moins douter de l'authenticité de cette épitaphe, qu'elle ressemble à celle qui est consacrée à Hildegarde; ici, comme là, on trouve, en effet, à la fin du distique, l'expression a Romuleusque Tibris ». Ce poème nous a été transmJs par le Chronicon Salernitamnn (I, 20 ; Puctae lot., I, p. 66). Ce n'est pas non plus sans motif qu'on attribue à Paul une épitaphe intéressante, au point de vue de l'histoire et de l'esthétique, et consacrée à la mère d'Adelperga, la reine Ansa. On peut la voir dansWaitz, Script, ver. lang., p. 191 et Poelaelat., I, p. 45. Cf. là-dessus, Dahn (p. 67 sq.).

-• Ornasti patriam doctrinis, moenibus altis;

Hinc in perpetuum laus tua seraper erit. et quelques vers plus loin :

IS'ec minus excelsis nuper quae condite mûris Structorem, orba, tuum, clare Salerne, gémis. '>. L«' jioème débute ainsi :

Aemula Romuleis consurgunt moenia templis, Ampla proeul fessis visenda per aeauora nantis, il y est dit d'Arichis, V. 15 sq. :

Omnia componens quem sic sapientia compsit, Hedderet ut variis satis artibus esse potentem, Quo merito Latiae dicatur gloria gentis Bardorum et culmcn...

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la musc de Paul a célébré aussi la « pieuse Adelperga. » Cela ressort du moins d'un poème, le plus ancien ouvrage que uotis ayons de lui [A principio, etc.), et qui, sous plusieurs poinis de vue, est très remarquable. D'après les renseignements qu'il nous fournit lui-même, il fut composé en 763; il nous donne, en effet, les piincipales époques de la chronologie universelle, d'une manière en partie tout ;i fait originale (1 ).

L'auteur procède comme si son poème était destiné à être appris par cœur dans l'école. II emploie le mètre populaire du tétramètre trocliaïque rythmique, mentionné plus haut, et que Paul mit également plus tard à profit. Douze strophes de trois lignes, forment, dans ce poème, l'acrostiche Adelperga pia. Cette épitaphe nous renseigne, en même temps, sur la position que Paul occupait, comme professeur, auprès de la duchesse.

On attribue encore, avec raison, à notre auteur un poème élégiaque qui n'est pas sans valeur : c'est un éloge du lac de Côme (2), en quinze distiques réciproques. Nous rencontrons ici, chose rare dans la première partie du moyen âge, un passage dans lequel le poète célèbre le printemps perpétuel^ le vert gazon, les « jardins riants » qui bordent le rivage avec leurs oliviers, grenadiers, myrthes, pêchers et citronniers. La fin aune teinte un peu spirituelle, qui rappelle le sermon^ quoi-

(Bardorum est pour Langobardorum). Le poème a été d'abord édité par Duemmler dans la Zeitsch. f. deutsch, alterth. N. F. IX, p. 471, et ensuite dans Poctae lat., I, p. 44. La concordance de pensée et d'expression avec le poème précédent ne permet pas de douter qu'ils ne soient dus tous deux à la même plume.

1. Ces époques sont : lo depuis la création du monde jusqu'au déluge, 2242 années; 2" du déluge à Abraham, 942 ans; 3° jusqu'à la loi de Moïse, 505 ans ; 4° jusqu'à la dédicace du temple par Salomon, 480 ans; ö'' jusqu'à la captivité de Babylone, 512 ans ; ô** jusqu'à la naissance de J.-C. 518 ans; 7° jusqu'à l'époque du poète, 763 ans. De ces sept époques, la première et la deuxième correspondent aux deux premiers âges du mond-e, la sixième et la septième aux deux derniers; le troisième Cige, par contre, va jusqu'à David, de sorte qu'il comprenait un peu plus que la troisième et la quatrième époques; le quatrièmeàge va jusqu'à la captivité de Babylone. Cf. vol. L p. 252 sq. Le poème se trouve dans Waitz, Praef., p. 13 sq., et dans le Poetae Int., I, p. 35.

2. Ordinr unde tuas, etc., publié par Duemmler, Zeitsch. f. deutsch. Alterth. XII, p. 451, dans H. Mueller, Sijmholae ad emendand. scrip. lat. Berlin, 1876, et dans lé Poetae lut., I, p. 42.

ßj. PAUL DIACRE [ü4-0ü.J

(,u'cll(.' lie manque pas de poésie : c'est quand le poète fait ses lomontrances au lac, en lui disant de se préserver de tout crime, de ne pas engloutir dans ses ondes tremblantes les embarcations avec les personnes qu'elles renferment et de

mériter ainsi l'éloge qu'il en fait.

Selon toute apparence, Paul a aussi composé trois fables, qui nous ont été transmises dans un codex collectif, mêlées aux poèmes autbentiqucs de l'auteur. Elles sont extrêmement intéressantes pour l'histoire de la fable, dont les acteurs sont des animaux; réunies aux fables crAlcuin (1), elles nous montrent comment on cultivait ce genre de poésie à la cour de Cbarles, car parmi les trois qui ont été composées par Paul, Tune d'elles semble lui être adressée directement (2). En elles se révèle, en même temps, le talent plein de charmes de l'auteur pour le récit, de même que les traits d'une ironie humoristique, qui lui était particulière. Ces trois fables, en effet, composées en distiques, sont admirables d'exécution, surtout pour cette époque. Dans l'une, intitulée De vitiilo et ciconia (3), on entend mugir le veau affamé, et la cigogne lui dit, pour le consoler, qu'elle a été sevrée elle-même depuis trois ans. <( Tes jambes montrent bien, en effet, de quoi tu te nourris, >• lui répond le veau en colère. Les acteurs de la deuxième fable sont la Goutte et la Puce. Toutes deux faisaient d'assez mauvaises affaires, tant que la première ne s'attaquait qu'au pauvre et la deuxième au riohe ; elles changent de rôle et s'en trouvent fort bien toutes deux. La troisième fable traite de la guérison (hi lion malade (4). Ce qu'elle a d'original, comparée à la fable

!. \'. |)lus haut, [). 3U,

2. C'est celle que nous donnons en dernier lieu; elle se termine ainsi :

Senulus ecce tuus depromit hos tibi versus, Fabula quid possit ista, require valens. Ces paroles confirment, à mon avis, que Paul est bien l'auteur de la fable.

3. Kdilée, avec la sui\anle, par Muellenlioiï dans la Zeitschr. f. deutsch. Allrrth. N. F. I, p. 319 sq. Toutes les quatre dans les Poetaelat., I, p. 44.

4. La lin de cette fable (à parlir <lu vers 41) lat publiée d'abord par Duemiiilcr dans la Zeltsch. f. deutsch. Altcrth. XII, p. 459, d'après le manuscrit de Saint-Gall, qui date du x« siècle, et dans lequel ne se trouv.. pas le commencement (les deux autres fables sont publiées aussi dai.res ce missel); Weiland donna le supplément dans la même revue

[oTj.] i'AlJLKS, l»OÈMi:S UKI.l'.iiaX (h)

d'Esope, c'est qu'ici J'ours accuse Je renard cl qu'il doit laisser sa peau au lieu du loup. Ensuite, vient un trait plein de saillie : le renard, portant sur le dos ])lusieurs chaussures déchirées, paraît devant le roi; il veut lui montrer par là qu'il a couru loin et longtemps pour pouvoir découvrir le médecin qui peut le soulager; or, ce médecin ne voit d'autre remède que la peau de Tours.

La poésie religieuse de Paul se trouve décidément hien au-dessous de sa poésie profane. Ce qui nous en reste est principalement consacré à saint Benoît. Ce sont d'ahord deux poèmes en son honneur, et Paul nous les communique luimême dans son histoire des Longobards (1. I, c. 26). L'un est une élégie de soixante-six distiques réciproques, dans laquelle le poète, s'appuyant sur les Dialogues de saint Grégoire (1), fait l'éloge panégyrique de la vie et des miracles du Saint; en règle générale (Paul le dit également lui-même) à chaque miracle estconsacré un distique (2). Les miracles ne sont donc énoncés que d'une manière générale et le poème en suppose la connaissance, sans laquelle il est souvent incompréhensible (3). Cette remarque s'applique également à l'autre poème, un hymne endimètres iambiques, composé pour le jour de la fête de saint Benoit, dont les miracles forment également la base. Il semblerait, de plus, que Paul soit l'auteur d'un poème, composé en l'honneur de sainte Scholastique, sœur de saint Benoit (4), laquelle avait fondé un couvent de femmes dans le voisinage du Mont-Cassin. Ce poème, dont le mètre est le même que celui de l'élégie à la gloire de saint Benoit, forme

N. F. II, p. 497 sq.) d'après un missel de Fulda, écrit au xv«^ siècle, lequel est maiiifesleinent une copie, quoique non immédiate peut-être, du manuscrit de Saint-Oull. Vov. sur celLe fable JMueilenholl', Zeilsch. f.d. A. X. F., VI, p. 3.

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