‹ Histoire générale de la musique religieuseChapitre 24 sur 122 · PREMIÈRE SÉQUENCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SÉQUENCE

CoDgaudent angelonun chori gloriose Virgini

Qoae sine commixtione genuit filium qui suo mundum cruore médical.

Nam ipsa letatur que cœli jam conspicatur Principcm

In terris cui quondam sugendas virgo mammilias prxbuit.

Quam celebris angelis Maria mater Jesu creditur.

ÏO HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MCSIQIE RELIGIEt'SE.

Qui filii iilins debilos se cognoscunt famulos.

Qua gloria io cœlis isla Tiff o colitur.

Qnx domino cœli prxbuit hospiiium sui sanciissimi corporis.

Qnam splendida polo siella maris ruiilat,

Qnse omnium lumen atirorum eihominum alque spiiituum genuil.

Te cceli regina bxc plebecula piis coiicelebrat menlibus.

Te caniu melodo super xlhera una cum augelis elcTat.

Te Ubri Tii^o concinunt propbetarum, chorus jubilât

Sacerdotum, aposloli Chrislique marljres prxdicant.

Te plebis sexus sequilur ulriusque vitam dillgens

Virginalem cœlicolas in caslimonia emulaos.

Ecclesia eifo cnncta te cordibus teque carmlnibus veneraos.

Tibi suam manifestât devottonem precalu te supplici implorans Hari

Ut sibi anxilium circa Dominuin esse digneris per xvum.

Cette Séqueûce est uae des plus anciennes qu'on ait composée en l'honneur de la sainte Vierge.

DEUXIÈME SËUUENCe.

Salve Mater Salvaloris, Vas electum, vas bonoi'is.

Vas cœlestis graiia: ; Ab xterno vas provisum, Vas iDgJgne, vas exdsum Manu âapieniiie.

SalreVerbi sacra parens, Plos de spinis, spina careiis, Plos, spineli gloria.

Nos spinetum, nos peccaii Spina sumiis cruentali, Sed lu spioie nescia.

Porta clausa, fons borlorun, Cella custos unguenioruni.

Cella pigmentariï :

Cinnamomi calamum, li)Trham, Tlius, et l)alsaniuiii Saperas fragrantia.

Stive, decus VirgiQum , Hediatrix hominuui , Salutis puerpera ; Hjrtus temperanli^' Roaa patienlix Nardus odorirera.

Tu coDvallis buniilîs.

Terra rore arabilis, Quac fructum parturiit.

Floscampi, convalliura Singutare lillum, Ctiristusex te prodiit.

Tu cœlestis paradisos, Liban usque non Incisus, Vaporans dulcedinem ;.

Tu candoria et decoris.

Tu dulcoriset odori); Habes plenitudiuem.

TulbiMousesSalomoDis, Cui nullus par in tbroDis Arle vel maleria :

Ebur candens caslitatis, Aurum Tulvum charitalJs Prœsignant mysleria.

Palmam prxfers singularcm, Nec in terris habes pareni , Nec in cœll curil ; Laus bumani geoeris, Virlutum prae CKleris Kabens priiilegia.

ORAMES LITVRGIQIES DANS LE8 EGLISES. 267

Sol lunà lucidior, Saper omnes ordinaris

Etlanà sideribus; ' Ordines coelestium.

Sic Maria dignior Creaiuris omnibus. la supremo sita poli,

Nos assigna tus proli :

Lux eclipsin nesciens, Ne terrores sive doli

Virginis est castitas, Nos supplantent hostiuni .

Ardor indeflciens.

Immortalis cbaritas. In procinctu constituti,

Te tuente simas tuli, Sahe, Mater pietatis, . Pervicacis et versuti ,

Et totias Trinitatis Taae cedat ^is virtuti,

Nobile triclinium : Dolus provideatiae. ^

Verbi tanien incamati

Spéciale Miù^stati Jesa, Verbum summi Patris,

Prseparans hospitium. Serva serves tuae ma tris,

Solve reos, salva gratis, 0 Maria Stella maris , Et nos tuae claritatis

Dignitate singularis , Coofigura gloriae.

Cette Séquence est à notre avis une des plus belles qui soient sorties de la plume d'Adam de Saint-Victor. Le poôte y a transporté plusieurs des images gracieuses du Cantique des Cantiques. Les formes des strophes sont variées et la rime ne semble causer à Fauteur aucun embarras. Le sens est partout clair et complet. On n'apprécie pas assez la savante disposition de ces vers et les heureuses combinaisonsdu rhythme. Nousappelons Fattention du lecteur sur ce point et à cet effet nous allons donner une courte description de cette Séquence. Les deux premières strophes ainsi que les sixième, septième et onzième renferment six vers qui ont huit syllabes quand la pénultième est longue, et qui n'ont que sept syllabes quand la pénultième est brève. Le premier et le deuxième^ le quatrième et le cinquième vers de chaque strophe riment toujours deux à deux et le poôte leur donne tantôt huit, tantôt sept syllabes, soit pour varier le rhythme, soit pour le mettre en harmonie avec le mouvement de la pensée. Dans la troisième et dans la huitième strophe les deux premiers vers ont huit syllabes et riment entre eux ; les quatre derniers n'ont plus que sept syllabes. Tous les vers des strophes quatrième et cinquième offrent sept syllabes. Les strophes neuvième et dixième ont quatre vers de sept syllabes et sont liées par des rimes croisées. Dans les strophes

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onzième et douzième les trois premiers vers ont huit syllabes et riment ensemble ; le quatrième vers n'a que sept syllabes et est lié par la rime au quatrième vers de la strophe correspondante. Enfin les deux dernières strophes se composent de cinq vers. Les quatre premiers riment ensemble. Ils ont huit syllabes et la pénultième longue, le cinquième vers a sept syllabes et la pénultième brève. Il rime avec le cinquième vers de la strophe correspondante.

On nous permettra de reproduire ici l'appréciation générale que l'étude des œuvres d'Adam de Saint-Victor nous a suggérée et que lAus avons publiée dans nos Carmina e poetis christianis excerpta^ ainsi qu'une traduction de cette Séquence : ab unà disce omnes.

«Les Séquences d'Adam de SaintVictor sont des poèmes complets qui embrassent la vie entière d'un personnage, ou qui nous font connaître dans tous ses développements chacun des principaux dogmes du christianisme. On y trouve l'explication delà plupart des figures de l'Ancien et du Nouveau Testament et leur lecture est très-utile à qui veut acquérir l'intelligedce des saintes Écritures. Chacune d'elles est un chef-d'œuvre de lyrisme où la perfection de la forme est jointe à la sublimité du fond : richesse et harmonie des rimes, variété du rhythme, élégance et précision du style, délicatesse et choix des expressions, heureuse application des figures de l'Écriture sainte, beauté des comparaisons, noblesse et profondeur des pensées, chaleur des sentiments^ mouvements poétiques d'une force singulière, sublimes élans d'enthousiasme qui ne partent que de l'àme d'un véritable poëte : telles sont les qualités qui les placent au rang des productions les plus étonnantes de l'esprit humain. En terminant cette appréciation des poésies du religieux de Saint-Victor, nous appelons l'attention sur leur forme éminemment musicale. On verra que le rhythme en est bien prononcé, et qu'il a dû avoir la plus grande influence sur la poésie française et particulièremeet sur la perfection successive de la rime. »

SÉQUENCE rOUR L'ASSOMPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE.

Je TOUS salue, Mère du Sauveur, Vase d'élection, Vase dlionneur. Vase rempli de la grâce céleste, Vase prédestiné de toute éternité, Vtse insigne, Vase ciselé par U main de la Sagesse.

Je TOUS salue, saiote Mère du Verbe, Fleur sortie des épines, Fleur sans épines. Gloire du buisson. Nous sommes ensanglantés par les épines du péché; mais vous, vous n'avez connu aucune épine.

Porte close, Fontaine des jardins. Coffre dépositaire des parfums et des aromates, votre suave odeur surpasse celle du bois de cinnamome, de la myrrhe, de Tencens et du baume.

Je vous salue, Honneur des Vierges, Médiatrice des humains , qui avez enfanté leur salut; vous êtes le myrthe de la continence, la Rose de la douceur, le nard odorifiant.

Vous êtes rhumble vallée , uue terre que le soc de la charrue n'a pas sillonnée et qui a produit un fruit divin, c'est de vous qu'est sorti le Christ.

Vous êtes un verger céleste, l'Arbre d'encens dont l'écorce n'a point été enlevée et qui exhale néanmoins sa suave odeur ; vous êtes toute blanche et toute belle, vo êtes toute pleine de douceur et de parfums.

Vous êtes le trône de Salomon, qu'aucun trône n'égale soit pour l'art, soit pour la matière ; l'ivoire, dont la blancheur est le symbole de la chasteté ; l'or, dont l'éclat est l'emblème des mystères de la charité.

Vous portez une palme incomparable ; vous n'avez d'égale ni sur la terre, ni dans la cour céleste ; Gloire du genre humain, vous i)ossédez plus que toutes les autres créatures le privilège des vertus.

Le soleil est plus brillant que la lune, et la lune que les étoiles; de même la dignité de Marie surpasse celle de toutes les créatures.

La chasteté de la Vierge est une lumière qui ne connaît pas d'éclipsé ; son immortelle charité est un feu qui ne s'éteint jamais.

Je vous salue. Mère de miséricorde; les Trois personnes divines se reposent dignement en vous, et cependant vous avez préparé une demeure spéciale h la Majesté du Verbe incarné.

0 Marie ! Étoile delà mer, vous occupez, par votre ineffable dignité, une place, audessus de toutes celles qu'occupent les habitants des cieux.

Du haut du ciel oii vous êtes assise, désignez-nous à votre Fils, de peur que nous ne soyons renversés par les erreurs et la ruse de nos ennemis.

Préparés k la lutte, nous n'avons rien k craindre si vous nous protégez. Que les efforts d*un ennemi audacieux et rusé viennent se briser contre votre puissance ; que votre prévoyance déjoue sa fourberie.

0 Jésus, Verbe du souverain Père, préservez du mal les serviteurs de votre Mère, purifiez les pécheurs de leurs iniquités, sauvez-nous sans que nous l'ayons mérité, et préparez nos Simes à jouir de votre clarté glorieuse.

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