Cf. Simson, Jahrb. d. frœnh. lickhs, II, p. 256 et
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cet enthousiasme lui avait fait donner le surnom de « moine » par plusieurs de ses contemporains. Louis était un « chasseur devant le Seigneur. » Il était loin d'être dévot : doué d'une constitution robuste, il était également très exercé dans le maniement des armes et fort habile tireur.
Quoique Louis eût des goûts mondains et qu'il ne fut pas ennemi do l'amour des femmes^ il n'en est pas moins vrai de dire que, après la mort de Charlemagne, la littérature perdit la protection royale; avec elle s'éteignit le sentiment puissant qu'on avait eu pour les belles-lettres, dans le monde des laïques, spécialement parmi la noblesse qui s'était fait une gloire d'imiter en cela le grand empereur. C'est même à cette circonstance que la littérature devait en bonne partie son caractère mondain.
A cela, il est vrai, il fallait ajouter l'impression de la puissante personnalité de Charlemagne, dont les actions d'éclat éclipsaient celles de plusieurs Saints : le nouvel empereur n'était point un héros de la taille de son père; ni son individualité, ni ses actions n'étaient à même d'inspirer les muses; ceux qui le chantèrent, le firent dans un but égoïste. Louis était tout juste l'opposé de Charles : autant celui-ci avait de force, autant celui-là avait de faiblesse de caractère; sans être à même de juger avec sûreté les hommes et les choses, il dépendait des 'personnes de son entourage, se laissait déterminer par leurs conseils et s'abandonnait à leur direction d'autant plus volontiers que, ayant conscience du peu d'aptitude qu'il avait lui-même pour les affaires d'Etat, il les abandonnait à d'autres. Son sentiment clérical lui fit complètement oublier sa dignité royale dans des circonstances critiques, comme le montra l'humiliation de Compiègne, où ses ennemis lui imposèrent une pénitence publique, alors même qu'il possédait encore assez d'ambition pour résister aux conseils qu'ils lui donnaient d'embrasser la vie monastique. Le partage impolitique de l'Empire entre ses fils, en 817; l'élévation de Lothaire, qu'il associa au gouvernement; son second mariage, plus impolitique encore, qui, après la naissance d'un quatrième fils (823), amena un nouveau partage : tout cela eut pour résultat la révolte des fils du premier mariage contre le
père, comme aussi, après la mort de Louis (840), les guerres civiles qui durèrent si longtemps, parce qu'elles renaissaient sans cesse. Les exploits de l'empereur Louis ne pouvaient donc qu'inspirer des élégies.
Quoique les fils de Louis le Débonnaire aient encore une éducation savante, égale à celle de leur père, il n'en est pas moins vrai que, même chez eux, en faisant peut-être une exception pour Pépin, mort du reste avant son père, c'est le côté théologique qui domine leurs intérêts littéraires. Clemens a bien dédié un livre sur la grammaire à son jeune élève Lothaire; mais nous ne voyons paraître, sur son désir formel, que des ouvrages théologiques, notamment des commentaires allégoriques de la Bible, tels que ceux que Raban composa pour lui, ainsi que nous le constaterons plus loin. Louis le Germanique, avec qui Raban a encore des rapports littéraires très multiples^ offre des vues plus générales, tout en ayant, lui aussi, pour point de départ l'intérêt théologique. L'explication allégorique de la Bible était tout aussi chère à son cœur, mais il voulut posséder aussi le grand ouvrage encyolopédique de Raban, quoique ce livre fût également consacré au même but. Ce qu'il y a de plus important, c'est de voir Louis accorder sa bienveillance à la poésie dans la langue nationale, quoique cette bienveillance n'atteignît que la poésie religieuse. Mais, avec Charles le Chauve, fils de la spirituelle Judith et élève de ^N'alahfrid, les études théologiques prennent déjà une direction spéculative : non seulement il s'intéressait aux questions dogmatiques les plus importantes, écoutant même avec une rare tolérance les opinions diamétralement opposées, mais il mit encore à la tète de son école de la cour le plus célèbre philosophe du commencement du moyen âge, Johannes Scotus Erigena, avec lequel il entretint des relations d'une étroite amitié. Un des panégyristes de Charles, Heiric (dont nous étudierons plus tard, en détail, la poésie), dit de ce monarque qu'il appela auprès de lui d'excellents maîtres de la science, et qu'il les fit venir de tous les lieux où ils se trouvaient, même de la Grèce; c'est de l'Irlande toutefois, ajoute-t-il, que, bravant la mer, accoururent un grand nombre de « philosophes »,
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pour se metlrc au service du sage Salomon. C'est ainsi que son château impérial prit, à bon droit, le nom (ïécnle (1).
Daus l'empire franc de l'Ouest, par contre, les études grammaticales ne produisirent pas de fruits aussi remarquables qu'en Allemagne. Ici, l'école impériale n'avait pas non plus, il est vrai, cessé d'exister, mais elle n'avait plus la môme importance générale et scientifique qu'autrefois, quoiqu'elle comptât, pendant quelque temps, au nombre de ses maîtres, un savant aussi célèbre que l'était l'archichapelain Grimald. En Allemagne, comme en Lorraine, la culture littéraire se rattachait bien plutôt et d'une manière absolue à l'école du cloître, et cette dernière dut prendre une nouvelle extension dans l'empire tout entier, à la suite de la réforme monastique, basée sur le règne exclusif de la règle de saint Benoit : Louis le Débonnaire avait soulevé cette réforme à la diète d'Aix-la-Chapelle. On décida alors, entre autres choses, dans un capitulaire supplémentaire de cette règle, que les élèves qui se destinaient à la vie monastique seraient seuls élevés dans le monastère (2) ; ceux par conséquent qui voulaient être prêtres séculiers ou qui voulaient rester dans l'état laïque devaient vivre séparés des autres et recevoir l'enseignement en dehors du cloître proprement dit : c'est ainsi que, à partir de cette époque, on distingua les écoles internes et les écoles externes. Mais quelques écoles monastiques parvinrent seules, grâce à des maîtres distingués, à un état prospère^ et elles se trouvent principalement sur le territoire allemand. Dans ces dernières, vers les pre-
1. Heiricdit à Charles le Chauve lui-même, dans la dédicace qu'il lui fait de sa Vie de S Germain: «... Id vobis singulare Studium cffecistis, ut sicubi terrarum magistri florerent artium, quarum principalem operam philosophia pollicetur, hos ad publicam eruditionem undecumque vestra celsitudo conduceret, comitas attraheret, dapsiliLas provocaret. Luget hoc Graecia, novis invidiae aculeis lacessita, quam sui quondam incolae jamdudum cum Asianis opibus aspernantui-, vestra potius nagnanimitate delactati, studiis allecti, iiberalitate confisi : dolet, inquam, se olim singulariter mirabilem ac mirabiliter singularem amis destitui, dolet certe sua illa privilégia (quod numquam hactenus verita est) ad climata nostra transferri. Quid Hiberniam. memorem, contempto pelagi discrimine, pêne totam cum grege philosophorum ad littora nostra migrantem )>, etc.
2. Capitula Monachorinriy c. 45 : u Utscola in monasterio non habeatur nisi eorum qui oblati sunt. » Monum. German, histor. Loges, I, p. 202,
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miers temps surtout, les études gTammaticales obtiennent plus de succès qu'en France.
Les guerres civiles, cela va sans dire, devaient exercer une influence funeste sur la culture littéraire, d'autant plus que le haut clergé, évèques et moines, y prenait une part très active, soit par la parole, soit par le glaive. Mais enfin ces guerres eurent au moins un résultat final avantageux : elles séparèrent, et d'une manière en grande partie décisive, l'élément populaire allemand de l'élément populaire roman, pour constituer des Etats indépendants. Par rapport à l'activité littéraire elle-même, on peut reconnaître en même temps la différence essentielle qui existe entre l'empire franc de l'est et celui de l'ouest : en Allemagne, ce sont les études grammaticales et généralement scientifiques qui dominent, et, dans le domaine de la théologie, c'est l'explication de la Bible qui occupe la première place; c'est là également qu'à la suite des études nommées en premier lieu, on voit s'accentuer un mouvement poétique bien plus riche, tandis qu'en France, ce sont le dogme et la philosophie, en sorte que ce pays se prépare déjà à devenir l'asile principal de la spéculation au moyen âge(l).
1. V. pour l'histoire et principalement pour l'histoire de la civilisation de cette période en général : Simson, Jahrhùchcr des frsenkischen Reichs unter Ludwig dem Frommen., 2 vol., Leipzig, 1874-16 ; — Dümmler, Geschichte des ostfränkischen Reichs, 2 vol. Leipzig, 1862-65.