‹ Histoire générale de la philosophieChapitre 39 sur 143 · Plus haut, p · texte numérisé non relu

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nécessaires et immuables. Sans l’Idée du bien, par exemple, nous» ne pouvons déterminer si telle ou telle action est bonne ou mauvaise, et l’Idée du bien n’est pas notre ouvrage : nous pouvons nous élever jusqu’à elle, nous n’en sommes ni le principe ni la mesure.

Voilà donc les Idées qui, d’un côté, sont dans la raison humaine comme ses objets, et qui, de l’autre, sont essentiellement indépendantes delà raison même qui les conçoit. Et il ne faut pas croire qu’en cet état Platon leur donne une existence propre et réelle' ; quand elles ne sont pas de pures conceptions de la raison humaine, Platon en fait les formes générales et permanentes des choses, les lois du mon le, et en dernière analyse il les place dans la raison divine : c’est là qu’elles existent substantiellement. Comme notre raison n’est qu’un reflet de la raison de Dieu, ainsi les Idées en nous ne sont que des reflets des Idées prises en elles-mêmes, lesquelles sont 1rs types de toutes choses, types éternels comme le Dieu qu’ils manifestent.

En apparaissant soit dans la raison de l’homme comme conceptions générales, soit dans la nature comme lois ou formes générales, en se mêlant avec les chos?s ou avec les notions particulières, les Idées ne sont plus que des copit s d’elles-mêmes ; mais de ces copies on peut remonter à leurs modèles incorruptibles. 11 y a du divin dans le monde et dans l’entende-

1. Sur ce point fondamental, voyez notre livre : Do Vnai, nu Beau et no Bien, leç. IV, p. 70 et suiv. N’oublions pas aussi que telle a toujours été l’unanime tradition de l’école platonicienne. Voyez le III* livre du Commenta're de Produs sur le Paim&nide, où la question est régulièrement agitée et nettement résolue comme nous l’avons fait nousmême.

ment, à savoir, l’élément général et un, xô xaeôXoo, xô fv, mélé à l’infinie variété des phénomènes particuliers et sensibles, xi m>XXi, xô âîtdp&v. Au lieu de s’enfoncer et de se perdre dans l’étude de cette diversité infinie, il faut y rechercher et y saisir les traces des Idées qui seules contiennent l’ordre, l’harmonie. Or, on ne le peut qu’en séparant du sensible et du variable les Idées qui y sont infuses pour s’y attacher comme à ce qui est véritablement, xô 5vxu« ôv, tandis que tout ce qui est particulier n’est qu’un phénomène toujours changeant, une pure apparence, un être fort semblable au non être, Jv.

Le procédé par lequel on sépare l'Idée de l’objet particulier qui l’enveloppe, c’est l’abstraction. L’abstraction est l’instrument de la dialectique platonicienne ; celle-ci part de l’idée la plus humble pour parcourir successivement la-hiérarchie des Idées, et de degré en degré parvenir à leur suprême principe, que l’esprit alors aperçoit d’une intuition sublime dont la dialectique était la préparation nécessaire. Ce premier principe devant lequel la dialectique s’arrête parce qu’au delà il n’y a plus rien à chercher, c'est l’Idée du bien, le bien en soi, le bien efficace et tout-puissant, car l'Idée est cause et cause finale, en sorte que le bien est l’essence même de Dieu. Telle est la théodicée de Platon, fille de sa psychologie et de sa dialectique.

Saisissez-en le trait caractéristique. Oui, Platon met le bien au-dessus de l’être, mais cela ne veut pas dire que le bien n’a pas d’existence et n’est qu’une Idée; cela veut dire que le bien domine l’étre lui-même, et que sans lui l’être n’aurait ni sa raison d’être ni sa loi. Dieu alors n'est plus seulement une pure intelligence,

c’est une intelligence qui repose sur le bien. 11 a fait le monde en vue du bien ; il est sorti de lui-même par l’effusion de sa bonté et dans une fin bienfaisante. < Disons la cause qui a porté le suprême ordonnateur à produire et à composer cet univers : il était bon*. » Ainsi l’intelligence divine elle-même est comme pénétrée par la bonté et par l’amour : voilà la pleine et achevée conception de la Providence.

La théorie des Idées est toutensemble le fondement, le faite et le centre de la philosophie de Platon* : tout en dérive et tout y conduit; c’est de là que vient son goût décidé pour les mathématiques.

Il avait écrit sur la porte de son école : Nul n’entre ici qui n’est géomètre. Vous concevez, en effet, combien l’habitude de ne considérer dans les quantités et les grandeurs que leurs propriétés essentielles, était une préparation heureuse à la dialectique platonicienne. Lui-même était pour son temps un géomètre excellent, et c’est, dit-on*, à lui et à ses disciples immédiats qu’on doit rapporter les sections coniques et les lieux géométriques.

Il avait.aussi la passion de l'astronomie *. Si le Timée ne va pas au delà de l’opinion vulgaire de l’immobi-

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