‹ Histoire générale de la musique religieuseChapitre 56 sur 122 · LA MUSIQUE ET LE PLAIN-CHANT · texte numérisé non relu

LA MUSIQUE ET LE PLAIN-CHANT

tendant de ne pas se sentir porté vers Tinfini et de ne pas comprendre la grandeur et la sublimité de la religion.

LE FIDÈLE

Soit dit sans vous offenser, mon cher ami, ce ne sont pas les sentiments que vous avez exprimés tout à Theure. Je ne vous ai entendu parler que de la qualité des voix, des modulations de la musique, de la supériorité de Texécution , et de tout cela en homme de goût et en fin connaisseur, comme vous l'eussiez fait au théâtre ou dans une salle de concert. Vous vous dites fort religieux, et je le crois; mais qu'en tendez- vous donc par la religion? Est-ce seulement un sentiment vague de l'infini, sans formes arrêtées, sans but et sans objet, ou plutôt un ensemble de vérités qu'il faut croire, de dogmes clairement définis, de vertus que nous devons pratiquer tout le cours de notre vie, le catholicisme enfin?

LE DILETTANTE

Je suis né catholique comme vous, et je mourrai, je Tespère^ catholique. Hais la religion n'est pas, & ce qu'il me semble, l'ennemie des beaux-arts, de la belle musique, des riches modulations, d'une orchestration pleine de beaux effets. Assurément les ^ns qui entrent dans l'oreille ne peuvent pas souiller l'àme.

LE FIDÈLE

Un moment, s'il vous plaît ; un si beau feu peut vous mener fort loin. Puisque vous êtes catholique, vous admettez comme bon et juste ce qu'a fait l'Église, sa liturgie, c'est-à-dire la formule de ses prières et la forme musicale qu'elle y a adaptée. Or, cette forme musicale^ c'est le plain-chant. Je ne vois pas ce que cette Messe en musique, objet de votre admiration, a eu de commun avec la liturgie et le plain-chant.

LE DILETTANTE

Le plaisi-chant ! Vous en êtes là, mon cher ! Mais votre montre

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est de deux ou trois siècles en retard; elle marque les heures de l'ignorance et de la barbarie du nioyen-&ge. Le plain-chantt mais il fait dormir debout : y a-t-il au monde une musique plus lourde, plus soporifique, plus pauvre, plus dépourvue d'effets? Elle est d'une monotonie désolante. Après tout, c'est une affaire de goût. A mon sens, le plus grand mérite de cette Messe est de n'être pas du plain-chant.

LE FmÈLE.

Laissons un instant le plain-chant de c6té. Je saurai bien vous y ramener tout à l'heure. Hais la liturgie, qu^en faites-vous?

LE DILETTANTE

La liturgie, pour avoir été mise en musique, en existe-elle moins? Cette Messe se compose d'un Kyrie, d'un Gloria in excelsis, d'un Credo, d'un Offertoire, d'un O Salutaris pour l'élévation, d'un Sanctus et d'un Agnus Dei. Chaque morceau a été composé et exécuté avec le sentiment et l'expression qui lui conviennent. Les phrases mélodiques et l'harmonie ont été tour à to^r douces, terribles, gracieuses, dramatiques, véhémentes, calmes, entraînantes et belliqueuses. Que voulex-vous de plus?

LE FIDÈLE

Elles peuvent être tout cela dans la pensée des musiciens, mais cela ne suffit pas. Les sons, en dehors des paroles du texte sacré, peuvent exprimer la douceur et l'énergie, la tendresse et la haine, sans pour cela indiquer à qui et à quoi s'appliquent ces sentiments. En musique, la mère parle à sa fille sur le même ton que l'amant & sa maltresse; Œdipe & Colonne chante en mt bémol aussi légitimement que Hotse et Charles VI. Hais l'Église n'a jamais introduit dans les livres de chœur qui sont à son usage un seul son qui n'eut une syllabe corresponrlante, afin que toute manifestation de la prière eût an objet déterminé, ua sens positif.

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