Morale à Sicomaque, II
é. Aristote semble lui-même l'avoir senti, comme le fait voirie passage suivant de cette même Morale à Nicomaque, II, 6, jj 17 : « Voilà pourquoi la vertu, prise dans son essence et dans sa définition caractéristique, doit être considérée comme un milieu ; mais relativement à la perfection et au bien, c'est un extrême, un sommet. • diè xaxà |ùv •rt|» xai xèv àoyov tov xi 4» eivai Xéyovxa ptaorn; IutIy f) àptxrç,
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décrit les formes de tous ces gouvernements, et sans incliner ni vers l’un ni vers l’autre, avec l’impassible sang-froid qui le caractérise, il les avait rappelés à leurs lois les plus générales. C’était une sorte d Esprit des Lois. Cet écrit a péri* ; mais, grâce à Dieu, il a passé en partie dans le grand ouvrage politique qui nous reste d’Aristote. Cet ouvrage est un des plus beaux monuments de l’antiquité ; il est profondément historique, et il contient aussi une théorie. Cette théorie est l'utilité. Ce principe a certes sa vérité, mais il n’est pas toute la vérité. Le principe de la politique comme de la morale est la justice. Aristote n'a garde de le méconnaître ; mais le défaut de sa morale se retrouve dans sa politique. Elle ne pouvait pas ne pas se ressentir de la conception empirique de la vertu considérée comme une moyenne entre des contraires. A ce point de vue, la justice devait paraître, dans la complexité des relations sociales et dans le conflit des intérêts divers, bien moins la règle souveraine de 1 État qu un compromis conseillé par la raison. Aussi Aristote a-t-il été surtout frappé de ce côté pratique de la justice, et cette préoccupation l’a plus d’une fois égaré. La justice sans doute est toujours utile, et la réciproque est généralement vraie ; mais en intervertissant les rôles, en prenant l’utilité pour principe au lieu de Injustice, la pis petite erreur sur l’utile, l'utile si difficile à discerner, précipite dans bien des injustices. Par exemple, Aristote rencontre sur son chemin la grande question de l’antiquité, celle de l’esclavage, et il la résout
1. Diog., V, S. Voyei U collectio qu’a donnée Neumann de fragmenta qui en subsistent, Heidelberg. 1827.
en faveur de l’esclavage. Il y aura donc des hommes destinés à la servitude, d’autres à la liberté; les uns doivent commander, les autres obéir, et cela pour leur plus grand bien : Aristote le dit expressément1 * * 4 5. Il va jusqu’à réclamer quelquefois la tyrannie, toujours dans l'intérêt général. Assurément il est des cas où il faut savoir remettre temporairement le pouvoir entre les mains d’un homme de génie, et un despotisme éclairé a sa place dans l’économie des sociétés humaines ; mais, selon Aristote, il y a des mortels qui sont rois de droit naturel *, théorie qui se lie parfaitement à celle de l’esclavage et du commandement par droit de nature, et ressemble un peu trop à la théorie moderne du droit divin*.
Enfin, dans ses vues historiques, Aristote ne vante jamais le passé. Nul emploi des formes mythologiques; jamais un appel, jamais une allusion bienveillante aux religions de son pays et de son temps*. Son indépendance ressemble un peu trop au dédain ou à une absolue indifférence. N’oublions pas qu’il a presque créé la prose didactique; car autant la majesté et la grâce dominent dans le style de Platon, autant la rigueur et la précision distinguent celui d'Aristote. Mais, comme il s’est trouvé un critique* pour reprocher à Platon, dans quelques endroits, un peu de luxe poétique, on peut aussi reprocher à Aristote une assez