Denys d’Halicarnassi
grande sécheresse1. Si l’un abuse de l’abstraction et de la généralisation, l’autre à son tour abuse de ce talent de décomposition à l’infini qui, s’exerçant & la fois sur les idées et sur les signes (car Aristote avait très-bien vu leur influence), aboutit quelquefois à une subtilité excessive, et réduit tout méthodiquement en une poussière imperceptible; tandis que Platon, alors même qu’il s’égare dans les cieux, est toujours entouré de brillafifà'niiages.
Tels sont, bien rapidement, mais fidèlement représentés’, les deux grands génies, ou plutôt les deux
1. n y a Hans les ouvrages authentiques d’Aristote des passages d’une mêle simplicité et d'une sohre élégance que le vrai goût doit placer très-haut ; par exemple des chapitres entiers de la Politique, des pages nombreuses de la Physique, des Morales, et dans la Métaphysique tout le premier livre, écrit de main de maître, et qui nous paraît un modèle de style philosophique, grave sans pédanterie, concis sans obscurité, et seme à propos de traits ingèni ux et piquants.
2. En terminant cette imparfaite esquisse de la philosophie de Platon et de celle d’Aristote, indiquons aux lecteurs instruits sans être hellénistes les traductions modernes où ils peuvent étudier les monuments immoriels laisses par ces deux grands hommes.
Il y a quatre traductions complètes des oeuvres de Platon. La plus ancienne est en italien par Dardi Dernho, en cinq petits volumes in-12, Veni-e, 1601, réimprimés en 1142, en trois volumes in-4”, à Venise, avec les arguments et les note» de De Serres, l'auteur de la version latine employée par H. Étienne dans sa belle édition de Platon en Irois volumes in folio, 1618. La traduction du gentilhomme vénitien est laite avec soin et d'un style agréable. Au commencement du dix-neuvieme siècle, Thomas Taylor publia à Londres, en 1804, une traduction anglaise de Platon en cinq beaux volumes in-4", avec une introduction générale et des introductions particulières. La partie de celte traduction qui est empruntée è Sydenham est fort estimable, mais celle qui appartient à Taylor mérite moins de confiance, elles introductions et les notes sont imbues de l'esprit néoplatonicien qui n’est pas toujours l’esprit de Plation. La traduction allemande de Schleiermacher, dont cinq volumes ont paru de 1804 à 1828, et qui comprend aussi une introduction générale et des introductions particulières, est un chef-d’œuvre de critique, duquel date une ire nouvelle pour l’intelligence do Platon et mémede la philosophie ancienne; car nous pouvons le dire, sans craindre d’être démenti par nos deux savants et illustres confrè-
grands systèmes que produisit presque en même temps la philosophie grecque en ses beaux jours, dans son âge de vigueur, de maturité et de sagesse; et déjà ces deux systèmes contiennent le sensualisme et l’idéalisme en des limites raisonnables.
res, M. Brandis et M. Ritter, tous tant que nous sommes, à d s degrés divers, de prè9 0u île loin, nous sommes des élèves de Schleiermacher. Cette belle et profonde traduction est inachevée, et, malgré le talent de l'auteur, le système de fidélité verbale qu'il a suivi, et qui était alors à la mode en Allemagne, rend ces dialogues, si charmants dans l’original, d’une lecture médiocrement agréable et facile. Notre traduction, en treize volumes, de 1823 à 1840, laisse beaucoup à désirer sans doute, mais peut-être tient-elle une assez juste balance entre une élégance infidèle et une exactitude à ce point littérale qu'elle en est équivoque et obscure. Nous en préparons une seconde édition qui ajoutera des arguments nouveaux, réformera quelquefois et perfectionnera les anciens.
Aristote a été moins heureux que Platon. Nous n’en connaissons qu’une seule traduction complète en langue moderne, celle de Thomas Taylor en onze volumes in-4", de 1801 à 1812. Ce nouvel et gigantesque labeur du savant anglais doit imprimer le respect et désarmer la critique. M. B. Saint-Hilaire, qui embrasse si heureusement dans ses études la philosophie indienne et la philosophie grecque, a entrepris une traduction d'Aristote qu’il poursuit avec un talent égal à sa persévérance : quinze volumes en ont déjà paru.
L'école platonicienne et l’école péripatéticienne inclinent de plus en plus à l'idéalisme et au sensualisme. — L'épicuréisme et le stoïcisme. Lutte des deux systèmes. — La philosophie grecque à Home. — Naissance du scepticisme. Premièro école sceptique, née de l’idéalisme : nouvelle academie. — Seconde école sceptique, née du sensualisme : Ænésidème et Sextus. — Renouvellement de la philosophie grecque, sa troisième et dernière époque : retour du besoin de savoir et de croire. Mysticisme. — Ecole d’Alexandrie. Elle prétend unir en elle tout ce qu’il y a de bon dans les écoles précédentes et représenter l'antiquité tout entière. Elle est et se dit éclectique; mais dans cet éclectisme domine le néoplatonisme. — Mysticisme néoplatonicien. Sa théodicée ; vice essentiel de la trinité Alexandrine. — Sa psychologie. L’extase. — Sa morale. Unification avec Dieu. — Plotin, Porphyre, Jambliquc, Julien. — École d’Athènes. Proclus. Sa vie, ses écrits. — Fermeture de l'école d'Athènes, persécution des philosophes; leur dispersion. Fin de la philosophie grecque.
Vous avez vu Platon et Aristote, presque au sortir des mains de Socrate, diviser d’abord la philosophie grecque en deux systèmes qui, bien que retenus en de sages limites par le génie plein de bon sens de ces deux grands hommes, inclinent pourtant vers l’idéalisme et vers le sensualisme, et continuent en les surpassant, l’une l’école ionienne, l’autre l’école pythagoricienne. Une analyse imparfaite a dû vous en convaincre; mais
si cette analyse ne vous suffisait pas, vous pouvez consulter un dialecticien bien autrement sûr que moi, le temps, l’histoire, qui sait tirer infailliblement des principes qu’on lui confie leurs certaines conséquences. Je vous ai dit que le système d’Aristote se rapportait davantage au sensualisme ionien, et celui de Platon à l’i iéalisme pythagoricien. Interrogeons l’histoire. Qu’a fait des principes de Platon l’école platonicienne? qu’a fait des principes d’Aristote l’école péripatéticienne?
Après la mort de Platon, cinq hommes* soutiennent à l'Académie la philosophie platonicienne avec talent et avec fidélité. La fidélité est ici précieuse à constater, et un très-bon juge l'atteste*. Eh bienl quel caractère a pris le platonisme entre les mains de ces disciples si fidèles à leur maître, et surtout du plus illu-tre, Xénocrate? Je lis dans Aristote* que Xénocrate définit l’Ame un nombre qui se meut lui-même, définition pythagoricienne; et Cicéron déclare que Xénocrate séparait tellement l’âme du corps qu’il était dilficile de dire ce qu’il en faisait4. Enfin, en morale, ce même Cicéron nous apprend4 que Xénocrate exagérait la vertu et déprimait tout le reste. Voilà donc l’Académie devenue presque absolument idéaliste. Voyons ce qu’est