EGINHARD
dans son intérêt, mais encore dans l'intérêt de Femperonr qui cherchait à réunir auprès de lui les talents les plus remarquables. Une fois à la cour, Eginhard n'eut pas de peine à s'y faire remarquer par la diversité de ses dispositions; il possé-. dait, en effet, autant d'habileté technique que de sens et de penchant pour les belles-lettres, et, de plus, il sacrifiait aux muses (1). A ces qualités, s'ajoutaient un caractère des plus aimables et un extérieur agréable et modeste (2) : c'est ainsi que, malgré sa taille de nain, le jeune Franc ne tarda guère à se gagner l'amitié de tout le monde ; on n'en estima que plus, dans ce petit corps, le grand esprit qui l'animait, ainsi que nous le témoignent des poèmes d'Alcuin(3), de Théodulphe et de Walalifrid. Une étroite amitié l'unit aux fils de Charlemagne, et, avec le temps, il gagna si bien la confiance de l'empereur, qu'il devint son conseiller le plus intime dans les affaires d'État les plus importantes ; c'est lui qui se rendit auprès du pape, en 806, pour obtenir de lui la confirmation du testament de Charles touchant la division de l'empire^ comme c'est lui qui obtint, croit-on, que Louis fût associé au gouverment en 813. Il sut faire valoir surtout ses connaissances techniques, et spécialement ses connaissances d'architecte, qui lui méritèrent le nom académique de Beseleel, comme nous l'avons remarqué plus haut (p. 10) ; il les mit au service de l'empereur qui lui confia la haute direction des travaux publics. Eginhard fut d'abord un laïque et rien que cela; il étudia avec un zèle tout particulier la littérature profane et posséda une belle bibliothèque des classiques (4). Il se maria avec
i. V. le témoignage d'Alcuin, c. 228 :
Quid faciet Beleel Hiliacis doctus in odis,
et celui de Naso, dont nous avons déjà parlé, p. 77, rem. 2. Un passage de Théodulphe 1. III, c. 3 (v. 331 sq.) nous montre sûrement Eginhard « Beselel « parmi les poètes de la cour, quel que soit Je sens qu'on donne à ce passage d'après le contexte.
2. Voici ce qu'écrit Lupus, Ep. t : « ... Ita vehementer aestuanti (mihi) facilis et modesta et quae sanephUosophiamdeoet, animi vesiri natura imine rei obtinendae spem tribuit, »