DEUXIÈME PARTIE
Un orchestre nombreux et un chœur composé de voix dliommes et de femmes, eiéctttent dans Tintérienr d'une église une Messe en musique. Un dilettante, renversé sur sa chaise, semble plongé dans une sorte de ravissement extatique. A côté de lui, agenouillé, un fidèle lit avec recueillement dans un petit livre de prières quil tient à la main. Bientôt le dilettante, ne pouvant retenir son admiration, exprime en ces termes les sentiments qu'il éprouve.
LE DILETTANTE
Quelle musique délirante ! Quels accords ravissants ! Voilà un point d*orgue bien tourné! La mélodie passe à^ut en sol^ bien réussi! Que cette modulation en mi bémol est heureusement amenée ! Ah ! voilà une ritournelle de hautbois qui est d'un bon effet! Tous les instruments répètent le motif principal , admirable I Quel ensemble merveilleux ! Bravo, bravissimo ! [Il s" adresse au fidèle.) Comment, mon cher voisin, vous ne dites rien, vous n'êtes pas comme moi transporté, ravi? [Le fidèle ne répond rien.) Mais parlez donc. Et cette phrase? et le duo de soprano et de contralto, comme il est bien rendu ! [Avec un geste de mépris.) Le profane ! il n'entend que la Messe.
LE FIDÈLE
Mon ami, je ne partage nullement votre admiration. La sainteté du lieu où nous sommes ne me permet pas de vous en donner
ici les motifs. La Messe va être terminée^ nous sortirons ensemble, et, si vous le voulez bien^ nous nous entretiendrons, chemin faisant, de cette musique qui agit sur nous d une manière si différente.
LE DILETTANTE
A la bonne heure I Je voudrais bien savoir ce que vous trouverez & critiquer dans une œuvre de cette importance. (// reprend son attitude.) Ah! les dernières notes de Tandante se perdent dans un decrescendo; c'est distingué. Beethoven n'eut pas fait mieux. [V orgue se fait entendre.) Quel bel instrument ! Les jeux d'anches jouent une fanfare brillante. C'est une sortie belliqueuse et qui vous met en belle humeur. (// sort de F église en fredonnant.) Cette Messe m'a laissé d'heureux souvenirs. Quelle richesse de motifs! Et celui-ci encore : (// chante.) A propos, où donc est mon insensible voisin? Il faut convenir qu'il y a des gens bien pauvrement organisés. Ah ! vous voilà. Je suis tellement poursuivi par cette admirable musique que j'ai failli oublier nos conventions. Je ne vous cacherai pas que votre impassibilité pendant l'audition de ce chef-d'œuvre m'a surpris et presque affligé.
LE FIDÈLE
Je n'ai été ni indifférent, ni impassible, pendant la Messe à laquelle nous avons assisté l'un et l'autre. Mes émotions ont même été plus vives, je crois, que les vôtres, mon cher ami; seulement elles étaient d'une autre nature, et mon àme était dominée par d'autres pensées que celles qui captivaient la vôtre.
LE DILETTANTE
Allons donc, je sais ce que vous allez mé dire. Vous allez me parler de sentiment religieux, de l'élévation de l'àme vers Dieu. Moi aussi, je suis religieux, et très-religieux; c'est justement pour cette raison que j'admire ce chef-d'œuvre de musique qui m'a enivré, exalté et ravi »u troisième ciel. Est^l possible en Ten-