‹ Histoire générale de la musique religieuseChapitre 36 sur 122 · DEUXIÈME SÉQUENCE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME SÉQUENCE

Verbam boDum et suave Ave, solem genuisti,

Personemus illud ave Ave, proies protulisti,

Per quod Christi fit conclave Mundo lapso contulisti

Virgo, mater, filia. Vilam et imperium.

Per quod ave salutata Ave, sponsa Verbi summi ,

Mox coDcepît fecundata Maris portus, signum dumî,

Virgo David stirpe nata , Aromatum virga fumi ,

Inter spinas lilia. Angelorum domîDa.

Ave vert Salomonis Supplicamus, dos emenda,

Mater , vellus Gedeonis, Emendalos nos commenda

Cujus magi tribus donis Tuo nato ad babenda

Laudant puerperium. Sempiterna gaudia.

Les liturgistes ont souvent commenté la Salutation angéliqueet le moment où l'ange Gabriel prononça le mot <( Âve, » est considéré par eux comme la date mémorable de la délivrance de l'humanité. Aussi, pour la rapprocher de celle de la déchéance, ont-ils vu dans « Ave » le nom retourné « d'Eva, » dont la faute commise

dans le Paradis terrestre n^a été effacée que dans la chambre virginale de Nazareth. Beaucoup d'esprits qui se disent délicats blâment, au nom des règles du goût, ces rapprochements gracieux et instructifs, et ce qui prouve la légèreté de leurs jugements, c'est qu'ils admirent des prières qu'ils chantent eux-mêmes dans nos Églises, et dans lesquelles ils ne se sont jamais avisés de remarquer cette comparaison des mots « Ave » et « Eva, » pas plus qu'une foule d'autres choses qui de.viennent tour à tour l'objet de leur admiration et de leurs dédains. Ainsi « l'Ave, maris stella » qui a inspiré tant d'artistes, qui a consolé tant de douleurs, rasséréné tant de fronts, rendu la paix et le calme à tant d'àmes orageuses, cette prière qui est autorisée par un si long usage, offre dans la seconde strophe une particularité dont peu de personnes comprennent le sens :

Sumens iUud ave Gabrielis ore, Funda nos in pace , Mutans nomen Evœ.

Nous nous sommes demandé souvent pourquoi on avait interverti dans les livres modernes le dernier vers de cette strophe. En chantant « Mutans Evae nomen » on détruit l'effet de la rime et on se met en désaccord avec la version des manuscrits et des premiers livres imprimés. Nous n'osons croire qu'on ait cherché par cçtte inversion, à rendre moins sensible le rapprochement ou plutôt l'antithèse des deux mots. S'il en était ainsi, ou aurait réussi & moitié; car nous nous sommes assuré que peu de personnes mettent leur attention à comprendre ce vers, et nous ne connaissons pas une traduction qui n'esquive la difficulté et ne se dérobe à la faveur de l'obscurité du texte.

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